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Jean Philippe Trin, P-DG de Bouygues Energies & Services - © L. Zylberman/Graphix-Images Laurent Zylberman

"Notre valeur ajoutée est avant tout technique", explique Jean-Philippe Trin, P-DG de Bouygues Energies & Services

Propos recueillis par Laurence Francqueville |  le 25/04/2013  |  besEuropeFrance entièreInternational

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Alors qu’ETDE a abandonné son nom historique début février pour devenir Bouygues Energie & Services, son P-DG Jean-Philippe Trin explique au Moniteur que ce changement marque un arrimage plus fort à la marque « Bouygues Construction ». La nouvelle dynamique commerciale engagée par le groupe, qui se veut plus proactif auprès de ses clients, poursuit deux grands objectifs : montrer sa capacité à gérer des projets complexes et développer ses différents métiers à l’international.

ETDE a changé de nom le 1er février pour devenir Bouygues Energies & Services. Pourquoi ?

Ce changement de nom, pour devenir Bouygues Energies & Services, filiale de Bouygues Construction, s’inscrit dans la continuité de notre stratégie de développement sur les marchés porteurs : énergies et services, convergence avec le numérique et qualité des usages. On a introduit progressivement ces deux notions associées d’énergie et de services en devenant le pôle énergies et services de Bouygues Construction. Aujourd’hui, nous entrons dans une démarche plus opérationnelle en intégrant la marque Bouygues dans notre nom pour profiter pleinement de sa puissance et améliorer ainsi notre visibilité, valoriser commercialement notre valeur ajoutée technique et montrer notre capacité à gérer des projets complexes.  

 

Quels sont vos avantages concurrentiels ?

D’abord nous intervenons sur toutes les formes d’énergies (nucléaire, éolien, photovoltaïque, thermique…). Ensuite nous sommes très présents dans le numérique et, de fait, capables de faire converger les solutions alliant performance énergétique et exploitation. Nous pouvons donc apporter des solutions technologiques à nos clients privés et aux collectivités locales au bénéfice final des usagers. Nous sommes les premiers à proposer des solutions associant la gestion des énergies, l’optimisation du contexte énergétique, la convergence énergies et numérique et in fine l’amélioration des conditions et de la performance des usages.

L’innovation est-elle toujours primordiale dans vos métiers ?

Oui. Notre valeur ajoutée est avant tout technique. Nous avons investi beaucoup ces dernières années en R&D. Nous pouvons désormais montrer des applications concrètes des « smart cities ». Premier exemple avec la « Citybox » qui rend le candélabre intelligent : son intensité d’éclairage peut être modulée à distance en fonction de l’heure, il peut proposer une borne wifi, de la recharge électrique, du son et/ou de la vidéo, des informations sur les places de parking. On est bien là dans la convergence entre le numérique et l’énergie tout en proposant des usages nouveaux. 8 000 Citybox ont déjà été commercialisées en France.  

Illustration aussi des « smart buildings » avec notre  système « hypervision » qui permet de collecter les informations et les consommations du bâtiment ainsi que d’autres éléments externes (conditions météo, niveau d’occupation du bâtiment…) pour les analyser et modéliser l’impact des usages sur les consommations. Car on sait bien aujourd’hui que les cinq usages de référence de la RT 2012 ne sont pas dimensionnants pour le bâtiment. Ce sont les usages qui sont déterminants. Cet outil prédictif  permet à nos exploitants de dialoguer avec le client sur les conséquences financières des changements d’usages et trouver des solutions économisant l’énergie.  Déjà 1 million de m² de bâtiments tertiaires sont équipés d’hypervision.

Nous développons maintenant le stockage d’énergie dans le bâtiment voire au-delà, à l’échelle d’un groupe de bâtiments (microgrid) pour lisser les pointes de consommation. Les technologies sont en train de s’assembler, il va falloir trouver les modèles économiques. Mais il n’y a pas de solution technologique valable qui ne soit pas dédiée aux usagers et apporte un plus à nos clients.

 

Il faut donc aller au-delà de la performance intrinsèque du bâtiment ?

Oui, le débat sur les 50 kwh de la RT2012 est un faux débat. Il faut évidemment construire un bâtiment performant et l’équiper des meilleures technologies. Mais il faut dépasser la seule consommation et aller vers les usages. Le service fait partie de nos gênes, développé en interne depuis très longtemps. Nous prenons des engagements de performance.

 

Comment garantissez-vous vos engagements ?

Pas un seul de nos contrats n’échappe à l’inscription de critères de performances en termes d’énergie et de niveau de service (qualité du nettoyage, temps de réaction…). Avec, bien entendu, des engagements de performance auprès du client.  Pour l’instant nous nous auto-assurons. On peut le faire parce que nous maîtrisons l’ensemble de la chaîne technique dans nos trois métiers. Quand les bâtiments en cours de construction entrent  en exploitation, il nous faut des remontées d’informations techniques très rapides pour corriger le tir rapidement et monter en compétence. C’est pourquoi nous avons créé un centre de ressources partagées avec Bouygues Construction pour développer les simulations thermodynamiques.

 

Comment intégrez-vous ce changement de culture ?

Nous partons du principe que le marché de la performance énergétique va se développer au sein de chacun de nos métiers : cette performance est déjà totalement intégrée dans nos trois métiers. Tous nos collaborateurs sont donc formés pour intégrer cette dimension dans toutes leurs offres même les plus classiques. Mais pour bien la comprendre, il faut en maîtriser la conception, la construction et l’exploitation-maintenance. Avec ces contrats complets, nous devenons un opérateur global. De manière pragmatique, cela signifie être capables d’apprécier les besoins du client et de lui apporter un raisonnement en coût global qui permet d’optimiser le projet. Nous portons l’exploitation-maintenance de toutes les opérations de PPP et CREM de Bouygues Construction. Nous avons intégré l’exploitation depuis plus longtemps que nos concurrents et nos équipes de facility management connaissent très bien la construction.

 

Et le financement ?

Dans le public, le débat pour nous n’est pas faire du PPP ou pas. Notre positionnement se situe sur l’offre technique – conception-réalisation-exploitation. Le client doit garder le choix du financement.  

Dans le privé, nous proposons du tiers investissement et nous travaillons avec Certinergy dans le tertiaire. C’est un peu le modèle des financements tiers (organismes financiers) aux Etats-Unis ou en Angleterre. Cela va se développer.

 

Qu’en est-il exactement en France ?

La conjoncture est compliquée mais il y a beaucoup de projets à mener. Les entreprises innovantes en termes d’offre, fidélisant leurs clients, et ayant engagé comme nous un gros effort de productivité seront gagnantes.

 

Et du côté des collectivités ?

Je suis optimiste sur le sujet du financement des collectivités avec la création récente de la Banque Postale Collectivités Locales via La Banque Postale et la Caisse des Dépôts. Nous en verrons les premiers effets d’ici fin 2013. L’investissement dans les infrastructures numériques notamment, va redémarrer. C’est un relais de croissance non négligeable.

 

Etes-vous inquiet de l’étalement de la réforme de la décentralisation ?

Non. Cela ne va pas changer globalement nos interlocuteurs. Une réorganisation majeure et immédiate aurait beaucoup déstabilisé les collectivités. Le plus important pour nous était la clarification du financement des collectivités locales.

 

Ressentez-vous un affaiblissement de la maîtrise d’ouvrage publique, notamment dans le monde rural ?

Dans l’énergie, nous sommes historiquement en contact avec les syndicats. On observe effectivement qu’ils élargissent leurs missions au bâtiment, aux bornes électriques, au numérique, etc. Nos équipes techniques doivent irriguer notre maillage territorial pour lui permettre de faire des offres  globales à nos clients, y compris dans une démarche très proactive lui montrant qu’on a réfléchi à des solutions.

 

Craignez-vous le développement des commandes groupées des collectivités sous l’effet d’une volonté de mutualisation et de réduction des coûts ?

Si cette mutualisation touchait les travaux, nous nous adapterions évidemment à la commande publique. Mais c’est quand même plus compliqué car l’objet à construire revient toujours au niveau du territoire. Nous avons déjà touché du doigt cette mutualisation avec les 63 centres d’exploitation et d’intervention que nous exploitons.

 

Quels sont vos marchés prioritaires en France ?

Les transports urbains ferroviaires, les services à la ville, le bâtiment tertiaire, l’industrie aéronautique et le nucléaire, les réseaux haut et très haut débit, les universités.

 

Où en sont vos prises de commandes ?

Nos prises de commandes à fin 2012 ont atteint 1,9 milliard d’euros. La part de contrats à long terme progresse dans notre carnet de commandes, celle à court terme est stable. Les contrats à long terme impacteront évidemment positivement notre chiffre d’affaires ultérieurement.

 

Allez-vous chercher des relais de croissance à l’international pour atteindre les 5% de croissance annuelle ciblés dans votre plan de marche annoncé l’an dernier?

Oui. Nous voulons pousser les feux dans trois zones où nous sommes déjà présents : en Afrique (surtout Afrique francophone mais aussi Afrique de l’Ouest et nord de l’Afrique australe) dans les lignes haute tension, dans l’éclairage public, la distribution d’énergie en ville (postes et moyenne tension), les centrales thermiques de moyenne capacité, les data centers ; au Canada ; et en Asie (fermes solaires). En fait, nous avons vocation à élargir nos offres dans tous nos métiers partout où nous avons une implantation stable.

 

Cela peut-il passer par de la croissance externe ?

Nous ne nous interdisons pas ce type d’opérations. Mais notre priorité reste la croissance organique. Nous avions pour objectif de parvenir à 50% d’activité réalisée à terme à l’international. Cela prendra un peu de temps car il faut bien maîtriser ses développements. Nous mettons à profit tout le réseau Bouygues Construction aujourd’hui.

Bouygues Energies & Services en chiffres (résultats financiers 2012)

Chiffre d’affaires : 1,64 milliard d’euros (+3,5% sans acquisition, dont 85% en Europe – France et Grande-Bretagne –)

Marge opérationnelle : 2,1%

Prise de commandes :  1,9 milliard d’euros

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