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«La ville dense est au cœur de la crise sanitaire», par Jacques Ferrier
Jacques Ferrier, architecte. - © Jacques Ferrier Architecture
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«La ville dense est au cœur de la crise sanitaire», par Jacques Ferrier

le 25/03/2020  |  CultureCoronavirusUrbanismeMonde

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Pour Jacques Ferrier, architecte - Ferrier Marchetti Studio - la ville dense, au centre de l’actuelle  pandémie, sera appelée, une fois cette dernière surmontée, à se nuancer de multiples paramètres incluant les espaces naturels, la biodiversité, l’agriculture, le climat, etc.

 "La situation extraordinaire actuelle ne peut que faire réfléchir sur la planète urbaine que nous avons créée. La ville dense, élevée en modèle de ville durable, notamment pour l’optimisation des transports et l’intensification de la vie sociale, est aujourd’hui au cœur de la crise sanitaire. Et c’est précisément sa densité extrême qui est la cause de la paralysie complète de la vie collective et économique : les puissantes métropoles ont été stoppées net. Quant au vieux réflexe du repli à la campagne, même marginal, il a démontré un instinct de défiance vis-à-vis d’un milieu urbain qui n’était plus protecteur.

Or, la crise actuelle ne sera pas une exception. La catastrophe environnementale annoncée a été prise de vitesse par le cataclysme sanitaire, mais c’est au fond un seul et même problème auquel notre société technique globalisée doit se confronter. S’il advient dans un futur proche un stress global dans le domaine de l’énergie, du climat, ou de la disponibilité de l’eau potable, nul doute que les conséquences dans les grandes villes seront à peu près semblables à celles causées par la pandémie actuelle. Notre modèle de ville doit être repensé.

Ce sont déjà des crises sanitaires qui, au XIXe siècle en Europe, ont conduit à la reconstruction quasi-complète des grandes villes. La lutte contre la tuberculose endémique et la peur de la récurrence des grandes épidémies de choléra, qui frappaient indistinctement une société entière, et dans tous les pays, ont mobilisé dans un même élan architectes, scientifiques, et politiques autour de l’invention de nouveaux modèles urbains et architecturaux. Le courant hygiéniste est à la source de l’urbanisme contemporain.

Un siècle et demi plus tard, démesurément démultipliée à l’échelle d’un monde globalisé, cette façon de faire est dépassée. Le réveil après la crise de la Covid 19 risque d’être difficile : il faut s’attendre à la grande désillusion vis-à-vis des métropoles qui, dans l’adversité, ont trahi leurs habitants. Mais il ne s’agit pas de rejeter la civilisation urbaine, bien au contraire. Les problèmes ont été créés par les villes, ce sont les villes qui doivent apporter les solutions. Quelles seront-elles? Il est trop tôt pour le dire. Mais préparons-nous dès à présent : l’après pandémie nous imposera de travailler et de penser différemment. L’innovation doit être transdisciplinaire, contextuelle, sensible. La notion de densité urbaine va se nuancer de paramètres multiples, intégrant les espaces naturels, la biodiversité, l’agriculture, le climat : elle devient une densité hybride, variable, adaptable.

Ressources, climat, santé, extinction des espèces sont les faces diverses d’un même défi pour les métropoles. Nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas : il est urgent de concevoir un environnement urbain en résonance avec la planète."

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ALAIN SARFATI

16/04/2020 17h:39

Un nouvel ordre: La Ville ou la Campagne? Alain Sarfati Architecte Urbaniste« Le télétravail se développe à toute vitesse, il permettra plus tard à un nombre croissant de gens de vivre et de travailler à la campagne, les mégapoles pourront se désengorger. » Coline SerreauLe confinement conduit naturellement à un questionnement sur la ruée vers la campagne et les iles. Le bagne était synonyme de confinement, ce sont les bannis qui étaient envoyés le plus loin possible, à la limite, hors de la ville, à Belle ile, sur l’ile de Ré. Curieux retournement de l’histoire, à l’époque des grandes épidémies les lépreux étaient exclus de la ville comme les pestiférés. Aujourd’hui l’exode en dit long sur la perception de la ville et des services de santé pour nos contemporains. La ville ne jouerait plus son rôle protecteur, on s’en doutait mais de là à croire que la dispersion dans les campagnes sera le nouvel ordre social, un nouvel art de vivre en société, il y a un pas que je ne franchirai pas.La différence entre l’avant et l’après confinement serait basée sur une illusion : les relations dématérialisées telles Skype, WatsApp, le télétravail feraient la ville tandis que la concentration et la socialisation n’auraient plus de raison d’être. Pour vivre heureux, vivons cachés à la campagne, loin de tout centre de contamination. Gardons les enfants à la maison, accouchons à la maison et évitons tout loisir en commun, théâtre ou cinéma. Une belle vie en perspective ?Je ne le pense pas. La ville a une dimension sociale, économique, culturelle, humaine. Support du lien social, la ville concourt à la production du bien commun, au plaisir d’échanger, elle est à l’origine de toutes les formes d’urbanité. Oublier tout cela renforcerait le malheur du monde. La continuité, la contiguïté des bâtiments, voire une certaine densité sont indispensables à l’être humain.La quête d’une ville idéale : Une tribune parue au Moniteur sous le titre «La ville dense est au cœur de la crise sanitaire» me fait réagir car elle attise une peur et peut être une haine de la ville. La ville dense est l’essence de la ville. En favorisant la socialisation, la ville demeure le creuset de notre démocratie, elle est le lieu de l’innovation, de la culture, de l’éducation, des soins. Si les nouveaux outils réveillent le rêve d’un temps perdu celui du nomadisme, c’est face à une illusion que nous sommes car plus les communications se dématérialisent, plus le besoin de contacts se fait sentir. Dans cette perspective, le patrimoine joue avec l’architecture un rôle primordial (il n’y a qu’à voir l’affluence de population en ville, lors des journées du patrimoine). L’espace n’est jamais le même quel que soit le lieu, pas plus que les services ne sont uniformément répartis sur le territoire. Se précipiter vers les campagnes est un vieux réflexe. C’est oublier que la ville est là pour défendre les biens et les personnes, qu’elle est le lieu de la sécurité. Jadis, les paysans venaient en ville pour se protéger, aujourd’hui c’est pour se faire soigner. La ville moderne voit son centre se dilater, changer de nature, la circulation automobile se réduire et la qualité de l’air s’améliorer. Difficile alors de croire que le prix des logements va baisser du fait d’une nouvelle attraction pour la campagne, le marché celui de la demande demeure en ville. La ville est un bien précieux. Si actuellement, l’épidémie du Covid 19 se déplace d’est en ouest, on ne peut oublier l’exode qui a poussé des milliers de parisiens sur les routes, durant la deuxième guerre mondiale. Ils pensaient être en sécurité à la campagne mais ils n’ont pu que rebrousser chemin. C’est un étonnant paradoxe de savoir qu’aujourd’hui vingt pour cent des parisiens ont préféré vivre le confinement à la campagne sans avoir la moindre idée de la durée de celui-ci ou de la capacité des équipements sanitaires qu’ils vont y trouver. A l’évidence il y aura un avant et un après virus, mais de là à penser que ce sera la mort de la ville dense et des grandes agglomérations, il y a un pas à ne pas franchir. La confusion s’installe l Lorsque l’on parle de la ville et du besoin de nature, la seule alternative qui apparait serait la campagne. Comment imaginer qu’après l’épidémie, les urbains vont donc se ruer vers un nouveau mode de vie rural, campagnard ? Ils ne supportent pas le chant du coq et ils seront immédiatement dans l’expression du manque: des services, des hôpitaux, des écoles, des commerces. Cette revendication, antérieure à l’épidémie, attend déjà sa réponse.Alors, quel rééquilibrage ?Le franchissement des fortifs avec l’arrivée du chemin de fer et le développement de l’automobile a donné le sentiment d’un retour possible à la campagne : avoir la ville et la nature, ce n’était qu’une illusion. Très vite chaotique la banlieue, la périphérie sans limite est devenue l’objet de toutes les contradictions, c’était sans compter avec l’actuel éclatement des services, la pollution et le réchauffement climatique. En devenant illisible, même avec un GPS, cette urbanisation désordonnée est devenue insécurisante, ce qui est un comble quand on se souvient du rôle premier de la ville : assurer la sécurité des biens et des personnes. Cet entredeux nous oblige à revoir notre copie et à reconsidérer le rapport entre le niveau de services et l’occupation du sol. Le choix n’est pas entre le centre-ville d’une grande agglomération et la campagne mais entre la grande ville dans laquelle on peut se perdre et se repérer, et la ville moyenne à l’échelle humaine dans laquelle on se sent reconnu. Pour qu’il y ait une alternative possible, il faut mettre en valeur l’extraordinaire chance que la France a avec ses villes moyennes. La grande leçon de la pandémie sera la valorisation de ces mille villes petites et moyennes. Il ne suffit pas de les fleurir. Pour le moment, elles ont pris le chemin de la muséification alors que l’urgence est de susciter la renaissance de l’activité, la réimplantation des ateliers, des usines, la ré-industrialisation. Il faut faire revenir les services, se donner les moyens d’accueillir le commerce de proximité et le commerce traditionnel, assurer les moyens de communication, rendre la 5G accessible à tous est une priorité. La mixité et la diversité vont rééquilibrer la stratégie de l’offre. Chaque ville peut réinventer son futur d’une manière ou d’une autre en faisant revivre ce qui est aujourd’hui « un cluster ». Pendant deux siècles, les parapluies ont été fabriqués à Aurillac, aujourd’hui ils se conçoivent aussi à Cherbourg ! Le cadre est là, nous l’appelons patrimoine, il n’existera que valorisé par l’activité. C’est surement la dimension positive de la crise sanitaire que nous vivons qui va nous mettre face à nos responsabilités. Sans une économie de production, c’est notre patrimoine qui fera de belles ruines, des services, mais pas seulement. La route de la soie devra nous permettre de renvoyer des conteneurs pleins.

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