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« Notre industrie s'inscrit dans des cycles très longs »

Propos recueillis par Emmanuelle n'haux |  le 15/09/2017  |  AinIsèreInternationalFrance entièreIndustrie

Le cimentier Vicat envisage sereinement l'avenir, tout en célébrant son passé.

Diversification des activités, internationalisation, développement de nouveaux produits… Pour Guy Sidos, P-DG de Vicat, le groupe familial isérois né au XIXe siècle a les moyens de jouer dans la cour des grands cimentiers.

Comment définiriez-vous le groupe Vicat ?

Le groupe Vicat est avant tout une entreprise familiale, créée il y a 160 ans par le fils de Louis Vicat, l'inventeur du ciment artificiel. Nous sommes un acteur local soucieux de la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, qui a su se développer hors de l'Hexagone. Il y a encore dix ans, nous réalisions les deux tiers de notre chiffre d'affaires en France et un tiers à l'international. Aujourd'hui, la proportion est inversée. Concernant nos activités, le ciment reste notre cœur de métier, mais nous avons su nous diversifier en développant des produits béton et granulats (décoratif, autoplaçant, de voirie…), de second œuvre (colles minérales, enduits…), ainsi que la préfabrication et des services comme le pompage ou l'activité grands travaux.

« Nous comptons développer notre branche ciment dans les pays émergents. »

Vous êtes présents dans 11 pays.

Avez-vous de nouvelles ambitions de développement ?

Bien sûr. Elles concernent notre activité « ciment » dans les pays émergents, sans pour autant négliger l'activité française. En nous implantant aux Etats-Unis dès 1974, en Turquie en 1991 ou au Kazakhstan en 2007, nous avons fait le choix de diversifier nos implantations géographiques afin de pallier toute défaillance à un endroit donné. Il ne faut pas oublier que la particularité de l'industrie cimentière est de s'inscrire dans des cycles très longs. Nous poursuivrons cette stratégie soit en créant de nouveaux sites, comme nous l'avons fait en Inde, soit en développant des sites existants comme en Turquie, où les capacités de production sont passées de 600 000 tonnes à 5 millions de tonnes par an sur nos deux sites.

Quels sont les résultats du groupe au premier semestre ?

Notre chiffre d'affaires consolidé a atteint 1,248 milliard d'euros au premier semestre 2017, en très légère progression par rapport à l'an passé (+ 0,8 %). L'activité « ciment », qui représente 51,5 % du chiffre d'affaires opérationnel, s'est contractée tandis que l'activité « bétons et granulats » a progressé, pour atteindre 34,4 %. En France, nous constatons un réveil de l'activité.

Les besoins de logements, notamment, devraient faire repartir les marchés. Cela renforce notre volonté de maintenir et de moderniser notre outil industriel et de nous inscrire comme un maillon de l'économie circulaire.

2,45 milliards d'euros de CA en 2016. Implantation dans 11 pays. 8 000 salariés dont 70 % hors de France.

Etre un groupe familial face aux groupes internationaux, est-ce une force ou une faiblesse ?

Le fait d'être une entreprise familiale nous permet d'avoir une vision à long terme, ce qui est essentiel sur le plan environnemental ! L'autre atout est la proximité. Notre enracinement local fait du groupe un acteur important en termes d'emploi. Nous comptons chez Vicat plusieurs générations de salariés. Une entreprise familiale n'est pas dans l' asset management.

Pendant la crise, non seulement nous n'avons pas déprécié un seul de nos actifs mais, entre 2007 et 2014, nous avons doublé notre capacité de production, soit en construisant de nouvelles usines, soit en augmentant les capacités de nos sites.

Comment intégrez-vous le développement durable dans votre production ?

Le développement durable est dans notre ADN. C'est un axe aussi important au niveau réglementaire que d'un point de vue commercial. Nous n'avons pas attendu les contraintes réglementaires pour agir sur l'environnement ! Cette question concerne aussi bien l'exploitation de la ressource que son réaménagement, en passant par la fabrication de nos produits.

La gestion et le recyclage des déchets sont des sujets majeurs. Quelles actions menez-vous dans ce domaine ?

Les cimenteries jouent un rôle-clé en termes de valorisation énergétique des déchets. Nous couvrons aujourd'hui 50 % de nos besoins en France par ce biais. En 2020, 65 % de combustibles alternatifs seront ainsi valorisés dans nos cimenteries dans l'Hexagone. Nous traitons également les terres non inertes qui sont ensuite réintégrées dans la fabrication des ciments. Par ailleurs, nous avons lancé cette année une nouvelle marque, Vicat Eco-Valorisation, destinée à valoriser des déchets comme ceux issus des chantiers de déconstruction dans la formulation de nos produits ciment, béton ou granulats.

Quelle part de votre chiffre d'affaires réservez-vous à la recherche et développement ?

Nous y consacrons environ 30 millions d'euros chaque année. Nous avons construit notre siège opérationnel à L'Isle-d'Abeau, en Isère, en implantant nos directions opérationnelles autour de nos laboratoires. L'un, consacré aux matériaux et microstructures, analyse la matière, tandis que les autres laboratoires d'application sont dédiés l'un au contrôle de formulations des bétons, le second à la formulation des produits de second œuvre du bâtiment. C'est dans nos laboratoires qu'a été contrôlée la formulation du béton du viaduc de Millau !

Quels nouveaux produits développez-vous ?

Nous allons lancer à l'automne une mousse de béton isolante phoniquement et thermiquement, qui sera entièrement recyclable. Ce produit sera particulièrement adapté aux travaux d'isolation des combles. Nous travaillons depuis plus de dix ans sur des bétons biosourcés, dont les formulations sont aujourd'hui stabilisées. Nous nous sommes ainsi associés à un entrepreneur franc-comtois, Vieille Matériaux, pour développer des solutions de blocs de béton de chanvre 100 % naturel, dont l'assemblage par simple emboîtement est particulièrement innovant.

Et la préfabrication ?

Notre filiale suisse développe des produits préfabriqués en béton pour les secteurs du bâtiment, du génie civil, des routes ou encore des espaces publics. D'une façon générale, nous élaborons des produits qui permettent à nos clients de gagner du temps dans l'exécution de leur chantier.

La ville intelligente se développe.

Quel intérêt portez-vous aux bétons connectés ?

C'est un sujet sur lequel nous travaillons en lien avec des start-up et des laboratoires extérieurs. Nous sommes partie prenante d'un important projet porté par l'Institut national de l'énergie solaire autour des questions thermiques du bâtiment, plus précisément les fonctionnalités du béton et son instrumentalisation. Nous sommes également actionnaires de la société Transpolis, plate-forme située dans l'Ain qui va tester des solutions innovantes de mobilité à l'échelle 1.

Que représente l'invention du ciment artificiel par Louis Vicat en 1817, et comment allez-vous célébrer son bicentenaire ?

Cette invention a marqué une étape importante. Après l'âge de la pierre et l'âge du bronze, l'humanité entrait dans une nouvelle ère ! A l'occasion de ce bicentenaire, un timbre à l'effigie de Louis Vicat a été édité au programme officiel de la Poste. Un sac de ciment « collector » personnalisé a également été imaginé pour notre produit Optimat. Et nous venons de lancer une fondation d'entreprise qui a notamment pour mission de promouvoir la culture scientifique et technique à partir de l'œuvre de Louis Vicat.

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