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Pierre Anjolras, P-DG d'Eurovia (groupe Vinci) - © Thibaut Desplats

"Nos perspectives sont bonnes à l'export, inquiétantes en France", Pierre Anjolras, P-DG d'Eurovia

Propos recueillis par Olivier Baumann et Julien Beideler |  le 20/06/2014  |  InternationalFrance entièreEurope

Pierre Anjolras, nouveau P-DG d'Eurovia (groupe Vinci), a pris ses fonctions début mars. Il dévoile au Moniteur les grands axes de sa stratégie.

Comment qualifieriez-vous la santé d’Eurovia en cette fin de premier semestre ?

Pierre Anjolras : Pour ce qui est de notre performance économique en cette fin de premier semestre, Eurovia est en bonne forme, notamment du fait d’un hiver particulièrement clément. Les conditions météorologiques ont été telles que nous avons pu, en France et en Europe, travailler davantage que l’an passé. Pour ce qui est de nos perspectives, elles sont bonnes sur nos marchés internationaux, globalement orientés à la hausse, tandis que la situation en France est très inquiétante pour toute notre profession. En matière de sécurité au travail -notre première priorité-, j’attends des résultats en progression, fruits de nos actions les presqu’accidents et le port du casque.

L’année post-élections municipales n’est-elle pas traditionnellement mauvaise pour votre activité ?

PA : Oui, les années d’élections municipales marquent toujours un certain ralentissement par rapport à l’année précédente. Et il est normal que les nouvelles équipes en place s’installent avant de lancer leurs projets. Mais l’inquiétude de la profession tient aux incertitudes sur le financement de l’Afitf avec l’écotaxe et au retard sur le plan de relance autoroutier. Elle tient aussi aux incertitudes sur l’annonce d’une réforme territoriale de grande ampleur qui, conjuguée à la baisse de dotations aux collectivités, incitent les élus locaux à l’attentisme. Tout cela pèse sur l’investissement public en France.


Pensez-vous que l’investissement public puisse redémarrer ?


PA : C’est très souhaitable. Tout le monde comprend parfaitement l’effort de réduction des dépenses publiques. Mais il faut le faire sans compromettre les dépenses d’avenir. Et par dépenses d’avenir, je n’entends pas uniquement la réalisation de nouvelles infrastructures de transport. Je pense aussi aux dépenses d’entretien des réseaux existants qui se dégradent. Avec le taux d’effort actuel en entretien, combien de temps la France pourra-t-elle encore faire de ses infrastructures un avantage compétitif pour accueillir les investissements internationaux ? Ce doit être un point de vigilance pour les élus locaux. Je suis confiant du fait que le bon sens et le courage prévaudront.


Comment vous adaptez-vous à la baisse d’activité ?

PA : Nous sommes une entreprise qui privilégie la marge sur le volume. Donc, en période de baisse d’activité, nous adaptons notre taille et nos organisations. Nous diminuons le recours aux intérimaires et ne renouvelons pas certains départs. Nous favorisons la mobilité vers les métiers et les géographies les plus porteuses et nous réajustons nos investissements en matériel.


Ce qui ne doit pas toujours être facile pour les chefs d’agence…

PA : Ça n’est pas toujours simple en effet, mais c’est notre responsabilité collective et partagée. Dans notre organisation décentralisée, nos chefs d’agence sont de vrais chefs d’entreprise qui savent prendre les meilleures décisions au plus près du terrain, non seulement pour adapter leurs organisations mais aussi pour améliorer leur productivité et être force de proposition grâce à la diversité de leurs offres.


Si les travaux routiers souffrent, les travaux ferroviaires ont plutôt le vent en poupe…


PA : La SNCF et RFF mènent actuellement un grand programme de rénovation du réseau ferroviaire, rendu nécessaire par la dégradation de l’état du réseau. De plus, nous bénéficions d’une activité soutenue sur les lignes à grande vitesse avec les travaux de voies en cours sur la LGV Est et l’entrée en pleine production cet été des travaux de voies sur la LGV Sud Europe Atlantique.


Quelles sont vos perspectives en Europe ?


PA : Ces dernières années, nous avons dû faire face à des chutes brutales d’activité dans certains pays. Heureusement, la situation s’améliore. Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont lancé de grands programmes de rénovation de leurs infrastructures. En Europe centrale, la conjoncture se redresse et les financements européens recommencent à irriguer les projets.


Il y a deux ans, vous avez pris position en Inde. Où en êtes-vous ?


PA : Nous poursuivons activement l’intégration de notre filiale. Nous avons apporté nos compétences en matière de gestion de matériel, de management de chantier, de gestion contractuelle… Dans le même temps, nous avons dû faire face à un fort ralentissement, la croissance indienne ayant été divisée de moitié en deux ans. Mais un nouveau gouvernement vient de prendre les rênes du pays et nous avons bon espoir de voir l’économie indienne redécoller.

Où sont vos priorités de développement ?

PA : D’une manière générale, nous sommes attentifs à toute opportunité de croissance externe qui nous permettrait de renforcer nos positions actuelles. Géographiquement, nous regardons attentivement du côté des Amériques. L’Amérique du Nord, le  Canada en particulier et aussi le Chili sont des pays dans lesquels nous avons emporté de beaux succès commerciaux et où je souhaite que nous nous renforcions. C’est d’ailleurs le sens de notre dernière acquisition, Imperial Paving, en Colombie britannique au Canada.


Quelle place prend l’exploitation de carrières dans votre activité ?

PA : L’exploitation de carrières, qui est le deuxième métier d’Eurovia, est pour nous stratégique. Nous avons engagé un programme de professionnalisation de notre activité carrière. Nous cherchons à améliorer nos techniques de production, l’efficacité énergétique de nos process, les techniques de commercialisation, et toute la composante de services, notamment le développement de plateformes de recyclage.

Comment se porte justement cette activité de recyclage ?

PA : Nous avons développé dans le sud de la France la marque « Granulats + », qui commence à prendre son essor partout en France. Elle donne une visibilité à cette partie méconnue du métier de carrier. En réalité, notre activité, très ancrée dans les territoires, pratique l’économie circulaire depuis très longtemps, en exploitant de manière optimale les ressources locales. L’économie circulaire est un élément de compétitivité certain sur lequel il faut que nous capitalisions les progrès déjà amorcés.

Quelle place tient l’innovation dans votre stratégie ?

PA : Elle fait partie de l’ADN d’Eurovia. D’abord parce que pour nous, chaque chantier est un prototype. Ensuite parce que l’innovation est nécessaire, a fortiori en période de crise. Elle nous permet d’avancer, de nous développer et de croître en rendant impossible le statu quo. Enfin l’innovation donne libre cours à la créativité, au désir de faire et à l’énergie vitale de chacun de nos collaborateurs.

Sous quelles formes développez-vous l’innovation ?

PA : La R&D et l’innovation chez Eurovia, c’est d’abord le centre de recherche de Mérignac, qui fête ses dix ans cette année. Ce centre irrigue l’ensemble du réseau technique de l’entreprise, constitué de 650 ingénieurs et techniciens. Il assure la mise en œuvre des techniques innovantes ou en cours d’expérimentation à travers des chantiers pilotes. Notre conviction, c’est que l’innovation doit être partagée avec des partenaires extérieurs : écoles, centres de recherche publics et privés, clients,… et ce, partout dans le monde. Il est  de notre responsabilité d’industriel d’arriver à convaincre  nos clients que dans l’acte d’innover, l’intérêt est partagé.

Quelles sont les pistes que vous poursuivez en matière de R&D ?

PA : Nous menons des programmes en matière d’efficacité énergétique, d’économie de ressources naturelles avec le recyclage des matériaux et en matière de biodiversité. Sur ce thème, nous avons développé un partenariat avec le Museum national d’Histoire naturelle : en tant que carrier, nous disposons d’un patrimoine foncier important qui a une valeur écologique certaine. Nous donnons aux scientifiques du Museum l’opportunité de travailler sur nos sites, et eux nous apportent des compétences que nous n’avons pas. C’est en somme une approche gagnant-gagnant en matière de biodiversité.

Nos recherches tournent également autour de la réduction de la durée des chantiers, de l’impact environnemental de la route - le bruit, la pollution de l’air- et autour de la réingénierie de nos méthodes de production. Je prendrai comme exemple la composition des mélanges d’enrobés ou les nouvelles techniques de pose de rail, déjà mises en œuvre sur la LGV Est, et que nous allons déployer sur la LGV SEA.

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