En direct

«Nos métiers peuvent bénéficier d’une croissance en Europe»

Propos recueillis par Marie-Laure Barriera, Julien Beideler et Hugues Boulet |  le 20/12/2013  |  EnergieEvénementArtisansTechniquePerformance énergétique

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Energie
Evénement
Artisans
Technique
Performance énergétique
Maine-et-Loire
International
France entière
Europe
Apprentissage
Produits et matériels
Verre
Valider
Pierre-André de Chalendar, P-DG de Saint-Gobain -

Misant sur le décollage de la rénovation énergétique, notamment en Europe, Saint-Gobain veut être un acteur de référence en développant une nouvelle génération de produits (vitrages, isolants…), mais aussi en intensifiant son offre de services, à commencer par la formation des artisans.

Le groupe Saint-Gobain et l’Europe, est-ce de l’histoire ancienne ?

Absolument pas ! L’Europe reste un marché très important pour Saint-Gobain. Cela dit, il faut voir que la plupart des activités de Saint-Gobain sont locales. A l’échelle du groupe, 90 % de ce que nous produisons dans un pays sont vendus dans ce pays. Dans la mesure où la demande en Europe a baissé de plus de 20 % avec la crise et qu’au contraire, la demande augmente hors Europe, il est bien évident que nous avons besoin d’investir sur ces marchés. Ce qui ne signifie pas que nous nous désintéressons de l’Europe et que nous ne voulons plus y investir. La preuve : en 2010, en anticipation des nouvelles réglementations thermiques, nous avons construit une usine de laine minérale à Chemillé, près d’Angers (Maine-et-Loire), ce qui représentait un investissement de 100 millions d’euros !

Autrement dit, Saint-Gobain ne délocalise pas…

Dans la plus grande partie de notre activité, cela n’aurait aucun sens. Bien sûr, le dynamisme des marchés émergents que j’ai évoqué devrait se traduire par une progression rapide de notre chiffre d’affaires réalisé hors Europe. Mais à la différence d’autres métiers, ceux de Saint-Gobain peuvent bénéficier d’une croissance en Europe, comme dans les autres pays développés car, structurellement, la demande pour des solutions constructives à haute valeur ajoutée, comme le verre isolant, y croît nettement plus vite que le revenu par habitant. En France, malgré la crise, nous avons progressé sur les produits d’isolation.

Les réglementations européennes visant à l’amélioration énergétique sont-elles des signaux positifs pour votre activité ?

Effectivement, les textes européens, qu’il s’agisse de la directive sur la performance énergétique des bâtiments de 2010 ou plus récemment de celle sur l’efficacité énergétique, vont dans le bon sens. Cela dit, ces directives doivent être traduites dans les réglementations nationales. En France, dans le neuf, la RT 2012 est une réglementation ambitieuse. En revanche, dans l’existant, on se cherche encore. Après un plan de relance du bâtiment en demi-teinte en février dernier, le président de la République a saisi ce sujet à bras-le-corps et a annoncé une série de mesures à la deuxième conférence environnementale. Il faut maintenant traduire ces paroles dans les actes.

Que pensez-vous d’une obligation de rénovation énergétique dans le résidentiel ?

Je pense qu’il faut aller dans cette direction. La première idée qui me semble pertinente est de prévoir systématiquement une dimension énergétique à des travaux lourds de rénovation. De ce point de vue, la France n’a pas encore traduit les objectifs de la directive européenne de 2010 qui ferait passer de 1 000 à 50 m 2 la surface des bâtiments concernés par des exigences de performance énergétique en cas de rénovation majeure.D’une manière générale, il faudrait empêcher cette absurdité que des travaux lourds comme un ravalement, une réfection de comble, de toiture… puissent être réalisés sans améliorer l’efficacité énergétique du bien concerné. Il faut aussi concentrer également les aides à ce moment-là. Toutes les solutions techniques sont aujourd’hui disponibles, avec de très bons retours sur investissements. La deuxième idée est de se calquer sur la vie des biens pour introduire les principes d’obligation. Il y a des moments propices à la réalisation de travaux, par exemple la location ou la vente. C’est probablement dans les logements collectifs qu’il faut démarrer. L’individuel diffus me paraît plus compliqué.

Comment faire dans le résidentiel individuel ?

Sur ce marché, je défends l’idée d’une évolution du diagnostic de performance énergétique vers un « passeport énergétique » qui suivrait le bien durant sa vie, et qui déterminerait une liste de travaux à réaliser progressivement.

Un des enjeux majeurs de la rénovation énergétique est la formation des professionnels. Comment abordez-vous la question ?

Nous avons pris le sujet à bras-le-corps au niveau du groupe et j’en suis très heureux. Nous proposons des formations via nos filiales industrielles, chez Placo ou Isover par exemple, mais aussi via notre activité de distribution. Nous avons passé des accords avec les grandes fédérations professionnelles, ce dont je me félicite. Cela a été le cas cet été, par exemple, entre Point.P et la Capeb.

Du côté de l’offre, les professionnels sont-ils matures ?

C’est un domaine dans lequel on progresse vite. Il y a urgence et il est important de ne pas rater l’échéance de juillet 2014 et l’entrée en vigueur de l’écoconditionnalité. Saint-Gobain est très engagé sur ce sujet. Par exemple, nous allons prodiguer 5 000 formations à l’efficacité énergétique pour qualifier des artisans d’ici à cette échéance.

Et du côté de la demande ?

Dans le tertiaire, la signature de la récente charte en faveur de la rénovation énergétique montre que les grands acteurs sont déjà impliqués. Reste à faire monter les plus modestes dans le train. Dans le résidentiel, la chaîne est plus compliquée et il est difficile d’évaluer la maturité des intervenants. Une chose est sûre : pour progresser, il faut d’abord faire tomber des obstacles juridiques comme dans les copropriétés.

Comment évolue la politique de R & D chez Saint-Gobain ?

Historiquement, nous avons plutôt « exporté » nos produits de l’Europe vers les autres marchés. Je pense par exemple à la plaque de plâtre aux Etats-Unis, où nous avons introduit plusieurs de nos savoir-faire. Aujourd’hui, nous allons vers une prise en compte toujours plus grande des besoins spécifiques des marchés locaux dans la définition de nos priorités de recherche.

On parle de plus en plus de codéveloppement. En quoi consiste-t-il ?

Le codéveloppement est encore peu usité dans le bâtiment mais fonctionne très bien dans l’industrie. Prenons l’exemple du vitrage dans l’industrie automobile. On comprend très bien que celui-ci participe intimement du design global du véhicule, c’est pourquoi le dialogue avec le constructeur s’instaure très tôt. Nous voudrions reproduire ce principe partenarial dans le bâtiment.

Comment faire pour décliner l’idée dans le bâtiment ?

C’est compliqué car la chaîne de décisions est longue entre le maître d’ouvrage, l’architecte, le bureau d’études, l’entreprise, le distributeur, l’utilisateur final… C’est pourquoi nous avons installé au cours des deux dernières années des centres d’innovation dans nos centres de recherche à Aubervilliers, à Londres, à Milan…, où nous essayons que les différentes parties prenantes puissent interagir avec nous et en étant proche de la R & D. L’idée est de faire surgir les besoins de demain et donc de commencer à réfléchir aux solutions.

Quelles sont vos pistes de recherche actuelle ?

Il y a l’innovation continue, celle qui fait progresser régulièrement nos produits. Par exemple, nos plaques de plâtre permettent désormais l’absorption des composés organiques volatils. Et puis il y a les innovations de rupture. Je pense par exemple au vitrage électrochrome, en phase d’industrialisation, qui se destine pour l’heure à des projets haut de gamme. Je pense aussi à une pile à combustible à cœur céramique que nous développons pour l’habitat. C’est un système qui demandera encore quelques années de mise au point.

Et du côté de l’isolation ?

Nous travaillons sur des isolants à haute performance, qu’ils soient sous vide ou aérogels. Notre priorité est d’abaisser encore les coûts. Ces isolants « nouvelle génération » vont permettre d’améliorer la performance énergétique sans sacrifier la surface habitable. C’est un sujet majeur notamment pour la rénovation énergétique des logements en zone tendue.

Avez-vous encore des ambitions sur le marché du photovoltaïque ?

S’agissant du photovoltaïque, nous nous étions lancés dans la production de verre pour les panneaux ainsi que dans la fabrication de modules à base de couches minces. Dans les deux cas, la politique industrielle chinoise s’est traduite par une baisse des prix considérable qui a conduit les fabricants européens à se retirer de cette activité. Nous avons développé une technologie très prometteuse, mais qu’il n’est pas possible de commercialiser dans les conditions de marché actuelles, et nous avons donc arrêté nos lignes de production.

Saint-Gobain va-t-il surfer sur la vague des matériaux dits « biosourcés » ?

Je suis très attentif à ne pas céder aux modes ou aux discours. Il faut se baser sur des données objectives et à cet égard, en tant que fabricant, je plaide pour une analyse sérieuse et complète du cycle de vie (ACV) des produits. Les plus vertueux ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Dans ce domaine, nous venons de lancer un isolant alliant fibres de bois et laine de verre, qui présente notamment de très bonnes caractéristiques d’ACV.

Et en tant que distributeur ?

En tant que distributeur de matériaux de construction, nous sommes très à l’écoute des demandes du marché. Dès lors que nous considérons que les informations délivrées aux clients sont sérieuses et que l’argumentaire de vente correspond à la réalité des produits, nous les distribuons, avec tous les conseils que nous pouvons donner. D’ailleurs, chez Point.P, nous disposons d’un catalogue de matériaux biosourcés.

PHOTO - 765174.BR.jpg
PHOTO - 765174.BR.jpg - © Thomas Gogny/Le Moniteur
PHOTO - 765890.BR.jpg
PHOTO - 765890.BR.jpg - © SageGlass/Vetrotech Saint-Gobain
PHOTO - 765175.BR.jpg
PHOTO - 765175.BR.jpg - © photos : Thomas Gogny/Le Moniteur
PHOTO - 765173.BR.jpg
PHOTO - 765173.BR.jpg - ©
Saint-gobain

Chiffre d’affaires 2012 : 43,2 milliards d’euros (dont 67 % en Europe occidentale).
Résultat d’exploitation : 2,9 milliards d’euros.
Chiffre d’affaires du 3 e trimestre 2013 : 10,8 milliards d’euros.
Effectifs : près de 193 000 salariés.
Implantations : présence dans 64 pays.

PHOTO - 766341.BR.jpg
PHOTO - 766341.BR.jpg - ©

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Urbanisme de dalle

Urbanisme de dalle

Date de parution : 03/2019

Voir

Dictionnaire du droit de l’urbanisme

Dictionnaire du droit de l’urbanisme

Date de parution : 02/2019

Voir

Accessibilité en ville : guide des équipements publics

Accessibilité en ville : guide des équipements publics

Date de parution : 02/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur