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Non-qualité dans le BTP: le coup de gueule d’un patron de PME alsacien
Jean-Marc Kornacker, 60 ans, dirige Mader depuis 1995 suite à une reprise en Scop. - © Mader SA
Point de vue

Non-qualité dans le BTP: le coup de gueule d’un patron de PME alsacien

Christian Robischon (Bureau de Strasbourg du Moniteur) |  le 29/01/2019  |  EntreprisesFormation BTPHaut-Rhin

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Président-directeur général de Mader à Guebwiller (Haut-Rhin), Jean-Marc Kornacker pointe les nombreux démentis au bon sens qu’il estime rencontrer sur les chantiers en ce moment.

Chaque bulletin de restitution de l’année écoulée chez Mader est l’occasion pour Jean-Marc Kornacker, dirigeant du groupe d’entreprises de construction alsaciennes de 200 salariés, de marteler quelques vérités frappées du coin du bon sens qu’il incarne. Le conducteur de travaux devenu dirigeant par la reprise de la société en mode coopératif (Scop) garde les pieds bien dans le terrain, loin des paraphrases ampoulées qu’il laisse volontiers à d’autres.

L’édition de ce début 2019 ne déroge pas à la règle. Elle fait même partie des millésimes toniques. Retards de chantiers, études pas poussées jusqu’au bout, effets pervers du numérique, lacunes dans les bases de la formation des jeunes : dans son édito, le P-DG du groupe de bâtiment balance.

2018 aura été l’« année la plus complexe pour moi du haut de mes 60 ans dont un peu plus de 32 dans notre entreprise et la compliquée depuis 1995 en tant que dirigeant », commence-t-il par écrire. En cause : « un gros retard de volume, du jamais vu malgré un carnet de commandes important (…) », poursuit Jean-Marc Kornacker, qui pointe « les multiples attentes de plans d’exécution non produits en temps et en heure » et le cas d’une « opération décrochée pour seule raison de démarrage immédiat, marché que nous avons finalement rompu car non démarré six mois plus tard ! »

« Le constat est brutal : pas une affaire ne démarre dans les délais prévus (…) A l’obtention de l’ordre de service de démarrage, les études sont à peine lancées mais pire, souvent la conception détaillée de l’ouvrage ne fait que commencer », poursuit-il. La liste des points concrets défectueux à reprendre est longue chez Jean-Marc Kornacker : « trémie de cages d’escalier oubliée, percements nouveaux à créer, réservations inutiles à reboucher ».

La construction du Studium, la bibliothèque de nouvelle génération de l’université de Strasbourg (Haut-Rhin), fait partie des chantiers-phares en cours de Mader.
La construction du Studium, la bibliothèque de nouvelle génération de l’université de Strasbourg (Haut-Rhin), fait partie des chantiers-phares en cours de Mader. - © C.Schroder/Université de Strasbourg

« Manque certain de communication »

« Comment en sommes-nous arrivés à ce degré de non-qualité dans le BTP », s’interroge-t-il ? Le dirigeant avance ses explications : « Un manque certain de communication : les réunions autour d’une table où nous faisons la synthèses thème par thème disparaissent, les innombrables mails les ont remplacées dans un jeu de ping-pong ». Au lieu d’un « dialogue ouvert » pour une « volonté commune d’aboutir vers une satisfaction du client, chacun campe sur ses positions et ses certitudes ». Autre sujet de préoccupation pour le dirigeant : « Une formation de nos jeunes inadaptée : la technique, les mathématiques, le français… aux oubliettes ».

Sans oublier « le numérique omniprésent : 100 courriels apportent-ils un gain de temps par rapport à un rendez-vous ? L’ordinateur a remplacé le cerveau humain, mais que d’erreurs. Il y a quinze ans, le projeteur avait la mémoire du trait tracé et du nombre marqué sur son plan, aujourd’hui nous passons plus de temps à corriger un plan qu’à l’exploiter. Aujourd’hui, le calcul mental fait défaut à nos jeunes et les règles d’un bon métré (à apprendre à l’école) sont bafouées ».
Jean-Marc Kornacker espère le retour de la « communication intelligente ». C’est son vœu pour 2019.

Commentaires

Non-qualité dans le BTP: le coup de gueule d’un patron de PME alsacien

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Girondin

30/01/2019 10h:55

Bonjour. Je confirme cette analyse.... que j'ai moi-même exprimée depuis déjà 10 ans.

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jburette

30/01/2019 12h:02

Ce n'est qu'une partie infime du désastre qui s'instaure depuis une vingtaine d'années.C'est de pire en pire. Un exemple: comptez les apprentis sur les chantiers, c'est facile = 0 Les heures d'insertion ou comment tuer la compétence, renforcer les malfaçons, etc...

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DONAR ASGARD

30/01/2019 12h:15

Un tel témoignage d'un homme de terrain permet de relativiser tous les bienfaits annoncés du BIM, de la réalité augmentée, de l'intelligence artificielle et nous pousse à nous demander si, à chaque fois qu'une innovation technologique le permet, il faut immédiatement la mettre en œuvre au prétexte que cela va dans le sens du Progrès, sans aucune étude d'impact (évaluation prospective) préalable …. Est-ce réellement cela aller dans le sens de l'Histoire ? Dans l'intérêt commun ? Vraiment?

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mydo

30/01/2019 14h:24

Bravo il a parfaitement raison.

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Vince

30/01/2019 14h:30

Je fais exactement le même constat dans le secteur des grands travaux publics. Malheureusement ça se généralise.

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DH

30/01/2019 16h:25

Bonjour,100% d'accord avec M. Kornacker. Le niveau de formation en français mathématique, physique, mécanique des structures et RDM en 2018 est inférieur au niveau en fin de première technique en 1980. L'alternance BTS véritable tarte à la crème ne fait qu'amplifier le phénomène. Les étudiants qui s'engagent dans cette voie ont souvent un niveau faible qui ne leur permet pas d'intégrer une formation classique, alors que la formation en alternance est plus exigeante. Le niveau théorique des BTS en alternance est affligeant. Le rôle de l'école est de former les étudiants Les personnes qui dessinent, conçoivent les projets aujourd'hui

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vitruve

31/01/2019 14h:33

Tout à fait d'accord sur ce constat de perte de qualité et de professionnalisme fort regrettable et qui pénalise tout le monde, public comme privé... Est-ce un problème de générationnel, sociétal, ou tout à la fois?

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Nicolas

01/02/2019 17h:43

Cher Jean-Marc,Totalement d'accord avec vous. Je vous conseille la lecture de cet essai: "La Médiocratie" d'Alain Deneault. On y comprend comment nous en sommes arrivés là et pourquoi 2019 sera pire que 2018.Salutations,nK

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ramses 71

05/02/2019 13h:07

aujourd'hui,cette ( qualité ) qui a couté si cher aux entreprises ne veut plus rien dire : le savoir et le bon sens ayant disparu Il faudrait que les donneurs d'ordres ,politiques ,administratifs ou privés se regardent dans un miroir sans rougir et se notent dans une échelle de grandeur allant jusqu'à 10 pour savoir si leurs indemnités sont méritées ou volées. Toutes note inférieure à 8 entrainerait une démission mais donnerait une chance d accéder à l'ECOLE DU BON SENS pour une reconversion après examen de passage inventer la balance a peser le travail et créer Leclo

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Toony

05/02/2019 14h:36

Bonjour Monsieur KORNACKER,Votre article est très impressionnant, cependant et à aucun moment vous ne parler d'entreprises qui se font passer pour des architectes ou pour des bureaux d'architectures alors qu'ils ne connaissent rien en construction, surtout dans votre régions. Ne serait-ce pas de notre responsabilité de les dénoncer ? Cela éviterait de multiples causes d'accident du travail !Bonne continuation.

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ramses 71

05/02/2019 16h:08

la communication Un paramètre essentiel qui fait de grands patrons Des milliers de mails qui ne servent a rien La communication c' est : est ce que je me suis bien exprime ? est ce que J'ai bien été compris ? est ce que j'ai bien le retour pour analyser la réponse c'est vrai a tous les niveaux ,des plus petits aux plus grands

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Huppe

05/02/2019 18h:37

En tant qu'architecte, je confirme cet absence de communication sur le chantier. Le conducteur de chantier a disparu au profit du compagnon qui ne connaît pas le dossier CCTP et qui avance à sa guise. Faire et défaire devient trop fréquent et l’absentéisme au RDV de chantier quotidien.

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