Didier Ridoret, président de la FFB lors des rencontres du Bâtiment, mercredi 6 mars 2013 à Paris - © © Adrien Pouthier/LeMoniteur.fr

"Non, l'immobilier ne nuit pas à la compétitivité française", dit la FFB

Adrien Pouthier |  le 06/03/2013  |  AccessibilitéEuropeFrance Paris

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La Fédération Française du Bâtiment organisait mercredi 6 mars les premières Rencontres du Bâtiment autour du thème "L'immobilier est-il un handicap pour la France ?".

Alors que la crise économique s'aggrave et que la question de la compétitivité française se pose chaque jour de manière plus accrue, la FFB s'inquiète d'une tendance à la mise en cause du secteur de l'immobilier. Bulle immobilière, détournement de l'épargne, prix trop hauts aux effets néfastes, la FFB a le sentiment que le monde de la construction est désigné comme "bouc émissaire", seul responsable des blocages de l'économie du pays.

Pour se défendre, elle a accepté de se confronter aux questions qui fâchent en organisant mercredi 6 mars, ses premières Rencontres du Bâtiment autour du thème "L'immobilier est-il un handicap pour la France ?".

Même si la question est plus rhétorique qu'autre chose - devant un parterre de professionnels du secteur, la réponse n'allait certainement pas s'avérer positive - les spécialistes et les politiques invités à s'exprimer à la Maison de la Chimie ont pu rétablir quelques vérités intéressantes autour de trois grands thèmes : celui de la "bulle" donc, celui de l'impact de la hausse des prix de l'immobilier sur la compétitivité et enfin celui de l'impact des aides publiques sur ces prix hauts.

La bulle immobilière existe-t-elle ?

Concernant la bulle immobilière tout d'abord : elle n'existe pas en tant que telle d'après plusieurs des intervenants présents. Donc pas de raison qu'elle explose.

"Malgré l'effondrement du volume des transactions et le recul massif des mises en chantier, les prix de l'immobilier ne se sont pas écroulés depuis 2010", a rappelé Didier Ridoret, le président de la FFB. Et d'expliquer que "les besoins en logements liés à la démographie, au vieillissement et à la décohabitation persisteront".

Toutefois, souligne la FFB, "deux facteurs pourraient contrecarrer ce pronostic: une forte hausse des taux d'intérêt et l'impact du vieillissement de la population sur les décisions de vente et d'achat" qui pourraient provoquer un afflux de biens sur le marché de la part de ménages riches en patrimoine immobilier mais pauvres en revenus, donc un risque très grand d'une chute des prix.

En tout état de cause on constate déjà que les prix des logements "devraient s'orienter à la baisse durant plusieurs trimestres".

Des aides qui aident

Jugées comme une raison majeure de la hausse continue des prix de l'immobilier ces dernières années, les fameuses "aides à la pierre" ont également trouvé de chauds partisans. Michel Mouillart, universitaire spécialisé en immobilier a ainsi expliqué qu'avant d'avoir fait monter les prix, des dispositifs comme le PTZ pour l'achat d'un logement ancien, alliés à des taux d'intérêt historiquement bas avait surtout permis de nombreuses primo-accessions. Les aides à la pierre ont donc bien aidé le secteur malgré un effet inflationniste.

Quant à la question de la perte de compétitivité, "c'est pas nous" ont martelé toute la matinée en sous-texte les experts invités par la FFB.

La mise en cause, par de nombreux hommes politiques et certains banquiers, de l'immobilier, capteur d'une importante partie de l'épargne des Français au détriment des actions, comme une des principales causes de la baisse de la compétitivité de la France remonte à une étude de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) de mai 2010. Celle-ci affirmait que l'envolée des prix des logements en France avait "exercé un effet massif de détournement du capital au détriment des secteurs exportateurs, engagés dans la concurrence internationale".

L'immobilier ne sera pas le bouc émissaire de la perte de compétitivité

Entre 2000 et 2007, période de forte hausse des prix immobiliers, soulignait en effet l'OCDE, le nombre d'entreprises françaises exportatrices à diminué de 10% alors qu'un quart des créations d'entreprises s'est effectué dans le secteur de la construction contre seulement 5% dans l'industrie manufacturière.

Jean-Luc Biacabe, de la CCI Paris-Ile-de-France a abondé dans le sens de l'étude. « En Ile-de-France, la montée des prix de l’immobilier a eu un effet direct sur l’attractivité et la compétitivité de la région capitale. Elle a poussé les classes modestes à s’exiler loin de Paris et nous connaissons des difficultés à pourvoir les emplois pas ou peu qualifiés» a-t-il ainsi expliqué.

Mais pour Xavier Timbeau de l'Observatoire français des conjonctures économiques, la corrélation ne tient pas : "je ne pense pas que l’impact de l’immobilier sur l’épargne longue soit le plus sensible. L’immobilier est aujourd’hui utilisé comme «collatéral à la banque»". Rejoint sur ce point par Denis Ferrand, directeur général de l'institut d'études économiques Coe-Rexecode - "que l’immobilier soit un facteur de perte de compétitivité est peut-être vrai à la marge. C’est peut-être un contributeur, absolument pas un déclencheur" - Xavier Timbeau a également pointé les limtes d'une comparaison avec l'Allemagne.

"Ne sombrons pas dans la confusion la plus totale. La comparaison avec l’Allemagne a des limites. Notamment parce que l’Allemagne dispose aujourd’hui d’un excès de logements et que sa démographie n’est pas dynamique. En France, c’est l’inverse. La bonne réponse ne peut donc pas être : arrêtons de mettre de l’argent dans la construction. La bonne réponse, c’est contruisons, mais construisons bien !"

Pour Christian Eckert, rapporteur du Budget à l'Assemblée nationale, la question principale est effectivement moins celle des raisons de la hausse des prix que celle de l'effort des ménages : "Je ne crois pas qu’il y ait une corrélation directe entre prix de l’immobilier et compétitivité. En revanche, le part de dépenses des ménages dans le logement est trop important. Il y a là une question majeure à traiter", a conclu le député socialiste.

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