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Nicolas Grivel, DG de l'Anru : Les effets de la rénovation urbaine
Nicolas Grivel lors de son audition au Sénat - © © senat.fr

Nicolas Grivel, DG de l'Anru : Les effets de la rénovation urbaine "ne peuvent pas être miraculeux, ni instantanés"

Anne Farthouat, AEF Habitat et urbanisme |  le 06/02/2015  |  AménagementUrbanismeSécurité et protection de la santéFrance entièrePas-de-Calais

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Au lendemain des attentats de janvier et face aux critiques adressées à la politique de la ville, Nicolas Grivel, le nouveau directeur de l’Anru, estime dans une interview à l’agence AEF Habitat et Urbanisme « qu’on ne peut pas demander à l’Anru de régler à elle seule l’ensemble des problèmes des quartiers. La question est de savoir comment nous pouvons prendre notre part dans ce mouvement global ».

Quel regard portez-vous sur les débats suscités par les attentats des 7, 8 et 9 janvier derniers ?

Nicolas Grivel : Ces attentats ont fortement accentué les enjeux du "bien vivre ensemble" en France : si les attentes en matière de renouvellement urbain, et plus généralement de politique de la Ville, étaient déjà fortes, le niveau d'exigence s'est accru. Les questions qui ont émergé depuis font d’ailleurs écho aux objectifs fixés dans le cadre du NPNRU, et qui l’ont été notamment en se basant sur les forces et les faiblesses du premier programme. Dans les débats en cours sur l’équilibre de l’habitat, sur la mixité sociale, ou sur la politique de peuplement, les enjeux d’échelle ressortent très fortement, avec l’idée qu’on ne peut pas se limiter à une approche par quartier, ni même par commune. C’est précisément un des axes forts de la "loi Lamy", qui prévoit l’élaboration des contrats de ville à l’échelle intercommunale, et du NPNRU. La complémentarité entre les différents sujets - l’humain, l’urbain, le social, l’économique, le bâti, l’environnement, etc. - est également mise en question. Ces sujets n’étaient pas ignorés dans le cadre du premier programme, loin de là, mais on voit bien qu’il y a aujourd’hui une exigence d’articuler encore plus les efforts et les politiques. Le contrat de ville aura d’ailleurs cette vocation, celle d’incarner une vision globale de la ville.

Les analyses et commentaires sont assez cinglants à l’égard de la politique de la Ville menée ces dernières décennies, la qualifiant fréquemment "d’échec". La critique est-elle trop sévère ?

N.G.: Les difficultés que connaissent les habitants des quartiers sont incontestables. Mais pour autant, on peut aussi se demander "où en serait-on si on n’avait pas mis en place la politique de la ville ?" La question est certes insoluble, mais en ce qui concerne l’Anru, le constat de ces dix années d’activité est plutôt positif. La rénovation urbaine a porté ses fruits, et a permis de changer de façon assez radicale un certain nombre de quartiers. Quand on va à Villiers-le-Bel (Val d’Oise) ou à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le contraste entre les quartiers qui ont été rénovés et ceux qui restent à faire dans le cadre du nouveau programme est tout à fait saisissant. La répartition des logements sociaux, notamment, a souvent été fondamentalement revue.  Néanmoins, les résultats ne peuvent pas être miraculeux ni instantanés, il s’agit souvent de réparations à une dégradation de plusieurs décennies, qui peuvent prendre du temps pour faire effet.

Nous manquons aussi d’éléments d’analyse sur les trajectoires individuelles. Or, ces quartiers connaissent souvent une forte évolution : beaucoup de gens les quittent une fois que leur situation s’est améliorée. Cela renvoie à la question de la fonction même de ces quartiers dans la ville, et de leur mixité sociale. Mais cela témoigne aussi d’une certaine efficacité de la politique menée.


Le reproche de n’avoir pas suffisamment "associé l’humain à l’urbain" dans le cadre du premier PNRU a régulièrement été adressé à l’Anru, y compris par le CES…

N.G. : Certes, mais il faut aussi replacer les faits dans leur contexte. Le logement n’est pas le seul critère qui permette de mesurer la situation économique et sociale des populations. Cette situation s’est aussi dégradée ces dix dernières années sous l’effet de la crise, qui n’a pas épargné les quartiers prioritaires. On sait bien qu’ils sont même, malheureusement, touchés plus durement. Les habitants y sont en moyenne moins bien qualifiés et plus fragiles sur le marché du travail, de sorte qu’ils sont les premières victimes de la crise et les derniers à bénéficier d’une reprise.

Il faut être modeste, on ne peut pas demander à l’Anru de régler à elle seule l’ensemble des problèmes des quartiers. La question est de savoir comment nous pouvons prendre notre part dans ce mouvement global. Déjà, en améliorant le cadre de vie, ce qui est quand même un déterminant important, et un élément d’attractivité potentielle du quartier. Il nous faut ensuite veiller à ce que les projets qui seront financés visent réellement à désenclaver les quartiers, veiller à ce que les porteurs de projets pensent non seulement la mixité sociale mais aussi la mixité des fonctions (habitat, commerce, services publics, etc.), intègrent les enjeux d’insertion par l’emploi, en généralisant par exemple les clauses d’insertion au-delà des seuls chantiers Anru. Il s’agira aussi de faire en sorte que les entreprises de l’agglomération bénéficient d’un logement de qualité pour leurs salariés grâce à l’offre qui sera reconstituée. Tout cela suppose des dynamiques territoriales qu’un projet de renouvellement urbain peut stimuler.


Comment accueillez-vous à cet égard l'annonce par François Hollande de la création d'une agence nationale dédiée au développement économique des territoires (lire notre article) ?

N.G. : D’abord, je me félicite que l’Anru soit citée comme un modèle par le président de la République ! Ensuite, tout ce qui peut renforcer l’efficacité du soutien au développement économique dans nos territoires est une bonne nouvelle. Pour notre part notre souhait est de travailler en étroite collaboration avec les acteurs concernés.


La réforme territoriale en cours ne vient-elle pas perturber le calendrier de mise en œuvre des contrats de ville - et donc des projets Anru - puisque ceux-ci doivent être élaborés par les intercommunalités avant le 1er juin prochain, alors que la carte intercommunale risque de ne pas être arrêtée à cet horizon ?

N.G. : Vu le contexte, il ne serait pas très décent de dire aux habitants "on va s’occuper de vos quartiers mais d’abord on s’occupe de la carte intercommunale". Au contraire, ces dynamiques peuvent se mettre en œuvre conjointement. Je trouve assez sain que la période de construction des nouvelles intercommunalités soit justement très corrélée à la période de construction des projets urbains. D’ailleurs, la réforme territoriale est guidée par des préoccupations qui sont les mêmes que les nôtres : comment on pense le projet urbain, la solidarité, à l’échelle du territoire ?


Quelles sont les spécificités du NPNRU qui pourraient en faire un outil plus efficace que son prédécesseur dans la mise en œuvre du "mieux vivre ensemble" ?

N.G. : D’une part, le choix d’objectiver les quartiers prioritaires et, de fait, ceux éligibles aux financements de l’Anru, au regard de la concentration de pauvreté et des dysfonctionnements urbains marqués. La méthode est en quelque sorte renversée : nous partons d’un besoin identifié et nous accompagnons les acteurs dans la construction des projets.

La construction des projets de renouvellement urbain en tant que telle est également revisitée. Le contrat de ville pose la stratégie globale ; et partant de là, les territoires identifiés conçoivent leur projet Anru dans le cadre d’un protocole de préfiguration, qui vise à se poser les bonnes questions dès le départ, et non en cours de route. Certains territoires ont d’ailleurs déjà bien anticipé ce travail, y compris avec le concours de l’Anru. J’étais par exemple à Nîmes la semaine dernière, les acteurs sont en train de concevoir les études urbaines qui seront à la base du projet de renouvellement urbain, ce qui allégera le travail le moment venu.


Quel sera, dans ce cadre, le programme de travail de l’Anru cette année ?

N.G. : Nous nous inscrivons dans une période charnière, de complémentarité entre le PNRU et le NPNRU. Nous devons d'abord poursuivre et achever le premier programme, dans le cadre duquel il reste beaucoup de projets à réaliser. Car tout ce qui va se passer dans les quartiers dans les mois qui viennent se passera au titre de ce premier programme. Nous devons donc finaliser les avenants, avant le 31 mars 2015, et lancer les derniers engagements financiers d’ici à la fin de l’année. Nous sommes aussi, évidemment, fortement mobilisés sur le lancement du nouveau programme.


C’est-à-dire ?

N.G. : Notre conseil d’administration va devoir arrêter dans les semaines et mois qui viennent toutes les modalités d’intervention au titre du NPNRU. Il faut donc que l’on précise de manière extrêmement fine ce qu’on finance, dans quelles conditions, jusqu’à quel niveau, pour définir des règles transparentes, objectives et équitables. Ce règlement d’intervention doit par ailleurs s’inscrire dans le nouveau cadre qui est celui de la convention État-Action Logement. Il nous faudra notamment décliner le mix prêts-subventions, définir les principes de financement pour chaque famille d’intervention (démolition, réhabilitation et reconstruction). Nous pourrons également inscrire dans ce règlement les principes de financement de logements sociaux hors site, voire hors quartier prioritaire, pour répondre aux objectifs de mixité sociale inscrits au programme.

Nous sommes également en train de préfigurer ce que sera notre stratégie de co-investissement dans les quartiers, compétence qui nous est accordée par la loi Lamy pour co-financer des projets d’immobilier d’entreprise et de logements. L’idée étant de voir dans quelle mesure des projets d’investissement rentables et profitables pour les investisseurs, qui à l’heure actuelle ne se font pas, pourraient être débloqués grâce à notre apport. Cette stratégie devrait être finalisée d’ici au mois de mars.


Qu’en est-il des projets d’intérêt régional, qui doivent être identifiés dans le cadre des CPER (1) ?

N.G. : Les échanges sont en cours entre les préfets et les régions pour identifier les projets. Une fois que la liste sera arrêtée, elle sera portée devant notre conseil d’administration qui en évaluera la cohérence. Nous avons d’ores et déjà envoyé avec le CGET une instruction aux préfets de régions et départements, fin janvier, pour leur signifier comment le NPNRU doit s’inscrire dans les CPER, en leur rappelant notamment les objectifs très forts de concentration des projets, dans la même logique que celle qui prévaut au niveau national.

(1) 850 millions d'euros, soit 17% de l'enveloppe globale du NPNRU, financeront 200 sites d'intérêt régional, identifié par les préfets et les régions dans le cadre des CPER.

Source AEF Habitat et Urbanisme www.aef.info

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