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Nemausus : le nouveau logement social
Nemausus selon Richard Copans et Stan Neumann - © © DR

Nemausus : le nouveau logement social

CATHERINE SABBAH |  le 13/02/2009  |  ArchitectureGard

Jean Nouvel a conçu Nemausus à Nîmes en 1986 pour renouer avec la générosité du logement social. L'architecte a gagné son pari de construire plus grand et mieux pour le même prix. Mais ses deux prototypes ignorent les contraintes des bailleurs sociaux.

Qui oserait le dire ? Les deux bâtiments de Nemausus ne sont ni plus ni moins que des barres HLM. Rien d'insultant pourtant dans cette appellation, ni dans cette forme pure et simple dont se défient aujourd'hui les maîtres d'ouvrage et que voudraient bien dynamiter tous les maires. A Nîmes, Jean Nouvel a conçu un projet en deux barres parallèles, séparées par un mail planté pour prouver que le logement social, à coût égal, n'était pas voué aux espaces confinés et à une architecture sans qualité.

Eliminé de la compétition de la médiathèque remportée par Norman Foster en 1986, Jean Nouvel réussit quand même à attirer l'attention de Jean Bousquet, alors maire de Nîmes et grand amateur d'architecture, qui décide de lui confier un autre projet. Le terrain qui lui échoit est situé en périphérie de la ville, entre un quartier pavillonnaire et des immeubles sans caractère construits dans les années 60.

Avec Nemausus, l'architecte affirme vouloir retrouver les grands principes du logement social : offrir à ses habitants de la lumière, de l'espace et de l'air. Son plan est simple : deux longs pavés rythmés tous les 5 m par un voile de béton qui servira à la fois de mur porteur et de cloison entre les appartements. La trame détermine toute la structure des bâtiments : elle contient deux places de parking au rez-de-chaussée, impose la dimension des panneaux d'isolation du toit et sépare les poutres de maintien des coursives extérieures. Tout l'espace intérieur est dédié à l'habitation : cages d'escalier et couloirs relégués à l'extérieur viennent élargir le volume de la barre. Seules les cages d'ascenseur insérées dans des failles cassent le rythme horizontal. Le volume global intérieur, optimisé, permet de concevoir des appartements plus grands.

Alors que les six pièces ne dépassent pas 90 m2 dans les HLM traditionnelles, les trois-quatre pièces de Nemausus frôlent plutôt les 110 m2. Certains appartements étirés sur deux ou trois niveaux dépassent même 150 m2. Jean Nouvel revendique l'espace comme postulat d'esthétisme : « Un bel appartement est un grand appartement », affirme-t-il, et, pour le même prix, il fait le pari de construire 40 % plus grand.

Des matériaux industriels détournés

Les deux barres frappent par leur allure de paquebots. Arrondies à la poupe, elles se terminent brutalement par des pans coupés à la proue. La métaphore marine est encore accentuée par le bastingage et les voiles : les coursives et la résille métalliques qui surplombent l'ensemble. Pourtant, chaque pièce, chaque forme s'explique d'abord par sa fonction : le choix de matériaux industriels détournés allège le budget. Les portes ouvrant sur les terrasses, par exemple, sont de véritables murs pliants fabriqués en série pour des casernes de pompiers et réétudiés pour l'occasion ; le bardage métallique dissimule de simples cadres de bois habillés de laine de verre. La couverture métallique en débord du toit maintient une couche d'air au-dessus de l'immeuble et sert à la fois de pare-soleil et d'isolant thermique... Les appartements, en duplex ou triplex, économisent la desserte : trois coursives pour cinq niveaux. Elles sont larges et servent de rues intérieures où circulent les habitants et jouent les enfants. Lors de la construction, l'inclinaison de leur garde-corps fut jugée non conforme par la commission de sécurité. Jean Nouvel refusa de les modifier et accepta de mauvaise grâce d'en empêcher l'accès en les dotant de petites tablettes horizontales vite détournées en bancs publics par les habitués. Un équipement de plus à moindre frais.

A l'intérieur, les appartements sont traversants. Desservis d'un côté par une coursive, ils ouvrent au sud sur 15 m2 de terrasse, extension d'agrément ou de rangement. Tous sont conçus sur le même modèle : un grand espace développé autour d'un bloc central comprenant la chaudière et un grand placard flanqué d'un escalier. Au premier étage, même schéma agrémenté d'une salle de bains avec fenêtre. Défenseur d'une architecture dictée par l'espace, Jean Nouvel propose avec ce projet un mode d'habiter encore peu répandu en France, dans les années 80, et moins encore dans le logement social : le loft. Aucune cloison ne dessine ni plan ni pièces, et les appartements sont conçus pour une utilisation collective. Certains logements sont si hauts de plafonds que leurs locataires y installent des balançoires. Les terrasses sont investies comme des jardins, les limites entre l'intérieur et l'extérieur volontairement gommées.

Vision d'artiste

Pourtant, derrière sa générosité d'architecte, Jean Nouvel conserve sa vision d'artiste, à laquelle il faut adhérer pour habiter ses bâtiments: des murs en béton brut sur lesquels figurent encore - ou ont été rajoutées - les indications de chantier ; l'interdiction de les peindre, d'obturer les immenses fenêtres de rideaux fleuris... Nemausus ou pas, l'immeuble a pris le pli des locataires qui ont eu raison des exigences de son concepteur. Et puis ce dernier avait oublié un détail : le mode de calcul des loyers HLM basé sur le nombre de mètres carrés. Leur coût est d'autant plus élevé que la surface augmente... Reste que les deux vaisseaux gris éclairés de lanternes rouges ont rempli les revues d'architecture. Jean Nouvel voulait qu'ils symbolisent les années 80, celles qui virent les architectes sortir de la médiocre production de masse des années 60 et 70. Mais les prototypes nés dans leurs laboratoires ne sont pas toujours reproductibles...

Vue aérienne de Nemausus
Vue aérienne de Nemausus
Patrimoine du XXème siècle

Le 24 mars 2009 marque la date d'apposition d'une plaque "Patrimoine du XXème siècle" sur Nemausus. Le bâtiment conçu par Jean Nouvel a reçu ce label du ministère de la Culture et de la Communication. Une première en Languedoc-Roussillon.

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