Environnement

« Ne perdons plus une minute. Changeons! » par Olivier Dufourneaud, ingénieur conseil

L’amendement Ollier, que je m’étonne de voir présenté comme « soutenu par le gouvernement », est le test par excellence de la crédibilité du « Grenelle ». Sans bien sûr fouler du pied les prérogatives de représentants du peuple, force est de constater que le processus législatif en cours peut faire basculer la démarche.
Ou bien le Grenelle sort respecté et confirmé comme une rupture des pratiques vers plus de responsabilité environnementale, sur le fond – un frein à la consommation exponentielle des ressources – comme sur la forme: une démarche participative associant largement la société civile et une expertise large pour échapper aux freins politiques ou technocratiques.
Ou bien le Grenelle est sacrifié face à la crise financière et à la schizophrénie du gouvernement qui entend moraliser et responsabiliser l’économie tout en fuyant tout processus de régulation qui pourrait, même de loin, apparaitre comme un transfert financier, une taxe. Et dans ce cas, c’est le retour au « fil de l’eau », tractations politiques et puissance des lobbys.

Sur le fond, et comme le montre bien le « point de vue » que vous publiez, cet amendement est une aberration, dont le seul objet est de sauver une incongruité française.
L’analyse de la consommation à la pointe est décisive. J’ajouterais que cette pointe se sites en hiver à 19h. Or, en hiver, le potentiel hydraulique est généralement faible, et à 19h, le soleil de fait rare. La production ENR est donc au plus bas, et les énergies fossiles tiennent le devant de la scène.
Ajoutons à cela qu’un raisonnement hexagonal n’a plus de sens dans le contexte d’un réseau européen largement interconnecté. Le nucléaire français est aujourd’hui l’énergie de base européenne, et le charbon de nos voisins allemands vient répondre à nos pointes – justement, quand l’isolation fait défaut!
Mais regardons le texte de plus près: on s’intéresse aux constructions neuves, donc à une consommation additionnelle. Et quels sont les projets de nouvelles capacités électriques aujourd’hui? En Europe comme en France, les projets nucléaires neufs sont marginaux, alors que les groupes gaz, fioul, charbon fleurissent. Ce sont eux qui répondront aux besoins des nouveaux logements en 2012. Comment donc sera « cotée » l’énergie électrique si l’amendement Ollier est retenu? Quid aussi des coûts « accessoires » comme le stockage des déchets, le renforcement des réseaux électriques, le démantèlement des centrales,…?
L’énergie la plus propre – tous critères confondus – reste celle que l’on ne consomme pas.

Enfin, comment apprécier une telle mesure protectionniste, alors même que les objectifs du Grenelle étaient de donner un signal économique fort pour stimuler le développement des technologies propres dans notre pays, en façonnant un marché national responsable. Certes, pour l’heure, le retard pris en France nous contraint à importer largement des solutions techniques innovantes. Mais les dernières rencontres de l’ingénierie, comme la réponse des industriels de l’isolation à ce projet d’amendement montrent que nos forces vives sont capables de réagir, et de s’adapter au rythme prévu par le Grenelle. Alors ne perdons plus une minute. Changeons!

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