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Nantes inscrit son passé de port négrier dans la ville

Jean-Philippe Defawe, Responsable de la rédaction ouest et centre |  le 22/03/2012  |  Loire-AtlantiquenantesAménagementTransportsInternational

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Au terme d’un long travail sur son histoire de port négrier, Nantes assume son passé en donnant une forme à la mémoire avec le Mémorial de l’abolition de l’esclavage. A la fois monument commémoratif, œuvre d’art et espace public dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement urbain, il sera ouvert au public à partir de samedi 25 mars.

C’est au pied du quai de la Fosse qui a vu partir de nombreux navires négriers vers l’Afrique et de ses immeubles construits par les riches armateurs nantais que s’étend ce mémorial imaginé par l’artiste d’origine polonaise Krzysztof Wodiczko et l’architecte argentin, Julian Bonder, tous deux installés aux Etats-Unis et internationalement reconnus pour leur travail sur la mémoire, la survie, les luttes… De l’autre côté de la Loire, un autre symbole lui fait face : le Palais de Justice conçu par Jean Nouvel sur l’île de Nantes et renvoie inévitablement à la question des Droits de l’Homme.

Un projet politique

Pour la ville de Nantes, le mémorial de l’abolition de l’esclavage témoigne d’une mémoire assumée et dépasse le cadre de l’histoire locale. « C’est un hommage aux millions de victimes de la traite et de l’esclavage, un hommage à ceux qui se sont battus contre ce crime et un hommage aux luttes d’hier et d’aujourd’hui », explique Marie-Hélène Jouzeau, directrice du patrimoine de la ville. Peu de ports négriers sont allés aussi loin dans ce devoir de mémoire. « Une ville se construit avec force si elle se montre lucide sur sa propre histoire », justifie le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault. « Cette histoire, nous l’assumons. Et le message que nous lançons depuis Nantes a vocation à dépasser nos frontières », ajoute-t-il.

Pour autant, tout n’a pas été simple. Après l’abolition de l’esclavage en 1848, la ville recouvre du manteau du silence ce passé gênant jusqu’au XXe siècle. « Des textes du début du XXe siècle évoquaient encore avec nostalgie cette période négrière », affirme Marie-Hélène Jouzeau. Dans les années 1980, une association, qui tentera de présenter une exposition sur le commerce triangulaire et la traite des noirs au Château des ducs de Bretagne, se verra refuser l’aide de la municipalité. Et ce n’est qu’avec un changement de municipalité en 1989 que s’amorce alors un mouvement de reconquête de la mémoire nantaise symbolisée par l’exposition « Les anneaux de la mémoire », qui sera vue par 400000 visiteurs. En 1998, à l'occasion du 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, le Conseil municipal de Nantes adoptera le principe d'édifier un monument sur le quai de la Fosse pour « marquer le rapport de la ville à son passé de premier port négrier de France ». Après un concours international remporté par Wodiczko et Bonder en 2004, il faudra attendre l’année suivante pour que le projet de mémorial soit validé et les premiers coups de pelle démarreront début 2010.

Un projet urbain

A l’image de l’île de Nantes réaménagée sur le site des anciens chantiers navals, le mémorial vise à reconquérir les berges de la Loire en continuité avec l’histoire de la ville. Il s’inscrit d’ailleurs dans un parcours urbain, jalonné de onze totems invitant le promeneur à une lecture historique de la traite négrière, qui va jusqu’au château des ducs de Bretagne. Le mémorial proprement dit est également imaginé comme un parcours.

A l’extérieur, il s’étend le long d’une vaste esplanade végétalisée de près de 7000 m2, entre le pont Anne de Bretagne et la passerelle Victor-Schoelcher, qui contribua tant à l’abolition de l’esclavage en 1848. Sur un chemin en béton, 2000 plaques de verre disposées aléatoirement. En s’arrêtant dessus, le visiteur découvre alors des inscriptions. Car une partie de ces plaques rappelle les 1710 expéditions négrières parties de Nantes, en indiquant le nom du navire et sa date de départ, tandis que les 290 autres plaques donnent les noms de comptoirs négriers, de port d’escales et de port de vente fréquentés par les négriers nantais sur quatre continents.

A partir de l’esplanade, le visiteur emprunte un vaste escalier à ciel ouvert qui le conduit vers le passage souterrain, cœur du Mémorial. Il est accueilli par un texte d’une portée toute particulière, qui souligne l’universalité du monument, l’article 4 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 : « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes ».

Une fois à l’intérieur, le visiteur se retrouve sous les quais avec d’un côté, un mur de béton qui laisse entrevoir la Loire entre les piliers de soutènement. De l’autre, une immense plaque de verre inclinée à 45 degrés court sur les 90 mètres de longueur du passage. Elle est le support d’une sélection de textes historiques ou contemporains qui portent le message même du mémorial : « Des voix, partout et en tous temps, se sont élevées et s’élèvent encore contre l’esclavage. » Un platelage en bois rappelle l’entrepont des navires négriers. « Pour renforcer cette idée et encore mieux suggérer l’idée d’enfermement dans les cales, de l’eau coule sous ce platelage et des pompes entretiennent un mouvement créant un bruit de roulis », explique Michel Roulleau, l’architecte chargé de réaliser ce projet artistique.

Un chantier très technique

Mettre en œuvre la forme proposée par les artistes n’a pas été simple et a nécessité de nombreuses études techniques. « Il a fallu évacuer les vases, mettre en place des micropieux et construire un caisson étanche qui a été rivé aux quais », explique Hervé Guégan, le responsable du chantier à Nantes Métropole. « Pour consolider ce caisson que nous appelons la baignoire, 68 micropieux de béton ont été enfoncés à 15 mètres », précise l’architecte Michel Roulleau qui se souvient d’un chantier envahi plusieurs fois par la marée.

« Côté Loire, nous avons construit un mur de béton ouvert dans sa partie haute, ce qui permet au fleuve de se refléter dans le souterrain, explique Michel Roulleau. « Nous avons également laissé des empreintes de bois dans le béton afin de rappeler la trame des murs de pierre des quais du XIXe siècle que nous avons nettoyé. »

Le résultat est saisissant et par ce traitement brut, l’ouvrage invite d’emblée à la méditation. Dans le prolongement de ce parcours méditatif, un espace historique apporte au visiteur les clés de compréhension de la traite négrière. Le mémorial de l’abolition de l’esclavage sera ouvert au public à partir de samedi 25 mars.

memorial.nantes.fr

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Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Nantes Métropole

Artistes concepteurs : Krzysztof Wodiczko et Julian Bonder

Maîtrise d’œuvre : Arcadis (mandataire), Agence Roulleau, MH Lighting

Surface : 6800 m2 dont 1500 m2 couverts

Coût de réalisation : 6,6 millions d’euros HT

Entreprises : DLE ouest (mandataire)/EMCC/GTM ouest/Forclum (terrassements, génie civil et aménagements de surface) – Polar Glass (lames de verre) – SLE (platelage bois) - Atelier Emmanuel Barrois (pavés de verre) - Citelium (éclairage) – ISS Espaces verts (aménagements paysagers), CMR (serrurerie).

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