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Moyen Age - Pignon sur ruines
Le pavillon d'accueil est positionné en face du boulevard Saint-Michel, ce qui donne à l'institution davantage de visibilité qu'auparavant. - © MICHEL DENANCÉ

Moyen Age - Pignon sur ruines

MILENA CHESSA |  le 31/08/2018  |  Paris

Série de l'été 7/7 -

A Paris, le pavillon d'accueil du musée de Cluny surplombe les vestiges antiques des thermes de Lutèce.

Le musée national de Cluny à Paris (Ve arrondissement) est un livre d'histoire de l'architecture à ciel ouvert. La première page a été écrite il y a près de 2 000 ans, avec l'édification de thermes gallo-romains, dont il reste aujourd'hui d'augustes vestiges. S'en est suivie, au XVe siècle, la construction de l'hôtel des Abbés dans un pur style gothique. Et le dernier chapitre en date vient d'être signé par Bernard Desmoulin. L'architecte a livré en juillet 2018 un pavillon de 750 m2 qui offre un accueil confortable, une salle d'exposition appréciable et une régie des œuvres indispensable. Le maître d'œuvre savoure sans fausse modestie « la chance incroyable de prolonger l'histoire millénaire de ce site avec un petit bâtiment du XXIe siècle ».

« Le lieu d'implantation a fait l'objet d'une discussion acharnée entre les archéologues, les muséographes et les représentants des monuments historiques », se rappelle Paul Barnoud, architecte en chef des monu ments historiques (ACMH) et responsable de la restauration des vestiges antiques. En fin de compte, il est idéalement situé : greffé à un édifice du XIXe siècle, en face du boulevard Saint-Michel, ce qui lui donne une meilleure visibilité depuis cette artère très fréquentée. « Les gens ralentissent et lèvent la tête en passant », souligne une utilisatrice quotidienne du lieu. D'autres s'arrêtent le temps d'une photo. « Je ne donne pas dans l'architecture spectaculaire ; or là, il fallait assumer le pignon sur rue, la volumétrie est donc sage et la texture fait signal », observe Bernard Desmoulin.

Le lauréat de l'Equerre d'argent 2009 ne dévie pas de sa ligne de conduite tracée entre « présence et effacement ». La structure mixte acier-béton s'installe sur la pointe des pieux, afin de minimiser son impact sur la couche archéologique laissée en friche pour les futurs chercheurs. Celle-ci est également surplombée par une fine passerelle en béton fibré ultra-hautes performances (BFUP). Les façades sont bardées de plaques en fonte d'aluminium dont la couleur varie tout au long de la journée : bronze dans l'ombre du matin, dorée au soleil de l'après-midi. « Il fallait une couleur qui soit en connivence avec celle des vestiges », estime l'architecte. Les plaques présentent une surface tantôt pleine et en relief, tantôt ajourée. Pour ces dernières, le concepteur dit s'être inspiré d'un motif de dentelles de pierre sculptée, présent dans la chapelle de l'hôtel médiéval de Cluny.

Un béton de rêve. « Bernard Desmoulin est resté intraitable sur la façade, mais il a fait preuve d'une grande écoute pour les espaces intérieurs, qui sont d'une qualité et d'une ampleur que nous n'imaginions pas », apprécie Elisabeth Taburet-Delahaye, directrice du musée. L'espace en double hauteur du hall d'entrée en est l'illustration. La rugosité des parois en béton contraste avec la surface lisse de la rampe d'escalier en Corian et du mobilier en bois. En mettant en œuvre du béton sur ce site antique, l'architecte a rendu hommage à ses inventeurs, les Romains. Mais, il ne s'attendait pas à une surprise lors du décoffrage. « Pour la première fois de ma carrière, une entreprise - Lefèvre - a réalisé le béton qui me faisait rêver quand j'étais jeune praticien sur le projet du Grand Louvre », s'émerveille-t-il. Pour que les visiteurs se rendent compte du travail des compagnons sur un béton qui doit être apparent ou non, le maître d'œuvre a décidé de laisser visible une poutre structurelle dans la librairie-boutique. D'ici à 2020, Bernard Desmoulin et Adrien Gardère prendront en charge la refonte du parcours muséographique pour une meilleure accessibilité physique et intellectuelle des collections. Ils rendront notam ment plus lisibles les différents ensembles architecturaux, reliés selon eux « de façon énigmatique et labyrinthique ». L'histoire continue donc de s'écrire à Cluny.

Maîtrise d'ouvrage : ministère de la Culture.

Maîtrise d'ouvrage déléguée : Oppic.

Maîtrise d'œuvre : Bernard Desmoulin, architecte.

BET : AI Environnement (environnement), Venathec (acoustique), Scoping, C&E Ingénierie (BFUP).

Entreprises : Lefèvre (structure clos et couvert, passerelle), Bonnardel (aménagement intérieur et mobilier), Morlet (plomberie, chauffage, ventilation), ERI (électricité), Kone (ascenseur), Les Peintures parisiennes (revêtements des sols souples et peinture). Surface : 740 m2 SP. Coût des travaux : 3,99 M€ HT.

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PHOTO - 14701_884999_k4_k1_2077550.jpg - © BERNARD DESMOULIN
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PHOTO - 14701_884999_k5_k1_2077552.jpg - © PHOTOS : MICHEL DENANCÉ
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PHOTO - 14701_884999_k6_k1_2077553.jpg - © PHOTOS : MICHEL DENANCÉ

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