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Mobilisation pour revitaliser les centres-villes : le modèle Saint-Dizier
PHOTO - 13773_836182_k2_k1_1966727.jpg - © PHOTOS : DANIEL ROUSSELOT / LE MONITEUR

Mobilisation pour revitaliser les centres-villes : le modèle Saint-Dizier

Marie-Douce Albert |  le 29/06/2018  |  Haute-MarneLandesMarneMeurthe-et-MoselleMeuse

L'une des premières communes à avoir passé contrat dans le cadre du plan « Action cœur de ville » se trouve en Haute-Marne. Et elle a de nombreux projets à mener.

Sur le papier comme dans les statistiques de l'Insee, l'état des lieux n'est pas enthousiasmant. Saint-Dizier, dans la Haute-Marne, y apparaît comme une de ces nombreuses villes de taille moyenne aujourd'hui accablées de problèmes. Frappée par la désindustrialisation, elle a ainsi perdu 10 000 habitants depuis les années 1970 pour en compter désormais 25 000 environ. On serait tenté de la croire victime du vertige de la « diagonale du vide », telle que l'on nomme cette bande territoriale à faible densité de population qui s'étire de la Meuse aux Landes. Mais l'urbaniste Gérard Pénot prévient toute conclusion hâtive : « D'accord, la situation est peu enviable. Mais Saint-Dizier n'est pas une ville de la désespérance, notamment parce que ses élus ont toujours des projets dans leur besace. » Si bien que Saint-Dizier, qui fait partie des trois premières communes françaises à avoir signé, début juin, une convention avec l'Etat dans le cadre du programme de revitalisation des centres urbains « Action cœur de ville » (lire p. 16) , a déjà un certain nombre de coups prêts à partir.

Gérard Pénot le sait d'autant mieux qu'il travaille depuis presque vingt ans à la rénovation du quartier du Vert-Bois, le grand ensemble qui a été greffé à la ville dans les années 1970, et qu'il a un œil sur tous les programmes d'aménagement envisagés depuis que, fin 2017, son agence, l'Atelier Ruelle, est devenue architecte-conseil de l'agglomération. Le lauréat du Grand Prix de l'urbanisme 2015 a pu mesurer l'ampleur des chantiers déjà accomplis. « Quand François Cornut-Gentille a été élu maire en 1995, il a commencé par s'attaquer au centre-ville pour le rendre plus attrayant », constate-t-il. Quelque vingt années de travaux menés par l'architecte-urbaniste Jean-Paul Deschamps ont en particulier redonné du lustre aux espaces publics, rendant la déambulation dans la ville plutôt agréable. Saint-Dizier ne manque d'ailleurs pas de cachet avec ses vestiges de remparts, quelques maisons à pans de bois du XVIe siècle ou encore l'emblématique tour Art déco blanche et bleue de l'ancienne usine des glaces Miko.

Mais François Cornut-Gentille, qui ne conserve aujourd'hui que son mandat de député, et Elisabeth Robert-Dehault, qui lui a succédé à l'hôtel de ville en 2017, regardent au-delà des limites communales. « Saint-Dizier doit retrouver une fonction stratégique et jouer un rôle de centralité pour un bassin de vie de 150 000 personnes qui sont, par ailleurs, éloignées de toute grande ville », explique le premier. « L'idée est de fonder notre redéveloppement sur le tertiaire et les services à cette population », poursuit la deuxième.

Avec ses deux centres hospitaliers, Saint-Dizier joue déjà un rôle de pôle médical, et une deuxième maison de santé est projetée. Une autre priorité de la maire est la culture. D'autant que les services de la sous-préfecture sont censés libérer le « château ». Cette imposante bâtisse, dont l'origine remonte au XIIIe siècle, est destinée à redéployer le musée municipal tandis que son grand parc deviendra enfin accessible. Par ailleurs, le cinéma, créé en 2006 au pied de la tour Miko, comptera deux salles supplémentaires l'an prochain. Positionnée entre Marne et canal, Saint-Dizier a également programmé l'extension de son centre nautique, qui sera menée par l'agence d'architecture BVL.

Lèche-vitrines. Mais la grande affaire qui mobilise aujourd'hui la Ville est le commerce. Car on vient aussi à Saint-Dizier pour faire du lèche-vitrines, notamment rue Gambetta, l'axe central de la commune. Toutefois, le centre compte son lot de boutiques fermées, surtout quand on s'éloigne un peu de la rue principale. En cette année 2018, la mairie a dénombré 36 cellules vides, ce qui porte le taux de vacance commerciale à près de 14 %. « Ce n'est pas énorme, c'est bien pire ailleurs. Nous sommes plutôt bien lotis », estime Jean-Paul Habert, le président de l'association Les vitrines de Saint-Dizier. (suite p. 16)

1 -Le déménagement de deux collèges privés a libéré une emprise de 1,6 ha qui permettra de créer un nouveau pôle commerçant en plein centre. 2 -La rue du Docteur-Mougeot témoigne du soin porté aux espaces publics… mais aussi de la difficulté à maintenir de l'activité dès que l'on s'éloigne de la rue principale. 3 -Le « château », destiné à devenir un musée. 4 -Un concours sera lancé pour transformer l'actuel marché couvert. 5 -Axe central qui traverse la ville, la rue Gambetta est l'artère commerçante de Saint-Dizier.

Néanmoins, ce dernier attend beaucoup du projet de nouveau cœur commerçant que veut faire bâtir la mairie et du rôle de « locomotive » que ce nouvel ensemble pourrait jouer.

Lorsque deux collèges privés ont quitté le centre, la Ville a saisi l'occasion en achetant ces terrains idéalement situés derrière les halles du marché. A terme, une emprise de 16 000 m² sera disponible pour qu'un pro-moteur y développe un complexe de boutiques, un hôtel et quelques bureaux.

Le projet de complexe commercial sera dimensionné pour répondre aux besoins réels de Saint-Dizier.

Pour Gérard Pénot, l'essentiel est d'élaborer une programmation bien dimensionnée, « un vrai projet bragard » ainsi que l'on qualifie tout ce qui a trait à la ville depuis que François Ier aurait appelé ses habitants « braves gars ». L'urbaniste, ces derniers mois, a donc amené la Ville à envisager l'organisation d'un concours d'architecture pour des bâtiments en structure légère, modulables au gré des besoins commerciaux. Il a surtout conseillé d'abandonner le parking souterrain, trop lourd financièrement, mais aussi de renoncer à faire construire des logements, qui ne constituaient pas la nécessité première du projet.

Logements dégradés et maisons opulentes. L'habitat, justement, reste un sujet de questionnement. Selon Brigitte Paletou-Berry, dont l'agence immobilière est « la plus ancienne de la ville », l'offre s'est déjà beaucoup améliorée, « notamment grâce aux opérations de l'Agence nationale de l'habitat qui ont permis aux propriétaires bailleurs de rénover leurs biens. L'arrivée en 2006 du diagnostic de performance énergétique a également eu cet effet ». Toutefois, demeure le problème des biens privés très dégradés situés dans des secteurs paupérisés. « Il est difficile de trouver un modèle économique pour les réhabiliter », indique-t-on à la mairie. L'autre sujet est celui de cette poignée de maisons opulentes qui appartenaient autrefois à des notables. Elles font partie du patrimoine bragard mais, aujourd'hui, elles ne trouvent plus preneurs. Alors, si les fonds débloqués par le plan « Action cœur de ville » permettront à Saint-Dizier de lancer plus aisément des projets presque ficelés et dûment listés dans la convention signée le 8 juin, le document prévoit aussi le lancement d'une étude sur l'habitat.

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Un plan à 5 milliards pour relancer 222 cœurs à la peine

C'est le tour de France des signatures.

Le 7 juin, la première convention du plan national « Action cœur de ville » était paraphée à Lunéville (Meurthe-et-Moselle). Le lendemain, Saint-Dizier (Haute-Marne) et Châlons-en-Champagne (Marne) officialisaient aussi leur contrat-cadre avec l'Etat et les divers partenaires de ce programme de soutien à la revitalisation des centres villes. Et il ne faut pas flâner en route : d'ici au 30 septembre, les 222 villes désignées en mars comme bénéficiaires du dispositif devront avoir signé.

Lancé fin 2017 par le ministère de la Cohésion des territoires, « Action cœur de ville » vise, d'ici à la fin du quinquennat, à redonner du souffle aux villes dites « moyennes ou intermédiaires ».

Ces communes, dont la population ne dépasse en général pas les 150 000 âmes, représentent près du quart de la population française mais cumulent les difficultés : des taux de chômage et de pauvreté supérieurs à la moyenne, des centres urbains en déshérence, un bâti dégradé, des magasins fermés…

Plus de cinq milliards sont donc mis sur la table par l'Etat, via notamment la Caisse des dépôts, Action Logement et l'Agence nationale de l'habitat, pour accompagner les 222 élues dans leur démarche. Car le programme n'a pas vocation à décréter des actions mais plutôt à soutenir celles imaginées par les communes, en matière d'habitat, d'urbanisme, de commerce…

« Il s'agit de sur-mesure, souligne Jean Guiony, coordonnateur national d'“Action cœur de ville” au Commissariat général à l'égalité des territoires. Nous ne pouvons pas dire aujourd'hui quelles sommes seront allouées aux villes. Cela dépendra de leurs projets. »

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