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Mise aux normes d'un théâtre

bertrand escolin |  le 13/02/1998  |  ImmobilierProfessionAccessibilitéArchitectureCulture

LE CHANTIER Le Petit Théâtre de 1839 à La Flèche (Sarthe).LE PROGRAMME Restauration et aménagement en vue d'une réouverture au public. LES SOLUTIONS Un monte-charge pour les décors et l'accès handicapés Dépose de la coupole et confortement de charpente Recomposition des décors à l'identique Une dalle béton inclinée pour recomposer la scène initiale.

Il n'existe en France que cinq théâtres construits dans la première moitié du XIXe siècle. L'un d'eux, le Petit Théâtre de La Flèche, inauguré en octobre 1839, était fermé depuis douze ans. Le projet de restauration va lui rendre sa destination d'origine. « Cela représente huit ans de travail depuis notre première étude, explique Igor Hilbert, architecte du projet. C'est une association locale qui s'est battue pour la préservation du théâtre, et a progressivement fait pencher la ville et les pouvoirs publics en faveur de sa restauration, alors que La Flèche dispose d'une salle de spectacle moderne, le «Coppélia» . Dans quelques mois, nous aurons reconstitué une salle dont le décor sera identique à celui de 1839. »

Le principal défi technique a été de définir les travaux de mise en sécurité pour permettre la réouverture au public du théâtre, d'assurer l'accès du parterre sans altérer la conservation du bâtiment classé à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques. La structure a été contrôlée : deux escaliers en bois, dont on pouvait craindre le mauvais état, ont été vérifiés par chargement avec sacs de sable, un expert a certifié l'état de la charpente.

Les travaux de mise en sécurité

Dans le programme, toutes les portes d'accès au théâtre sont remplacées par des portes pare-flammes 30 min moulurées, conformes aux portes existantes, dont certains gonds sont repris sur les portes d'origine. Une rampe d'accès handicapés est aménagée en pente discrète sur le parvis d'entrée. Elle est composée d'un socle en béton et de parements en dalles de grès longeant la façade latéralement à l'entrée. « Une bataille avec les Monuments historiques qui ne voulaient pas en entendre parler, mais c'était le seul moyen de faire revivre le théâtre dans sa fonction d'accueil du public », souligne Igor Hilbert.

« Ensuite, poursuit-il, nous avons cherché les moyens d'amener au niveau de la scène les pianos, éléments de décors ou projecteurs nécessaires aux artistes. Nous avons choisi de créer, dans une aile de l'ancienne mairie attenante, un monte-charge accompagné dans une gaine de maçonnerie en cours de construction. Le monte-charge, d'une capacité de 1 000 kg, est prévu pour permettre également l'accès des personnes handicapées aux trois niveaux du théâtre : au rez-de-chaussée, étage intermédiaire de stockage ; au premier étage où se trouvent le foyer public et la scène de théâtre ; et enfin au second étage comprenant les loges et le foyer des artistes. »

La scène va bénéficier d'un traitement spécifique pour garantir sa mise aux normes, mais en retrouvant son aspect initial. Une dalle en béton légèrement inclinée pour une meilleure visibilité du public (30 cm côté public, 20 cm côté scène) vient remplacer le parquet existant, de 15 cm d'épaisseur : « Avec quelques centimètres de plus, explique Carole Clerc, de l'Atelier de scénographie et d'architecture, on aurait pu créer un plénum pour la ventilation, mais nous sommes limités par le haut, le premier balcon n'étant qu'à 1,95 m du parquet. »

La ventilation sera donc assurée par un réseau de gaines en deux parties : l'une en sous-face de l'estrade, avec un réseau venant du plafond du théâtre et descendant latéralement au cadre de scène, l'autre parcourant les deux balcons le long d'un caisson installé derrière les fauteuils. « Les deux caissons latéraux assureront 80 % de la ventilation nécessaire, de l'ordre de 40 m3/h par spectateur. La machinerie est placée à l'opposé du bâtiment, les gaines passant par les combles techniques », précise l'architecte.

Des passerelles techniques pour l'éclairage

Des passerelles techniques sont également prévues. « On a découvert en sous-face du futur gril technique, au-dessus de la scène, des poutres en bois exploitables de 8 m de portée. Nous allons les réutiliser comme platelage pour créer les passerelles techniques qui supporteront l'éclairage. La régie est installée dans deux loges du deuxième balcon, avec une arrière-salle pour les matériels de régie sonore », explique Carole Clerc. L'installation électrique est revue pour 180 kWh de puissance et les armoires seront centralisées dans un local installé au-dessus des loges. Côté scène, un nouveau parquet en sapin du Nord, bon isolant acoustique, viendra accueillir des fauteuils semblables à ceux ayant équipé les théâtres du XIXe siècle. « C'est un bâtiment rustique, extrêmement sain : on n'aura qu'une poutre à changer ; par contre, il faudra doubler le mur en tuffeau pour assurer son isolation contre l'humidité et le froid », précise l'architecte.

Autre petite difficulté technique : fallait-il restaurer la coupole en plâtre existante ou la remplacer ? La solution a été de la déposer pour faire apparaître la charpente ; de conforter celle-ci par des arceaux métalliques courbes et de la traiter contre les insectes ; puis de reconstituer la coupole existante. La coupole reconstituée en staff, après recomposition d'un motif d'époque, sera montée sur place après moulage. « Nous discutons, tous les mois, avec les Monuments historiques et les bâtiments de France sur les modalités du décor qui sera choisi pour la coupole, notamment les tons du ciel. »

Un édifice accessible à tous les publics

La question de la restauration de ce théâtre pose un dilemme en termes techniques : faut-il privilégier la valeur patrimoniale ou la valeur d'usage du bâtiment ? « L'architecte des Monuments historiques nous a fait revoir le changement de dalle de la terrasse, au-dessus de l'entrée, que l'on voulait empavée. Mais l'ABF a estimé que l'empavement porterait atteinte à l'intégrité de la façade, et a préconisé une structure poutre bois comme support de la dalle. » Le théâtre de La Flèche, ni musée ni salle moderne, restera un théâtre en fer à cheval de 136 places, avec des loges en balcon, pour une scène inférieure à 8 m. Mais il sera accessible à tous les spectacles et à tous les publics, avec un foyer pour le public, deux issues de secours aménagées donnant sur un palier qui permet la double circulation entrants/sortants, et un monte-charge qui permet l'accès à la rampe handicapés. Ces solutions techniques ont permis à la ville de réactiver un théâtre dans sa fonction première au lieu d'en faire un musée.

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d'ouvrage : ville de La Flèche (Sarthe).

Maîtrise d'oeuvre : Atelier de scénographie et d'architecture BETECS/Hilbert-Jeffroy.

Entreprises : Chailleux (maçonnerie), Juret (électricité), Missernard-Quint (chauffage-ventilation), Sort et Chasle (plâtres).

Marché : 10,2 millions, dont 8,5 millions de francs de travaux.

Calendrier : novembre 1997 - novembre 1998.

PHOTOS

1. Une restauration du Petit Théâtre va lui rendre sa destination d'origine.

2. L'ossature de la coupole en bois a été conservée.

3. Coffrage du monte-charge d'une capaciré de 1 000 kg est prévu pour permettre l'accès aux handicapés.

4. Les halles sous le thèâtre sont reconstituées.

5. La charpente entièrement vérifiée est traitée.

Igor Hilbert,architecte

Le théâtre à l'italienne

Pour restituer au Petit Théâtre son caractère « italien », l'architecte préconise le retour à la décoration d'origine. D'abord, l'expert en peinture et restauration Joël Marie a été chargé de dégager, sous plusieurs couches de peinture et de papier peint, les décors originaux. Carole Clerc, de l'Atelier de scénographie et d'architecture, a complété l'information de la maîtrise d'oeuvre en consultant les archives municipales et départementales. Le papier peint vert à motifs floraux sera ainsi fabriqué d'après des motifs et coloris recomposés. L'entreprise qui réalisera le papier peint est en cours de sélection. Dans le même souci de restauration à l'identique, les deux balcons ainsi que les cloisons séparatives des loges demeurent rigoureusement à l'emplacement initial après traitement des bois. Mais elles intégreront également la régie. Les revêtements sculptés et peints des poutres sont enveloppés durant les travaux pour être restaurés par la décoratrice dans leurs couleurs d'origine (blanc et vert) après la phase des travaux, « pour éviter qu'elle travaille au milieu du chantier », précise l'architecte.

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