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« Minéral végétal » met l’architecture et le paysage en fusion
Alain Baratton (à gauche) a rejoué le dialogue publié par Ulmer (dirigé par Antoine Isambert, à sa gauche) entre Jean-Michel Wilmotte et Jean Mus, sous la signature de Dane Mc Dowell (à droite) - © Laurent Miguet

« Minéral végétal » met l’architecture et le paysage en fusion

Laurent miguet |  le 07/01/2019  |  ArchitectureLivre

Publié par Ulmer à la veille de Noël 2018, Minéral Végétal ne se contente pas de mettre en scène le dialogue entre Jean-Michel Wilmotte et Jean Mus : Dane Mc Dowell utilise les créations de l’architecte et du paysagiste pour signer un manifeste de la fusion entre ces deux arts.

A en croire les deux héros de ce beau livre d’architecture et de paysage en grand format, sa gestation de sept ans aurait coulé de source : pour donner naissance à « Minéral Végétal », Dane Mc Dowell aurait surpris à la fraîche les joutes entre Jean-Michel Wilmotte et Jean Mus, stimulés par un bon vin à l’ombre de la place d’un village de la Provence orientale. Familière du paysagiste grassois, la journaliste et écrivain franco-américaine lui a déjà consacré d’autres pièces maîtresses de toute bibliothèque paysagère. Elle le remet en scène dans un dialogue avec l’architecte parisien, fondateur et dirigeant d’un des rares membres français du club des 100 plus grands cabinets d’architecture du monde.

Fleurets mouchetés

Ce scénario d’un accouchement joyeux, au terme d’une gestation lente et sans douleur, les invités des éditions Ulmer l’ont applaudi quelques jours avant Noël 2018 : à la fois parisien et méditerranéen, le restaurant Il Vicolo, entre les galeries d’art du quartier latin, offre le cadre idéal pour rejouer Minéral Végétal comme une saynète de théâtre. Tandis que la conteuse observe ses jouteurs préférés en coulisse, le génie des ondes Alain Baratton la remplace pour quelques minutes, dans le rôle du révélateur de l’harmonie des contraires : dans les deux géants du paysage et de l’architecture, le chroniqueur de France Inter croit retrouver Belmondo et Gabin...
Jean Mus et Jean-Michel Wilmotte ne se font pas prier pour donner en spectacle leurs chicanes amicales à fleuret moucheté : « T’y connais rien t’es parisien, reste dans le béton », moque le premier. « Avec toi, on entre dans un désert et on sort dans une forêt vierge », répond le second. Mais pour entendre Jean Mus « chanter le blues comme jamais vous ne l’avez entendu », il faudra se contenter, ce soir, de croire Alain Baratton sur parole, ou de se fier au texte de Minéral Végétal.

Harmonie des contrastes

Pour la subtilité du dialogue, seul le livre fait foi. L’art de tout résumer en image et en deux pages se révèle au premier feuilletage : incarnation d’une architecture en mouvement, en noir et blanc et vue d’en haut, Jean-Michel marche sur les Champs-Elysées, à gauche ; à droite, un rayon de soleil parvient à frayer son passage entre les pins, pour illuminer la crinière blanche de Jean, dont le torse enveloppé d’une chemise bleue émerge d’un parterre de buis, dans une posture de contemplation heureuse. Le décor ainsi planté précède deux pages de citations miroirs, avant le sommaire, construit sur l’antinomie  « Imaginer réaliser ».
Dane Mc Dowell peut alors dérouler l’inépuisable filon du yin et du yang, en partageant la parole et les images entre l’architecte et le paysagiste : ordre et harmonie, vide et plein, clairières et sous-bois, Picardie et Provence... Pendant que Jean Mus exalte « les lignes courbes, comme je les aime », Jean-Michel Wilmotte rappelle le rôle de « l’ordonnancement de la façade ».

Empreinte des genres

De tous ces contrastes fusionnels, seul celui des genres reste dans l’implicite : le lecteur sent la féminité du côté du façonnage du vivant cher à  Jean Mus, et la virilité dans la ligne droite, appréhendée par Jean-Michel Wilmotte comme le « réconfort du regard ».
Pour le plaisir des yeux comme pour la nourriture de l’esprit, la plume féminine de Minéral Végétal apportera une autre forme de réconfort : enfin mis à égalité, l’architecte et le paysagiste ouvrent la clé d’un monde où l’homme réapprendrait à construire avec la nature, sans l’épuiser. Dans les dernières pages, le rêve prend la forme d’une vigne : qu’elle enlace le mur ou qu’elle déroule ses rangées sur les coteaux, la plante scelle l’amitié des deux héros, et plonge le lecteur dans une espérance enivrante.

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