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Michèle Laruë-Charlus, directrice générale de l’aménagement, commente le troisième projet urbain de Bordeaux
Michele Larüe-Charlus, directrice générale de l'aménagement à la Ville de Bordeaux - © Rodolphe Escher / Le Moniteur Rodolphe Escher

Michèle Laruë-Charlus, directrice générale de l’aménagement, commente le troisième projet urbain de Bordeaux

Christiane Wanaverbecq (bureau de Bordeaux du Moniteur) et Aline Gillette |  le 28/02/2013  |  ProfessionArchitectureCultureBâtimentGironde

A l’occasion de la présentation du troisième volet du projet urbain de Bordeaux par le maire Alain Juppé le 27 février, dans un cinéma du centre-ville, la directrice générale de l’aménagement Michèle Laruë-Charlus revient sur la logique de développement de la Ville et sur ses principaux projets.

Pourquoi un nouveau projet urbain pour Bordeaux ?

L’action d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, à partir de 1995, pourrait presque se résumer à l’effort continu de corriger le déséquilibre entre les deux rives. Historiquement, le développement de Bordeaux s’est en effet concentré sur la rive gauche. La Garonne, large de 450 mètres et franchie par peu de ponts, formait d’ailleurs une telle coupure que tous la surnommaient «la mer». Les quartiers de la rive droite, comme la Bastide souffraient par ailleurs d’une mauvaise réputation.

Le premier projet urbain, prévu de 1996 à 2015, se concentrait ainsi sur les espaces publics et sur ce franchissement. On pourrait le qualifier «d’urbanisme de surface», tourné vers la requalification des espaces publics d’une ville très marquée par son image portuaire.

Le moyen proposé pour réduire cette fracture et amorcer la requalification a été le tramway.  En 2003, la ville se trouve dotée de trois lignes, qui se croisent au centre géographique de Bordeaux, place des Quinconces. Alain Juppé a souhaité compléter ce réseau par un axe nord-sud. C’est le sens du réaménagement des quais, achevé en 2009, qui va au-delà de l’enjeu d’offrir un espace aux piétons et aux cyclistes.

En 2009, une nouvelle phase s’amorce avec le deuxième volet du projet urbain. L'une de ses intentions est de développer Bordeaux dans une optique plus urbaine, au sens de l’acte de construire. C’est à ce moment qu’est créée l’OIN autour de la gare pour accompagner l’arrivée du TGV. Le choix est aussi fait d’intégrer le développement durable à l’urbanisme et à l’architecture, comme en témoigne le démarrage de l’éco-quartier Ginko, au nord de la ville.

Depuis, plusieurs grands projets, comme les Bassins à flot, Bastide-Niel, ont été lancés de 2010 à 2012, dessinant une nouvelle géographie de la ville. Après les intentions, avec l’acte III du projet urbain, nous entrons dans la phase opérationnelle.

Quelle est la géographie de ce troisième projet urbain ?

On passe d’une morphologie d’une ville en «croissant de lune» à une «pleine lune», grâce au franchissement de la Garonne vers la Rive Droite par la création de nouveaux quartiers. Il faut garder à l’esprit que Bordeaux était comme un personnage flottant dans son costume trop grand, avec de nombreuses dents creuses, et une population qui ne représente que 30% de celle de la communauté urbaine. Plutôt que de se développer en périphérie, il s’agit d’investir des friches et espaces disponibles, au gré des opportunités et en profitant de la  politique foncière active menée sous Chaban-Delmas. Rive droite, on peut ainsi compter près de 600 ha d’espaces mutables! L’objectif, en remplissant ces espaces, est de gagner 100 000 habitants d’ici à 2030.

Pour cela, on met un coup d’accélérateur sur des quartiers en devenir, qui seront fortement approvisionnés en énergies renouvelables. En parallèle, la priorité est donnée à la préservation des espaces verts.

"Bordeaux la pleine lune", Carte de synthèse du troisième volet du projet urbain

Quelles en sont les grandes opérations ?

Lancé en mars 2010, le projet des Bassins à flot va marquer la ville, par son ampleur et par l’originalité de sa méthode. Implanté sur des terrains qui appartenaient pour la plupart au Port autonome, le projet s’est construit suivant la méthode particulière d’ateliers, dans une logique «d’urbanisme négocié», plutôt qu’en suivant la procédure classique de ZAC, avec un aménageur. A l’heure actuelle, les permis de construire portant sur 250 000 m² ont été accordés (sur un total prévu de 700 000 m²), impliquant pas moins de 66 architectes. En termes de logements, 80% des permis ont été délivrés, soit 3 000 logements.

Brazza, sur plus de 60 hectares, appliquera des principes de construction innovants, en essayant de recréer les «échoppes du XXIe siècle» et des espaces habitables modulables. A deux pas, l’opération Bastide/Niel, qui réinvestit les friches ferroviaires et militaires autour de la caserne Niel, s'appliquera à recréer les conditions d'une «ville intime».

L’OIN autour de la gare, qui se développe de part et d’autre de la Garonne sur 760 hectares et deux autres communes (Bègles et Floirac), pour accompagner l’arrivée de la LGV en 2017, est un autre projet-phare.

Reste à poursuivre la valorisation du centre-ville historique, avec l'opération Bordeaux [Re]Centres, qui bénéficie de subventions dans le cadre du PNRQAD (programme national de requalification des quartiers anciens dégradés). L’objectif n’est pas de densifier,  car le centre-ville est déjà suffisamment dense, mais de faire revenir des habitants en redonnant de l'attractivité.

Dans ces différents projets, quel est le positionnement de la Ville en matière de densité ?

Nous sommes convaincus qu’il faut organiser la lutte contre l’étalement urbain. Mais nous sommes pour cela aujourd'hui plus dans une logique d’expansion raisonnée, dans les «dents creuses», que dans une logique d'hyperdensification. La ville-centre tire la périphérie, mais doit conserver sa qualité. L’objectif de Bordeaux [Re]Centres, n’est ainsi pas de densifier à tout prix, même si l’opération a permis d’identifier une capacité de construction d’environ 1000 logements, mais d’améliorer le cadre de vie. L’effort de construction de logements (avec un objectif dans le PLH de 1800 logements par an) se dirige plutôt vers les nouveaux quartiers. Des quartiers pavillonnaires comme Cauderan à l’ouest, feront l’objet d’une «densification douce», reprenant des propositions du type Bimby. Du côté de l’OIN, il s’agira d’intégrer les friches ferroviaires.

Quelle importance accordez-vous à la qualité architecturale?

Cette question est primordiale, que ce soit dans les quartiers historiques ou les nouveaux quartiers. Avec 1810 hectares inscrits au patrimoine de l’Unesco en 2007 (sur les 4455 ha que comprend la ville), Bordeaux se définit avant tout par son patrimoine architectural, mais aussi par la qualité de son paysage. Nous développons pour cela un certain nombre d’outils. Depuis 2004, nous recensons les parcelles sur lesquelles on trouve une architecture de qualité, notamment l’architecture de pierre, et le PLU comprend de nombreuses dispositions pour préserver et valoriser le patrimoine.

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