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Michel Houellebecq, la ville et l’architecture

JACQUES-FRANCK DEGIOANNI |  le 12/08/2016  |  ArchitectureParis

Territoires -

Une exposition au Palais de Tokyo à Paris et la parution d’un bref essai explorent la relation à l’espace de l’écrivain.

Clémentin Rachet, 24 ans, est architecte diplômé d’Etat. Parce qu’il en avait « marre de faire du projet », qu’il venait d’achever « La carte et le territoire » de Michel Houellebecq (prix Goncourt 2010) et surtout qu’il souhaitait « parler d’architecture autrement », il a choisi, pour son mémoire de Master, d’analyser, au travers des six romans de l’auteur, la nature de l’espace houellebecquien. Ce travail, adapté pour l’édition, paraît aujourd’hui. Dans la préface qu’il donne, Jean-Louis Violeau, enseignant à l’école d’architecture de Paris-Malaquais, souligne, en invoquant Roland Barthes (1915-1980), la pertinence de la démarche : « Les écrivains sont tout désignés pour décrire les villes, bien mieux en tout cas que les études ou les enquêtes sociologiques. » Le même Roland Barthes rappelait que l’origine étymologique du mot texte vient du latin textus qui signifie tissu. Il n’est donc pas infondé de penser que le texte littéraire s’intrique avec la nature et la complexité du tissu urbain. Comme le souligne Jean-Louis Violeau, c’est parce que Houellebecq « pose sur la ville et sur les paysages un regard dépassionné, neutre et plat, échappant aux catégories esthétiques autorisées », qu’il dessine une géographie dont les jalons, qui constituent autant d’entrées thématiques du livre, s’intitulent : banalité, fuite, utopie, supermarché, tour, etc.

Les non-lieux de l’architecture.

Cet éloge de la médiocrité de notre quotidien interroge Clémentin Rachet. Convient-il d’exacerber cette banalité ou bien de la combattre ? Et surtout, comment œuvrer avec elle à la rationalité, à la simplicité, à la fonctionnalité d’un bâtiment, d’un aménagement, d’une gare TGV ? Dans la célébration houellebecquienne systématique des aéroports, des relais autoroutiers, des hôtels Formule 1 et des supermarchés, l’espace du périurbain, avec ses ronds-points grandiloquents et ses délaissés miteux, n’est jamais très loin. Ces « lieux sans qualité », avec leur Géant et leur Hyper Casino, surgissent alors dans leur vide architectural et symbolique.
L’écrivain, « témoin le plus aigu de notre monde mondialisé » selon Jean-Louis Violeau, se met en scène jusqu’au 11 septembre au Palais de Tokyo (Paris XVIe) dans l’exposition « Rester vivant » où, fidèle à ses obsessions, il s’ingénie à brouiller les cartes - et les territoires - entre littérature, photographie, réel et fiction. Une exposition qui invite le visiteur à une dérive au travers de sons, de clichés, d’installations et d’extraits de films, qui offrent une plongée saisissante dans l’imaginaire foisonnant et protéiforme de ce contempteur extralucide de notre temps.

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