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Michel Destot , président de l'AMGVF et maire de Grenoble :
Michel Destot : "le Grenelle de l'environnement ne reconnaît pas, de façon suffisallent nette, le poids des villes". - © © Vincent leloup/Le Moniteur

Michel Destot , président de l'AMGVF et maire de Grenoble : "Les villes sont confrontées à tous les défis mondiaux"

Propos recueillis par François Perrier et Gilles Davoine |  le 23/09/2009  |  Collectivités localesConjonctureDéveloppement durableEnvironnementEnergies renouvelables

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L'Association des maires de grandes villes de France (AMGVF) a organisé sa 9e Conférence des villes, ce 23 septembre, à l'Hôtel de Ville de Paris. Son président Michel Destot exprime sa foi dans une politique volontariste pour développer l'attractivité internationale des villes françaises tout en répondant aux défis environnementaux et sociaux.

Pourquoi avoir choisi ce thème de villes-monde ?

Ces deux mots accolés résument les principaux défis du XXIe siècle. Le premier terme, c'est la ville. Comme le dit Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, « le XXIe siècle sera le siècle des villes ou ne sera pas ». En 1950, 30 % des habitants de la planète habitaient en ville, aujourd'hui, c'est plus de la moitié. Et en 2050, on estime qu'ils seront 70 %. Cela représente un immense défi, bien sûr, mais aussi beaucoup d'espoir : les villes ont, depuis Athènes et Rome, en passant par les villes italiennes et hanséatiques jusqu'à Londres et New York, porté la civilisation moderne.

L'autre terme, c'est le monde. C'est devenu un lieu commun de le dire, mais aujourd'hui le monde est un village. Tous les problèmes importants qui se posent localement sont des problèmes mondiaux. Sur le plan économique, en France, un emploi sur trois est lié au commerce international. Sur le plan de l'environnement, prenez le défi climatique et l'émission des gaz à effet de serre : on peut être vertueux à Grenoble, mais si on ne l'est pas en Chine, on risque une catastrophe internationale. Sur le plan social, les flux migratoires - qui nécessitent de traiter localement les problèmes d'intégration - proviennent de tous les pays du monde. On ne peut pas traiter ces problèmes sans s'appuyer sur les villes et il n'y aura pas de progrès de l'Humanité sans reconnaissance forte du fait urbain.

Les villes françaises ont-elles la taille suffisante pour affronter ces problèmes ?

Il faut faire un peu de sémantique en distinguant villes, métropoles, mégapoles et mégalopoles. L'objectif n'est pas de transformer les villes françaises en mégalopoles à l'image de Shanghai, Tokyo, ou Mexico. En Europe, on a deux mégapoles, Paris et Londres, qui comptent 10 millions d'habitants, la taille limite qui permet encore de maîtriser les politiques citoyennes - éducatives, culturelles, sportives. - en direction de leur population. Ce qui n'est plus le cas dans les mégalopoles que j'ai citées. Les villes françaises sont bien sûr à une autre échelle : lorsqu'on superpose le plan de Los Angeles à la région Rhône-Alpes, on s'aperçoit que l'agglomération californienne s'étale de Lyon jusqu'à Grenoble ! Mais en termes d'attractivité et de qualité de vie, nous avons la chance d'avoir des tailles de villes parfaitement maîtrisables. Et pour peu qu'on s'engage très fortement dans l'action politique, on peut les inscrire dans le triangle formé de l'économique, du social et de l'environnemental, c'est-à-dire la définition du véritable développement durable.

Quels sont les équipements dont doivent bénéficier les villes pour jouer dans la compétition mondiale ?

Il faut par exemple bénéficier absolument d'un aéroport international. En France, le trafic aérien est encore très concentré sur Paris ce qui est l'une des grandes faiblesses de notre pays. Il faut aussi posséder des plateformes technologiques - pour faire bénéficier les entreprises des innovations qui peuvent naître dans les centres de recherche - sans lesquelles on ne peut pas prétendre devenir un pôle de compétitivité. L'un des moyens d'atteindre une certaine masse critique est de travailler en réseaux de villes. En Rhône-Alpes, Grenoble et Lyon unissent leurs efforts sur les plans technologiques et économiques. On peut citer aussi l'exemple de Nancy et Metz qui ont un aéroport commun, et qui mutualisent leurs compétences sur les plans hospitaliers et universitaires. La définition des métropoles n'est donc pas seulement quantitative mais aussi qualitative avec des objectifs de se situer dans la compétition mondiale sur le plan économique, social et environnemental.

La métropolisation consomme des ressources non renouvelables. Comment réduire l'empreinte écologique des villes ?

La vraie rupture en matière d'environnement est la prise de conscience de l'aspect dramatique des émissions de gaz à effet de serre. La réponse est très largement liée aux processus d'urbanisation et dans la façon dont on va contenir les villes dans des périmètres limités pour améliorer les déplacements. Quand on regarde le Grenelle de l'environnement, on a fait là quelque chose de formidable. Mais dans sa traduction législative et dans sa mise en œuvre, on n'a pas reconnu de façon suffisamment nette le poids des villes. Si on considère les transports urbains, c'est-à-dire ceux dont la fréquentation est la plus importante, ou le développement de la HQE dans l'habitat neuf, il s'agit pourtant bien de l'affaire des collectivités territoriales ! Ce sont aussi les villes qui peuvent mettre en place du chauffage urbain collectif adossé à la filière bois, par exemple, ou développer le photovoltaïque pour l'électricité.

Vous proposez, pour qualifier les « métropoles », de passer de critères quantitatifs à des critères qualitatifs ?

Il faut mixer les deux. Il faut montrer que c'est la dynamique qui compte. Une ville ne ressemble jamais à une autre en raison de l'histoire, de la géographie, des cultures extrêmement différentes. Vouloir tout normer à partir d'une législation nationale, c'est presque contradictoire par rapport à une démarche européenne. C'est le grand problème de la France, un pays extrêmement jacobin qui a beaucoup de mal à dépasser ses propres frontières, soit par le haut du côté de l'Europe, soit par le bas du côté de la décentralisation. Notre avenir est pourtant du côté de l'Europe et du côté des villes. Il y a 100 ans, qui aurait parié un centime sur l'avenir de Grenoble, petite ville enclavée au milieu des montagnes ? Quelques hommes et beaucoup de volonté en ont fait pourtant une agglomération de 500 000 habitants, la plus importante de tout l'arc alpin.

Trois thèmes en débat La Conférence des villes s'est articulée autour de trois thèmes :

"L'attractivité urbaine à l'ère de l'économie globale : comment capter les services de haut niveau et attirer les firmes et capitaux étrangers ?"
Avec les maires de La Haye, Nantes, Rouen, Kaunas, Lyon, Bordeaux, Kanazawa, Le Mans et Pierre Mongin (RATP), Olivier Ferrand (Terra Nova), Clara Gaymard (General Electric), Lionel Dunet (Ordre des architectes).

"Inventer la ville aujourd'hui : la lutte contre le réchauffement climatique, se joue dans les espaces urbains".
Avec les maires de Nancy, Séville, Ouagadougou, Montreuil, Dunkerque et Gérard Mestrallet (GDF Suez), Henri Proglio (Veolia Environnement), Pierre Gadonneix (EDF).

"Du global au local, mieux vivre ensemble : dans un monde multipolaire, la question du lien social n'a jamais été aussi forte".
Avec les maires de Perpignan, Caen, Porto Alegre, Plaine Commune, Wichita, Evry, Buenos Aires et Philippe Madec, Alexandre Chemetoff, Roland Castro, architectes.

Voir le site Internet de la 9e conférence des villes

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