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MICHEL ANDRAULT ET PIERRE PARAT

Par Christine Desmoulins |  le 08/10/2018  |  ParisRhôneFrance entièreEuropeDallage

LA TOUR TOTEM -

Avec ses boîtes de logements arrimés à 45° sur des fûts porteurs et des poutres en béton précontraint, ses façades vitrées et sa silhouette brutaliste reconnaissable entre toutes, la tour Totem rompt avec l'image monolithique des gratte-ciel du quartier du Front de Seine, à Paris (XVe arr.).

Edifiée entre 1976 et 1979 par les architectes Michel Andrault et Pierre Parat, qui ont eu carte blanche dans le cadre des principes et des contraintes techniques du site, elle compte, avec l'hôtel Nikko, parmi les dernières tours construites sur la dalle. Grâce à sa structure déportée à l'extérieur, l'ouvrage réussit à s'affranchir des modèles consacrés, aussi bien à travers ses visées formelles que par l'organisation de ses plans. Par son puissant jeu sculptural d'espaces et de volumes éclatés, la tour Totem témoigne de l'inventivité conceptuelle du duo Andrault-Parat, lequel signe ici l'un de ses chefs-d'œuvre.

En 1959, dans le XVe arrondissement de Paris, le quai de Grenelle est délesté de ses activités industrielles, après la démolition d'usines du XIX siècle. Entre le métro aérien et la gare de Javel, de vastes terrains en bord de Seine sont libres pour de nouveaux aménagements. Le plan est confié à deux architectes Grands Prix de Rome, Henri Pottier et Raymond Lopez. Ce dernier s'était déjà penché sur une étude des parcelles non utilisées de Paris et lorsqu'il décédera, en 1966, son associé, Michel Proux, prendra sa suite sur le projet du Front de Seine. Selon les principes de la charte d'Athènes, qui sépare clairement les fonctions liées à l'habitat, à la circulation et au travail, un urbanisme sur dalle se déployant sur un kilomètre de long et 200 m de large fédère le nouveau quartier. Deux niveaux au-dessus du sol naturel, la dalle offre un socle pour des tours et des immeubles bas et couvre quatre niveaux de parking. En 1961, la Semea 15 (aujourd'hui SemPariSeine) succède à la Compagnie Foncière XV pour conduire le projet, soumis à la commission des sites. Les Parisiens en découvrent la maquette, lors de l'exposition « Demain Paris », au Grand Palais, qui présente les grands travaux engagés après la libération, ainsi qu'une approche prospective du futur de la capitale. La Maison de la radio et l'opération Maine-Montparnasse sont alors en chantier et le Cnit, inauguré en 1959, a donné le coup d'envoi de la création du quartier de La Défense.

Dans la France des Trente Glorieuses, qui croit en la modernité, il importe de construire vite et d'inventer l'habitat d'une nouvelle société.C'est l'un des enjeux du Front de Seine. La hauteur des tours est fixée à 126.50 NGF (nivellement général de la France) dans le cahier des charges, soit 100 m de haut et 32 étages, dont 31 seront habités, un étage étant réservé à la centrale de traitement de l'air. Les tours sont autant d'entités autonomes, isolées les unes des autres, sans hiérarchie ; la trame des îlots, de 9,45 x 9,45 m, offre une souplesse d'implantation et d'adaptation. La réglementation sur les immeubles de grande hauteur imposant de les détacher de leur support, des pieds d'immeuble en forme de « taille de guêpe » sont requis. Au grand dam des promoteurs, ce dispositif réduit l'emprise au sol de 30 à 50 %, mais il renforce avantageusement le lien avec les cheminements piétonniers des espaces publics. En 1967, avant que le projet du quartier ne connaisse une évolution majeure, du fait de l'abandon de la création d'une rocade, un premier phasage des opérations est défini. En 1970, Evasion 2000 et Tour de Seine, premiers IGH à sortir de terre, sont l'œuvre de Pottier et Proux, qui construiront la majorité des tours du Front de Seine. L'opération urbaine s'achèvera dans les années 1980 ; la tour Totem (1976-1979) sera donc l'une des plus tardives, suivant de peu sa voisine à la peau rouge : l'hôtel Nikko (actuel Novotel), construit en 1976 par les architectes Penven et Le Bail.

Une image d'IGH renouvelée

« Avec l'université de Tolbiac [Paris XIII ], le siège d'Havas à Neuilly-sur-Seine et le Palais omnisports Paris-Bercy, la tour Totem est une réalisation dont je suis très fier, avoue aujourd'hui Michel Andrault. Ce bâtiment important pour la silhouette de Paris témoigne bien de ce qu'est notre architecture, où les structures porteuses sont exprimées fortement. Les volumes des logements y sont accrochés et, en cela, Totem relève du même type de réflexion que le siège des AGF que nous avons réalisé à Madrid. Pour éviter la banalité assez fréquente dans les constructions de l'époque, rompre avec la verticalité d'une façade de tour nous intéressait, de même que construire des façades un peu tourmentées avec des jeux de lumière différents. Dans ce contexte urbain, elles apportent une notion de volume qui permet d'échapper à l'alignement, tout en le respectant. De plus, l'idée d'avoir deux façades différentes face à la Seine plaisait au président de la Semea 15, René Galy-Dejean. »(*)

Diversité d'écriture

Au début des années 1970, c'est ce dernier qui contacte l'agence Andrault et Parat. Il tient à solliciter de nouveaux architectes pour réaliser un immeuble exceptionnel qui soit le point d'orgue du quartier et apporter du sang neuf au Front de Seine. « Nos confrères Pottier et Proux ayant conçu plusieurs tours, il souhaitait instaurer une diversité d'écriture. Après avoir demandé [...]

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