Menuiseries PVC : jusqu’où s’inquiéter de la flambée des matières premières ?
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Menuiseries PVC : jusqu’où s’inquiéter de la flambée des matières premières ?

Stéphanie Lacaze-Haertelmeyer |  le 15/03/2021  |  NégoceArtisans100 % second œuvreVie du BTPIndustrie

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+ 30 %, depuis septembre dernier en augmentation cumulée. Et même + 50 % sur certaines commandes spots. Le prix des matières premières du plastique décolle. Avec forcément des conséquences sur le marché des menuiseries PVC. Mais au final, pas complètement négatives.

En février, « le coût des matières vierges du plastique a encore grimpé de  11 %. Si, nous avons déjà connu des hausses de matières premières en 2008 et en 2015, là nous sommes vraiment dans un contexte inédit », témoigne Maxime Boileau, responsable marketing et communication division Window Solutions France chez Rehau.

L’ampleur et la durée de cette flambée bien sûr surprennent. Mais c’est surtout l’incertitude qui pèse aujourd’hui. La faute bien sûr à cette crise sanitaire qui n’en finit plus de produire ses effets. Pour les matières premières du plastique aussi, il faut remonter au printemps dernier et à cet arrêt mondial brutal. «  Les plannings de maintenance n’ont pu pas être assurés chez les producteurs de résine. Quand il a fallu reprendre avec un effet de surchauffe, il y a eut de nombreuses pannes », explique Élisabeth Charrier, déléguée générale du Syndicat national de l’extrusion plastique (SNEP).

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En plus du Covid, le ciel s’y est mis. « Une partie des matières premières vient des États-Unis. Or, le Texas et la Louisiane ont connu d’importantes perturbations climatiques qui ont mis à l’arrêt les productions américaines. Lorsqu’elles ont redémarré, elles ont d’abord servi leurs marchés, avant l’export, avec en plus ces taxes sur les échanges qui ont surenchéri la hausse des matières premières du plastique ». Côté climat, pas mieux en Europe. La montée des eaux du Rhône a mis fin aux livraisons par barge. Résultat : « même si les volumes n’étaient pas encore revenus à la normale, dès septembre 2020, nous avons ressenti une spéculation sur le redémarrage au travers de notre société Meraxis, spécialisée dans le trading de matières premières au niveau mondial », reprend le responsable marketing et communication division Window Solutions France chez Rehau. Une flambée entretenue de manière artificielle « parce que les acteurs que nous sommes essaient de sécuriser leurs achats ». Cette fameuse peur du manque, revenue comme les hirondelles avec le printemps.

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Des approvisionnements difficiles


Résultat : « s’il est clair que le marché n’est pas capable d’absorber tout le volume demandé aujourd’hui en matières premières plastiques, cette inflation va continuer encore quelques mois », augure Maxime Boileau. Cette peur de manquer se voit légitimée, « par des délais d’approvisionnement qui se sont considérablement rallongés voire des commandes qui ont été annulées », s’alarme Élisabeth Charrier. Car dans ce contexte d’affolement mondial, les producteurs de matières premières « fournissent en priorité les marchés stratégiques, donc celui de la santé. Mais aussi les entités économiques à l’échelle d’une entreprise ou d’un pays qui ont le plus de poids ».

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Dans l’Hexagone, vient s’ajouter un autre facteur à cette frénésie : « le plan France Relance qui accélère la demande sur le marché de la rénovation énergétique dont les menuiseries PVC font partie », poursuit la délégué générale du SNEP. Incités par MaPrimeRenov, et par le confinement aux beaux jours, « les Français améliorent leur habitat. Le marché de la rénovation se porte bien. Pour autant, le secteur de la construction lui est atone. Si les volumes en menuiseries PVC sont bons, ce qui est plutôt très positif après l’année 2020 traversée, ils sont identiques à 2019 », jauge Emmanuel Demesmay, Country Manager France chez Veka. De quoi craindre une pénurie des menuiseries à poser ?

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5 % à 10 % de hausse du prix des fenêtres


« Même s’il existe des tensions sur les approvisionnements, le zéro PVC disponible ne semble pas envisageable », avance Maxime Boileau. Mais il ne faudrait pas que cette situation s’éternise. « À un moment, le pouvoir d’achat du client final risque d’être touché ». Et pour cause. Si une menuiserie PVC est composée de matières premières plastique, elle contient surtout du verre, mais aussi de l’acier « dont le prix connaît une envolée » pour renforcer les profils de l’offre couleurs. Sans parler du bois qui vient à manquer, des emballages…

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« Tous les matériaux flambent aujourd’hui, reprend le responsable marketing et communication  division Window Solutions France chez Rehau. Il faut donc prendre en compte l’incidence de chacun d’entre eux dans la conception et la fabrication. Si ce cycle de hausse perdure, les fenêtres pourraient voir leur prix augmenter de 5 % à 10 % ». En tous cas, pour les profilés  PVC, une première hausse a été répercutée en début d’année pour compenser celle des hausses de matières premières. Une taxe Compound pourrait même être envisagée. « Mais, il n’est pas question de répercuter le 1 pour 1 à nos clients. Si notre pouvoir de négociation est en ce moment très faible, nous chercherons toutes les solutions pour optimiser nos productions et apporter de la stabilité au marché », rassure Maxime Boileau. Car côté clients, on grince déjà des dents. « Leurs marges ne sont pas extensibles. Certains assembleurs ont commencé à répercuter la hausse des prix, et nous sommes assez inquiets pour leur santé financière », confie Emmanuel Demesmay. Une préoccupation aussi pour Élisabeth Charrier qui plaide en faveur « d’une solidarité de l’ensemble de la chaîne », afin d’écarter un autre danger : celui d’alourdir encore le marché par une répercussion en cascade de pénalités de retard liées aux problèmes d’approvisionnement cette fois du profil PVC.

Économie circulaire : la nouvelle économie ?


Reste que si cette flambée des matières premières du plastique inquiète, elle met sur le devant de la scène les vertus de l’économie circulaire. Jusque là surtout synonyme de réduction de l’empreinte environnementale, elle pourrait bien se révéler salutaire dans ce contexte inédit. La preuve : « si nous sommes relativement épargnés par la hausse du coût des matières premières vierges grâce à la puissance de notre groupe leader mondial, nous le sommes également grâce à notre propre unité de collecte et de valorisation des menuiseries et fermetures PVC », ajoute Emmanuel Demesmay. Depuis bientôt trois décennies, Veka Recyclage, sur les rives du lac Léman, retraite les déchets de menuiserie PVC. Cette matière est aujourd’hui réinjectée à près de 30 % dans les nouveaux profils PVC.

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« Cette démarche à l’origine démarrée dans un but de protection de l’environnement, revêt aujourd’hui une importance particulière et présente un intérêt économique en absorbant pour partie la hausse des matières premières vierges », précise le country manager France du gammiste PVC. Un argument de taille en faveur de l’économie circulaire, qui va de toutes façons monter en puissance. Quoi qu’il en coûte.


Une matière recyclée valorisable et encore insuffisante


Dès le 1er janvier 2022, la loi dite AGEC* va instaurer le régime de responsabilité du producteur pour les déchets du secteur du bâtiment. « Elle va bien sûr devenir une contrainte d’un point de vue de l’organisation, concède Elisabeth Charrier. Mais elle est aussi une grande opportunité, en particulier dans le secteur de la menuiserie PVC. À partir de celle déjà mise sur pied par les gammistes, et reprise aujourd’hui en aval de la chaîne par l’UFME** et conjointement avec eux, une filière va pouvoir continuer de se développer et créer des effets de volume ». Avec à la clé, une promesse caressée de pression allégée sur les coûts des matières premières plastiques. D’autant que l’effet de seuil de l’engagement des menuisiers PVC est aujourd’hui levé, « et que l’effet financement va aussi arriver avec la REP Bâtiment, ajoute la déléguée générale du SNEP. De leur côté, les recycleurs et régénérateurs ont la capacité de mettre sur le marché une matière première qualitative, sur laquelle ils vont bientôt eux-mêmes  apposer une marque de qualité ». Tout est prêt, donc, pour doper l’économie circulaire et  « diminuer la pression sur la matière vierge ». Mais il faudra encore attendre. D’abord, parce que cette filière même vertueuse ne suffit pas pour alimenter les centaines de milliers de tonnes nécessaires à la demande. Ensuite, parce que cette matière première recyclée, déjà elle-même valorisable justement faute de matière première vierge suffisante, n’est pas à l’abri  non plus d’un coup de chauffe. Alors, en attendant, il va falloir continuer de tout faire pour absorber la hausse des prix des matières premières du plastique et sans trop de dommage pour toute la filière de la menuiserie PVC. De l’avis de tous, cette flambée pourrait se calmer au mieux à la fin du printemps, peut-être au début de l’été. Mais qui peut prévoir quoi aujourd’hui ?

* Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire n° 2020-105 du 10 février 2020
** Union des fabricants de menuiserie – Filière portes et fenêtres.

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