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A Marseille, la lutte contre l’habitat indigne est un combat de tous les jours
A Marseille, 40 000 logements y sont potentiellement indignes, soit 13% du parc de résidences principales. Au premier plan, les immeubles effondrés de la rue d'Aubagne. - © AEDO LOIC

Analyse

A Marseille, la lutte contre l’habitat indigne est un combat de tous les jours

CHRISTIANE WANAVERBECQ |  le 06/11/2018  |  Bouches-du-Rhône

Après l’effondrement de trois immeubles dans un quartier populaire du centre-ville, les critiques fusent  de toute part. L’attentisme des pouvoirs publics est dénoncé. La Ville de Marseille met en avant une politique complexe et de longue haleine.

Au lendemain de l’effondrement de trois immeubles, ce lundi 5 novembre 2018, rue d’Aubagne dans le quartier populaire et métissé de Noailles à deux pas du Vieux Port à Marseille, les voix se font entendre pour dénoncer une politique en-deça des enjeux, compte-tenu de l’ampleur du phénomène de l’habitat indigne dans la cité phocéenne.

« 40 000 logements y sont potentiellement indignes, soit 13% du parc de résidences principales, représentant un risque pour la santé ou la sécurité de 100 000 personnes, rappelle Florent Houdemon, directeur de l’agence régionale de la Fondation Abbé Pierre en Paca, se basant sur les chiffres du rapport remis au gouvernement en mai 2015 par Christian Nicol. La question dépasse, hélas, la rue d’Aubagne ou le quartier de Noailles et concerne d’autres villes de la métropole Aix-Marseille Provence. En 2017, sur son territoire, 129 logements très dégradés ont été réhabilités dans le cadre des aides à la pierre de l’Anah. En 2016, sur toute la région PACA, 84 arrêtés pour insalubrité ont été pris. On s’en félicite, mais la réponse n’est pas adaptée.»

Le rapport, qui fait encore référence, avait également recensé quelque 20 000 copropriétés dans la cité phocéenne, dont 6 000 qualifiées de "fragiles", pour des raisons économiques ou structurelles. La plupart se situent dans le centre ancien et les quartiers Nord, où les revenus par habitant sont les plus faibles.


Effondrement prévisible ?

A l’instar de nombreux observateurs, Florent Houdemon ne peut pas s’empêcher de penser que l’effondrement des trois immeubles dans cette rue était inévitable, résultat de « la défaillance, dès le repérage, des pouvoirs publics ».

« Je mesure les difficultés, mais il manque une vraie stratégie. Tout le monde doit intervenir et se coordonner. Dans son rapport, Christian Nicol demandait d’ailleurs le renforcement des mesures coercitives et incitatives, ainsi qu’une meilleure articulation des politiques publiques », insiste-t-il.

Porte-parole de l’association « Un centre ville pour tous », née en 2000 pour une réhabilitation au profit des habitants dans toute leur diversité, Patrick Lacoste milite, lui, pour réactiver le groupe opérationnel de lutte contre l’habitat indigne (Golhi). Créé en 2010 pour combattre les marchands de sommeil en mobilisant les forces de la police nationale, de la gendarmerie, des services de la mairie, ainsi que de l'Agence régionale de santé, il ne s’est pas réuni depuis début 2017.

Mauvais signe


Un nouveau signe pour Patrick Lacoste de l’attentisme de la puissance publique. «Le danger de l’immeuble 63, propriété de la Ville de Marseille (un des trois qui s’est effondré ce 5 novembre, NDLR) est connu depuis des années. La Ville l’avait inscrit sur la liste des 500 immeubles visés par le plan d’éradication de l’habitat indigne (EHI)», affirme l’ancien chef du service foncier-urbanisme de la Région PACA.

"Depuis la fin du programme de restauration immobilière en 2009, 50% des immeubles dans ce périmètre n’ont pas été traités. En début d’année, au lieu d’annoncer la réhabilitation des immeubles dégradés, selon les préconisations des bureaux d’étude ETH et CERFISE, l’équipe municipale nous annonce une nouvelle étude sur l’habitat pour 2020, suspendant encore l’action sur l’habitat dégradé", déplore-t-il.


Plan de lutte contre l’habitat indigne


Les outils existent pourtant, à l’instar du 3e protocole d'accord pour un plan de lutte contre l'habitat indigne dans les quartiers du centre et des faubourgs. Signé en décembre 2017 par la métropole Aix-Marseille Provence, la Ville de Marseille et le gouvernement, il a inscrit une somme de 8,8 millions d’euros pour les expertises et l’animation des différents dispositifs d’accompagnement aux travaux (3,45 de l’Anah, 2,8 millions d’euros de la Métropole  Aix-Marseille Provence, 1,5 million d’euros de la Ville de Marseille, 710 000 euros d’Euroméditerranée).

Par ailleurs, la Ville a confié à deux concessionnaires le soin de réhabiliter le centre-ville de la cité phocéenne. La Sem Marseille Habitat est l’opérateur qui prend en charge l’éradication de l’habitat insalubre. « Dans ce cadre, elle est intervenue sur plus de 70 immeubles, dont 50 ont été réhabilités, soit par Marseille Habitat, soit par les propriétaires privés. 50 immeubles, cela veut dire 500 logements traités au total. Onze immeubles sont en cours de travaux, dix autres le seront bientôt», précise au Moniteur Arlette Fructus (MRSL), l’adjointe au maire de Marseille en charge du logement.

Opération grand centre-ville

De son côté, la Soleam, l’aménageur, a été choisie en 2009 pour mener à bien l’opération Grand centre-ville, sur un périmètre de 1 000 ha. Dans ce cadre, la SPL requalifie l’espace public et lance des appels à projets pour la reconversion d’îlots entiers. En fait partie, celui des Feuillants sur la Canebière actuellement en cours de transformation en hôtel haut de gamme.

La démarche est complexe et de longue haleine compte-tenu d’une forte dégradation du bâti. Des documents rendus publics en janvier 2018 par la Soleam indiquaient que, sur les 3 450 logements recensés dans le quartier de Noailles, 48% des immeubles, soit environ 1 600 logements, sont considérés comme du bâti indécent ou dégradé.

Dans ce quartier proche du Vieux Port, qui compte 5% de logements sociaux, le parc privé joue de fait le rôle de logement social pour des populations en situation précaire souvent victimes des marchands du sommeil. Selon un spécialiste du logement social, il faudrait une politique d’acquisitions immobilières à grande échelle de la part de la puissance publique pour amortir des opérations de mise aux normes de bâti ancien, beaucoup plus coûteuse qu’une construction neuve.


De nombreux freins


Devant les critiques, l’adjointe au maire de Marseille en charge du logement, met en avant les nombreux freins. « Sur les trois immeubles qui se sont écroulés, deux étaient murés et théoriquement inhabités.  L'un d'eux, au numéro 63 de la rue d'Aubagne, frappé par un arrêté de péril en 2008, avait fini par être entièrement acquis par la mairie au bout de 10 ans de démarches », rappelle Arlette Fructus, déplorant les procédures judiciaires engagées par les propriétaires pour éviter l'expropriation.

Quant à l’immeuble en copropriété du 65 rue d’Aubagne, il avait fait l’objet, le 18 octobre dernier, d’une expertise des services compétents; qui avait donné lieu à la réalisation de travaux de confortement permettant la réintégration des occupants, sur recommandation de l'expert mandaté par la justice.

Le propriétaire du 67, rue d'Aubagne, avait, lui, engagé une procédure judiciaire à l'encontre de la copropriété du 65 concernant l'instabilité du mur mitoyen. Marseille Habitat s'était greffé à cette démarche. « Le rapport d’expertise a été rendu en septembre dernier. Depuis, on attend que le tribunal fixe une audience. On ne peut pas dire qu’on ne fait rien. On ne fait jamais assez. Mais, il ne faut pas oublier que  nous sommes sur de la propriété privée. On se heurte au problème des procédures, au problème des financements et à celui des marchands de sommeil », insiste l’élue. Elle attend beaucoup de la loi Elan et du plan national sur les copropriétés dégradées, que le ministre du Logement, Julien Denormandie, était venu annoncer à Marseille.

Commentaires

A Marseille, la lutte contre l’habitat indigne est un combat de tous les jours

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François Nougaret

07/11/2018 08h:00

Le problème n'est pas que marseillais. Il concerne tous les centres anciens.

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ELLY

07/11/2018 09h:12

Ces situations ne sont hélas pas nouvelles. Pour avoir travaillé 17 ans dans les PACT (structures associatives en contrat avec les villes) appelés maintenant SOLIHA, le manque de moyens juridiques et financiers était la règle. La moindre volonté d'intervention relevait de l'usine à gaz entre les services de l'Etat, ceux des Départements et des Villes. J'ai toujours entendu parler de "la lutte contre les marchands de sommeil" mais le droit de la propriété prend le pas sur le reste. De plus interdire à l'habitation suppose de pouvoir reloger ces familles pauvres ("ménages les plus démunis"...) Et il n'y a pas qu'en PACA que ce problème existe : allez voir en petite couronne en Ile de France

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Nico fa

08/11/2018 22h:30

A lireee

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