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Marseille Coup de frein sur les logements sociaux

jean-marc matalon, paul anglezi |  le 17/01/1997  |  Collectivités localesLogementLogement socialRénovationArchitecture

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-Jean-Claude Gaudin bloque la construction de 706 logements sociaux. -Le maire préfère lancer un vaste programme de réhabilitation. -Des projets de logements neufs sont malgré tout prévus.

C'est dans un courrier daté du 30 septembre 1996 que le maire de Marseille a annoncé au préfet de la région Paca qu'il « ne souhaitait pas donner une suite favorable » à une liste d'opérations de logements locatifs sociaux (PLA) et très sociaux (PLATS) programmés par plusieurs organismes d'HLM dans sa ville.

Ce veto municipal, concernant 706 logements (prévus, dans la plupart des cas, dans des quartiers à faible densité d'habitat social), déclenchait aussitôt une très vive polémique au sein de l'assemblée communale. En quelques semaines, la querelle touchait les milieux de la construction et le mouvement HLM, directement concernés à travers leurs carnets de commandes par la décision du maire.

Le débat est d'autant plus vif que, selon Jean-Claude Gaudin lui-même, l'arrêt sine die des opérations en cours s'inscrit dans une nouvelle stratégie de la municipalité. Une stratégie qui rompt avec les premières années de Gaston Defferre, lorsque Marseille développait son parc HLM à un rythme soutenu.

Petites unités de moins de 40 logements

« Pendant quarante ans, on a construit dans notre ville des cités sans équipements, sans qualité, constate Jean-Claude Gaudin. Pour stopper la destruction de la vie sociale et pour enrayer la fuite de nombreux habitants vers les communes périphériques, nous avons choisi une autre politique que celle qui a échoué. Nous ne ferons pas une politique de logement social, nous allons faire une politique sociale du logement. »

Cette « nouvelle donne », le ministre de l'Aménagement du territoire, de la Ville et de l'Intégration l'a solennellement confirmée lors du conseil municipal du 23 décembre 1996. Elle consiste à arrêter toute nouvelle réalisation « lourde » de logements sociaux, à développer les noyaux villageois et à réhabiliter le patrimoine existant, en particulier par une reconquête des 35 000 logements vacants qui sont recensés dans l'agglomération phocéenne.

« Cela ne signifie pas que nous nous interdisons de construire des logements sociaux, tempère Bernard Leccia, l'adjoint délégué à l'habitat. Les petites unités de moins de 40 logements verront sans doute le jour. Ce que nous refusons, ce sont les opérations de 70 à 100 appartements qui pourraient déséquilibrer la vie sociale d'un quartier. »

La grogne des architectes

Pour André Jollivet, président du syndicat des architectes de Marseille, l'argument avancé par la municipalité n'est qu'un « prétexte ». « Les opérations gelées par Jean-Claude Gaudin n'ont rien à voir avec les tours et les barres construites il y a vingt ou trente ans, lance-t-il. Il s'agit de petits immeubles destinés à une population socialement et économiquement intégrée, puisqu'un T3 en PLA se loue environ 3 500 francs par mois. En réalité, ce qui gêne la majorité municipale, c'est que son électorat fait à tort l'amalgame entre HLM, pauvres, immigrés et insécurité. »

Chez les professionnels de la construction, la décision municipale est accueillie avec un double sentiment. Germain Berlatier, le président de la fédération BTP 13, déplore l'arrêt d'un programme en cours, en précisant que « 700 logements neufs représentent 700 emplois sur un an pour les entreprises ».

Pour autant, Germain Berlatier souscrit pleinement à l'idée de réhabiliter les cités difficiles et de remettre sur le marché les logements vides du centre-ville. « Marseille a besoin d'attirer une nouvelle population vers les quartiers abandonnés, affirme-t-il. Le logement social ne peut pas résoudre tous les problèmes. Je souhaite que la municipalité mette également en oeuvre une politique foncière plus incitative pour la promotion privée. Si les nouvelles orientations de la ville vont dans ce sens, les entrepreneurs seront les premiers à applaudir. »

Cinq promoteurs sociaux concernés seulement

Arcade, Unicil, Provence Logis, Habitat Marseille-Provence et la SA d'HLM Emmaüs sont touchés par la décision de Jean-Claude Gaudin. S'il faut ajouter 142 autres logements (dont le détail n'a pas été fourni) aux 706 bloqués par le maire, un nombre limité d'organismes sont concernés :

Arcade (1) pour 459 logements ;

Unicil (à travers Domicil et Phocéenne d'habitation) pour 88 logements ;

Provence Logis (119 logements), Habitat Marseille-Provence (62 logements);

la SA d'HLM Emmaüs (78 logements dont les permis de construire sont toujours bloqués).

Plusieurs promoteurs sociaux, comme Sogima, l'Opac Sud ou Logirem, ne sont pas touchés.

Sogima va construire 276 logements en 1997 (dont 35 en accession à la propriété), et en a mis à l'étude 204 autres sur des terrains maîtrisés. Sogima engagera une opération « centre-ville » dans le quartier Belsunce (20 logements dont 10 en réhabilitation). «Nous allons intervenir plus largement dans ce secteur », indique Jean Bascou, directeur de Sogima.

Logirem, qui intervient beaucoup en réhabilitation, ne peut pas déterminer le volume de ses financements cette année. Pour Opac Sud, le programme 1997 en constructions neuves prévoit 110 logements PLA sur Marseille ; s'y ajoute « Confort 2000 » portant sur la modernisation de 3 000 logements (remises à niveaux techniques, mises en sécurité).

(1) Le P-DG d'Arcade était, jusqu'à son entrée au gouvernement, Pierre-André Périssol, actuel ministre du Logement.

PHOTO : Récemment livrée par Habitat Marseille-Provence, la résidence «inter-génération» Benoît Malon accueille, dans ses 70 logements, étudiants, familles et personnes âgées pour qui toute une palette de services liés au maintien à domicile est prévue.

Architectes : Poissonnier- Ferran.

1 300 logements pour tout le département en 1997

Selon les chiffres communiqués par la DDE, les financements 1996 ont porté, pour Marseille, sur 579 logements PLA en construction neuve (dont 114 en PLA très sociaux) et 143 en acquisition-réhabilitation (dont 75 très sociaux). Il faut ajouter à ce chiffre une somme de 29,5 millions au titre des Palulos (primes d'amélioration des logements à usage locatif et d'occupation sociale), représentant au total 103 millions de travaux. On n'a pas encore d'indications très précises sur la dotation prévue en 1997. Estimée à 1 300 logements pour le département, elle est très au-dessous de celle de 1996 (1 610), et inférieure aux besoins estimés par les promoteurs sociaux. L'appui du préfet des Bouches-du-Rhône sera sollicité pour qu'un coup de pouce soit donné à Paris au bénéfice du département.

Les premières ouvertures probables de chantiers sont annoncées pour le printemps 1997, mais la DDE souligne que cet échéancier est aléatoire, car il va dépendre de la finalisation des dossiers de financement. En effet, certaines notifications des crédits d'Etat ne sont pas encore parvenues aux maîtres d'ouvrage. Enfin, les chiffres avancés par les services municipaux de Marseille sur le nombre de logements vacants pour justifier la prééminence de la réhabilitation sur la construction neuve sont contestés. L'Association régionale des organismes d'HLM note que, sur les 30 000 à 35 000 logements considérés comme libres, une grande partie sont disqualifiés et justiciables de la démolition ; 12 000 appartiennent à des propriétaires privés qui, pour diverses raisons (dont le risque de non-paiement des loyers), ne souhaitent pas les louer. Restent quelque 3 000 HLM vides, dont une bonne partie relève d'opérations de réhabilitation.

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