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Marchés de travaux : à la recherche du juste prix (suite...)

Serge RAMPA |  le 04/06/1999  |  RéglementationCommande publiqueRéglementation des marchés publics

Je souhaite vous faire part des réflexions que m'inspire l'article paru à la rubrique « Courrier des lecteurs » sous le titre « Marché de travaux : il faut aller vers une logique de juste prix » (« Le Moniteur » du 7 mai 1999, page 15). Naturellement, je souscris entièrement à l'intention ainsi affichée pour laquelle les organisations professionnelles des travaux publics et du bâtiment se battent depuis des années. En revanche, je ne suis pas d'accord sur un certain nombre de considérations contenues dans ce texte et surtout sur sa conclusion.

Tout d'abord, il est normal que la relation entrepreneur-maître d'ouvrage, qui est en fait une relation vendeur-acheteur, soit porteuse de divergences, voire de conflits d'intérêt. Je ne pense pas pour autant que l'on puisse parler de « logique guerrière » débouchant sur des batailles.

Je m'arrête ensuite à la phrase : « En résumé, plus les entreprises augmentent leurs marges et moins les utilisateurs en ont pour leur argent ». Il est de notoriété publique que dans les logements sociaux qui, semble-t-il, sont à la base du raisonnement, les entreprises avaient, ces dernières années, des marges négatives. Il conviendrait donc, pour éviter de donner une vision trop « mercantile » ou « commerciale », de parler de « rétablissement des marges », ce qui est, dans notre système économique, la moindre des choses sous peine de mort.

Ce faisant, les utilisateurs n'en ont pas « moins pour leur argent » mais simplement « pour leur argent », ce qui, là aussi, est la moindre des choses et ne devrait choquer personne.

Ceci étant, passons à la recherche du « juste prix », qui est celui dont on pourrait dire qu'il couvre les coûts d'une entreprise normalement compétitive en lui laissant une marge normale pour la profession (rappel : marge moyenne dans la profession autour de 1 % et plutôt moins...).

L'ennui, dans ce contexte d'équilibre fragile, est que les coûts dans les métiers du BTP ne sont connus qu'après exécution de l'ouvrage et que, par conséquent, personne ne les connaît avant puisqu'il s'agit chaque fois d'un ouvrage nouveau (si c'est un ouvrage identique mais construit ailleurs et à un autre moment, il devient ipso facto un ouvrage nouveau). Personne, même pas le récurrent « tiers sachant » ou « tiers économiste » qui, lui, saurait ce que personne d'autre ne sait, même pas les entrepreneurs. D'ailleurs, si cet homme providentiel existait, j'imagine que lesdits entrepreneurs lui feraient un pont d'or pour qu'il vienne leur épargner les coûteuses erreurs qu'ils constatent tous les jours dans leurs prévisions, surtout quand celles-ci sont faites sous la pression de la vitale nécessité du chiffre d'affaires minimum. Enfin, l'expérience du « tiers économiste » a été menée au début des années 1990 sous l'égide du ministère de l'Equipement ; ce fut un échec.

En fait, et là je rejoins l'auteur de l'article, l'approche du juste prix passe par le dossier de consultation idéal, c'est-à-dire celui qui correspond exactement à ce que sera l'ouvrage exécuté, et qui prévoit la rémunération des aléas et imprévus qui ne manqueront pas de survenir et que l'entreprise, par définition, n'aura pas inclus dans ses prix. Hélas, dans l'état actuel des choses, cet idéal paraît particulièrement lointain... Considérons-le, néanmoins, comme un jour accessible... Ce jour-là, le prix proposé par l'entrepreneur sera très voisin des coûts constatés. Et les techniciens, comme les maîtres d'ouvrage, sauront qu'ils ont traité au juste prix.

En attendant, définissons de manière objective ce qu'est une offre anormalement basse, dont l'origine est la plupart du temps, dans l'évaluation négative des imprécisions et aléas que, volontairement ou involontairement, on laisse à l'appréciation de l'entrepreneur.

Et si elle ne reçoit pas de justifications, éliminons-la...

C'est la meilleure et même la seule façon, dans l'état actuel des choses, d'approcher le juste prix et de rendre cette profession viable et même vivable.

En attendant le dossier de consultation idéal.....

Serge Rampa, entrepreneur de BTP, président de la Commission des marchés de la FNTP

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