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Marché de l’occasion : reprise en dents de scie

Sabine Ganansia |  le 28/10/2011  |  EvénementInternationalFrance entière

La visibilité du marché n’est pas bonne avec une évolution des ventes chaotique en 2011, et une grande versatilité des prix selon les types de machines.

Selon certains professionnels, le marché du matériel d’occasion s’est écroulé, pour d’autres, il traverse la crise plutôt bien. Vu dans son ensemble, il apparaît surtout chaotique. Deux tendances se dessinent néanmoins : une plus grande fluctuation des prix sur des périodes de plus en plus courtes, et l’attrait pour les machines récentes, intégrant les contraintes environnementales. Le marché du matériel de TP d’occasion est estimé entre 220 et 700 millions d’euros selon les sources (voir ci-contre). « C’est un marché où l’on navigue à vue, que personne n’est capable de chiffrer », affirme Jean-Louis Llorach, PDG du groupe Payant. « Il y a énormément de différences suivant les produits et les régions, renchérit Bernard Pointet, président du DLR. Dans le forage, par exemple, les entreprises ne vendent pas leurs machines. »

Certains prix ont flambé

Globalement, on observe qu’après une baisse importante du volume et des prix, la tendance semble s’inverser. « La faiblesse du renouvellement a provoqué une chute de 50 % du volume des ventes d’occasion entre 2007 et 2010, estime David Dahirel, directeur régional de Ritchie Bros. Et cela, malgré le déstockage massif de grands groupes de location. Il redémarre seulement depuis fin 2010, début 2011. Quant aux prix, après plusieurs années de baisse consécutives, ils ont progressé de 15 à 20 % par rapport au point bas. »
« Le marché de l’occasion est dynamique et se restructure vers le matériel récent, notamment sur le marché domestique, précise Cédric Schaff, responsable de l’activité occasion de Bergerat Monnoyeur. A l’international, l’Afrique cherche aussi du matériel plus récent. Mais aujourd’hui, l’offre ne répond pas à la demande et nous sommes confrontés à un problème d’approvisionnement. » Dans cette période de grandes incertitudes les entreprises se tournent de plus en plus vers l’occasion. Elles cherchent des machines récentes et font monter les prix d’autant que les banquiers rechignent à financer des machines de dix ans. Certains prix ont flambé de 20 % à 35 % sur trois mois, voire d’un mois sur l’autre pour les reprises. Le fait le plus marquant est l’accélération du marché, comme le souligne Christian Tranzer, responsable des ventes des matériels d’occasion chez Liebherr : « 2011 progresse à nouveau, mais en dents de scie. Rien n’est acquis. Il y a peu de visibilité sur un marché sensible et réactif à la moindre information. Un jour la demande croît fortement sur un produit et freine brutalement sur un autre. La stabilité ne sera retrouvée que lorsque les carnets de commandes des entreprises seront eux-mêmes stabilisés. »

Trou d’air

Ce marché, conjoncturel, est en lien direct avec les ventes de matériel neuf. Sachant que l’on revend aujourd’hui les machines achetées neuves entre 1998 et 2003, on peut imaginer que le coup de frein spectaculaire de 2008-2009 provoquera un trou d’air sur la période 2015-2018. A moins que, d’ici là, le marché n’ait été submergé par des machines chinoises neuves, adaptées aux nouvelles normes environnementales… et moins chères que les matériels d’occasion.

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Les chiffres

Le marché du matériel de TP d’occasion est difficile à estimer. C’est lié à son fonctionnement et à la diversité des critères à prendre en compte. Une récente étude de Manfredi & Associates l’estimait à 100 milliards de dollars au niveau mondial en 2008. Il atteignait alors entre 800 millions et 1 milliard d’euros en France, contre 400 à 500 millions en 2010. Mais les chiffres varient : 220 à 250 millions d’euros d’après le vendeur en ligne Iron Planet, 300 à 350 millions selon Liebherr, entre 400 et 500 millions pour Ritchie Bros, plus près de 500 millions pour Bergerat Monnoyeur quand le DLR, la fédération des loueurs et distributeurs, monte jusqu’à 700 millions.

Les 5 points à retenir La cote et le prix

Qu’est ce qui fait le prix d’une machine d’occasion ? La marque, l’âge, l’état général, les accessoires, la rareté. Qu’est ce qui fait sa valeur ? La cote FNTP, une spécialité française. Les Américains fixent la valeur d’un actif mobilier ou immobilier à partir de la « fair market value », c’est-à-dire son prix de revente sur le marché à l’instant T. Les Européens, eux, partent du prix d’achat initial auquel ils appliquent une série de dépréciations. C’est ce que fait la cote des matériels de la FNTP (www.equipment-center.com). Les valeurs de cotation sont fixées annuellement et sont calculées à partir de formules de dépréciation propres à chaque catégorie d’engins sur la valeur à neuf « prix catalogue » communiquée à la FNTP par le constructeur.

La demande

Le petit matériel reste en France et se dirige notamment vers l’agriculture et les artisans du BTP. 70 à 80 % des grosses machines de moins de huit ans trouvent preneurs chez les entrepreneurs de travaux publics français. Au-delà, les machines partent généralement à l’export. La demande en Afrique anglophone semble stable ainsi qu’au Mali et au Gabon. Mais elle a chuté en Afrique du Nord avec le « printemps arabe » qui a ralenti la demande. Quant à l’Algérie, elle bloque toujours l’importation de matériels d’occasion depuis trois ans. L’Europe de l’Est serait en baisse au profit de nouvelles destinations comme l’Amérique du Sud.

L’offre

Les concessionnaires, les loueurs et les entrepreneurs eux-mêmes sont les fournisseurs des matériels d’occasion. Mais ceux-ci peuvent également venir de banques qui récupèrent des « leasing » non suivis d’options d’achat, de cessations d’activité ou d’entreprises en manque de liquidités, comme le montre la vague de matériels récents (2 à 5 ans) fin 2010. Chez Ritchie Bros Auctioneers, vendeur aux enchères, 70 % des machines viennent des entreprises et 30 % des loueurs. Il y a deux groupes d’âge : les machines jeunes (déstockage) et les machines relativement anciennes que les premiers propriétaires ont tardé à renouveler. Chez Sodineg, négociant spécialisé, 50 % des machines ont autour de 10 ans, 25 % sont âgées de 3 à 4 ans, 25 % ont 20 ans.

Vendre par Internet

« Les ventes via Internet ont été très positives les premières années et ont augmenté notre chiffre d’affaires, reconnaît Frédéric Roussel, directeur général de Sodineg. Mais depuis 2006-2007 il y a tellement de choix qu’il faut être vraiment très bon pour se positionner, et le marché n’est pas encore arrivé à maturité ! Qui achète sur Internet ? Surtout des intermédiaires qui souhaitent revendre. La majorité des utilisateurs finaux, eux, veulent tester les machines avant de se décider. » Chez Bergerat Monnoyeur, Internet représente 25 % des ventes d’occasion, en partie grâce à un site mis en place par Caterpillar qui rassemble tous ses concessionnaires à travers le monde.

Aux enchères

Jusque-là réservées à nos traditionnels commissaires-priseurs, les ventes aux enchères de matériel d’occasion passent aussi par des géants anglo-saxons, comme Iron Planet (environ 30 000 machines vendues par an, uniquement sur Internet) ou Ritchie Bros Auctioneers (277 000 machines vendues par son intermédiaire en 2010 pour un montant total de 3,28 milliards de dollars). Elles sont appréciées par les vendeurs comme solution de déstockage rapide et transparent, mais critiquées pour leurs prix bas.

2008-2009 : le coup de freinEvolution en glissement annuel (en %) des ventes effectuées par les concessionnaires

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