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MANCHESTER se donne un centre vivant et diversifié

NATHALIE COULAUD |  le 16/03/2001  |  TransportsArchitectureAménagementUrbanismeRéglementation

Après l'attentat destructeur de juin 1996, plus d'un million et demi d'euros ont été investis pour transformer - plutôt que reconstruire à l'identique - le centre-ville de Manchester. Le projet urbain est piloté par Manchester Millenium, un groupement associant la municipalité aux propriétaires fonciers. Ses pricipaux objectifs : équilibrer l'offre de commerces et de bureaux par des activités de loisirs et de culture, et attirer de nouveaux habitants grâce à la qualité du cadre de vie et des services.

Le 15 juin 1996, une bombe placée par l'IRA explosait au coeur de Manchester, blessant 220 personnes et endommageant gravement une bonne partie - environ 5 km2 - des rues et bâtiments du centre-ville. « Pourtant, avec le recul, cet événement tragique a finalement représenté une chance pour la ville, parce que le renouvellement urbain, qui faisait l'objet d'une réflexion depuis le début de 1990, en a été incroyablement accéléré », reconnaît Gordon McKinnon, responsable de l'urbanisme à la mairie de Manchester.

Grand centre industriel du textile et du charbon, troisième agglomération de Grande-Bretagne avec un peu plus de 2 millions d'habitants, Manchester avait souffert du déclin de ses industries traditionnelles au cours des années 80. L'hypercentre avait bien besoin de rénovation.

Immédiatement après l'explosion, une équipe composée de représentants de la ville et des propriétaires fonciers est mise en place. Cette task force, baptisée « Manchester Millenium Limited », a d'abord paré au plus pressé en assurant le relogement des entreprises et des commerçants touchés par l'explosion. Mais, lorsqu'il s'est agi de reconstruire, Manchester Millenium a décidé de ne pas se borner à tout refaire à l'identique, mais d'améliorer de façon importante le tissu urbain du centre.

« Cette décision n'a pas été prise sans mal. Les propriétaires fonciers étaient assurés contre les incidents terroristes, et les assurances étaient généralement d'accord pour payer une reconstruction à l'identique, mais pas pour financer les améliorations. Nous étions prêts à réaliser des projets immobiliers de qualité, en accord avec la ville, mais nous savions dès le départ qu'il nous faudrait des reins solides », explique Trevor Hankin, responsable des investissements chez Prudential, l'un des propriétaires fonciers.

Afin de pallier le manque de moyens, le gouvernement britannique a alors décidé de financer le renouvellement à hauteur de 68 millions d'euros (près de 450 millions de francs). Cela a eu pour conséquence de permettre le déblocage de crédits européens à hauteur de 31,6 millions d'euros (207,5 millions de francs). Mais la majorité des coûts sera assumée par le secteur privé et par la ville. Au total, 1,52 million d'euros (10 milliards de francs) seront investis.

Redynamiser le tissu commercial

Le principal objectif fixé par la task force était de recréer un tissu commercial dynamique. Cela était d'autant plus important qu'un nouvel hypermarché venait de se construire en périphérie et menaçait les commerces traditionnels. Afin d'éviter le phénomène de ville morte après 18 h, il fallait également réinstaller au centre-ville des habitants et des activités de loisirs (cinémas, restaurants, etc.). Autres objectifs : relier les différents quartiers, jusqu'alors coupés par des immeubles des années 70, et mettre en valeur les immeubles classés et les monuments historiques, comme la cathédrale. Enfin, il a été décidé de donner la priorité aux transports en commun : le réaménagement a dû prévoir des couloirs de bus ainsi que l'arrivée d'une deuxième ligne de tramway.

Pour donner une existence concrète à ces objectifs, Manchester Millenium Limited a lancé un concours d'architecture et d'urbanisme qui a abouti à un masterplan ou « plan directeur détaillé ». En novembre 1996, le projet d'Edaw, un important bureau d'études pluridisciplinaire (architecture, urbanisme, paysage), a été retenu. Ce plan directeur, qui n'avait pas valeur réglementaire, esquisse les grandes lignes du nouveau tissu urbain et servira de guide aux acteurs du projet. Mais il ne définit, par exemple, ni les hauteurs ni l'aspect des bâtiments. Chaque acteur présente son projet à la ville qui délivre, après négociations, un permis de construire (ou planning permission).

Les premières pierres des travaux menés suivant ce processus ont été posées début 1997. Aujourd'hui, tout est à peu près achevé. Au total, 76 000 m2 de commerces ont été construits, ainsi que 46 000 m2 de locaux destinés aux loisirs. Des couloirs de bus ont été réalisés dans les rues principales, et une nouvelle ligne de tramway de 16 miles (25,6 km) va être construite dans le sens est-ouest, complétant la ligne existante nord-sud. Dans les dix années à venir, la municipalité espère ainsi supprimer 30 % du trafic automobile dans le centre-ville.

Présenter la ville sous son meilleur jour pour les jeux du Commonwealth

Reste à terminer l'aménagement d'un jardin public proche de la gare principale «Picadilly Station» et la construction de 2 000 appartements. En 2005, le centre-ville devrait compter 20 000 habitants, contre 8 000 aujourd'hui. « L'idée de ramener des habitants au centre est nouvelle en Grande-Bretagne. Nous espérons attirer d'abord les jeunes actifs, puis leur procurer progressivement des services tels que crèches et parkings afin de les garder lorsqu'ils auront fondé une famille », prévoit Gordon McKinnon.

Enfin, derrière la gare, un complexe sportif, comprenant un nouveau stade et une piscine, est en construction. Cet équipement de plus de 150 millions d'euros (1 milliard de francs) permettra à Manchester d'accueillir les jeux du Commonwealth qui, en juillet 2002, rassembleront environ 5 000 athlètes venus de 72 pays. Le centre-ville de Manchester sera alors sous les feux de l'actualité.

PHOTOS :

Manchester au lendemain de l'attentat du 15 juin 1996, qui fit 220 blessés et détruisit le centre ville sur près de 5 km2.

Encore en chantier, Piccadilly Gardens,

à proximité de la gare du même nom, sera un vaste jardin public bordé de grands magasins, de restaurants et de bureaux.

Le plan directeur

Le masterplan, assorti d'un planning guidance, sorte de cahier des prescriptions architecturales et urbaines, définit à la fois le statut des espaces, leurs relations entre eux et avec le reste de la ville, et une exigence générale de qualité. Ainsi, les bâtiments classés ont été restaurés, mais les médiocres bâtiments des années 70 définitivement détruits, et la création architecturale contemporaine encouragée. Le nouveau centre est articulé autour de deux espaces publics : le City Park, très planté, qui valorise les abords de la cathédrale, et une place piétonne et contemporaine bordée de boutiques et de cafés, Exchange Square.

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Le Triangle : un centre commercial dans l'ancienne Bourse

Avant juin 1996, l'ancienne Bourse de Manchester, maintenant baptisée « Le Triangle », était occupée par des bureaux. « L'intérieur de cet édifice typiquement victorien était mal conçu, avec beaucoup de longs couloirs et de petits bureaux », explique Joe Malvisi, directeur de Frogmore Estate, propriétaire du bâtiment.

Lors de l'explosion, la verrière couvrant l'ancienne salle des marchés a été complètement soufflée, rendant le

bâtiment inutilisable. Après avoir écarté l'hypothèse d'un hôtel, trop coûteux à gérer, Frogmore Estate a décidé de transformer les trois premiers niveaux en centre commercial haut de gamme, et les étages supérieurs en bureaux. « La construction de cet ensemble a permis à des enseignes connues et exigeantes de s'installer à Manchester, ce qu'elles n'avaient jamais pu faire faute de locaux adéquats », se réjouit Joe Malvisi. Au total, la surface des bureaux représente 4 645 m2, et celle des commerces 9 290 m2. Les architectes (Ratcliff Patnership pour la structure, et Benoy pour le design intérieur) sont parvenus à sauver la verrière et à conserver le portique d'entrée, en marbre, du bâtiment. La façade a été entièrement conservée. Inaugurée le 22 août dernier, cette reconversion a coûté 42,7 millions d'euros (280 millions de francs).

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Un multiplexe dans une imprimerie

Oui, réaliser des multiplexes en plein centre-ville est possible. A preuve, la transformation de l'ancienne imprimerie Printworks en espace de loisirs. Le bâtiment abrite désormais 32 515 m2 de restaurants, un cinéma de vingt salles géré par la société UCI, une salle avec écran trois dimensions Imax et... un centre de remise en forme ou « fitness ». Les restaurants et cinémas vont permettre de redonner une vie nocturne au centre de Manchester », explique Lee Richardson, directeur de Richardson Developments, promoteur du projet. Les transports en commun ont été intégrés à cet ensemble puisqu'une station de tramway sera construite spécialement pour desservir

Printworks. Mille places de parking ont également été réalisées.

Du bâtiment d'origine, seule la façade a été conservée. A l'intérieur, des allées tracées en continuité avec les espaces publics extérieurs donnent l'impression d'une rue.

Pour ce projet, Richardson Developments a fait appel à RTKL Limited, un cabinet d'architectes américains spécialisé dans les multiplexes. Printworks a ouvert en novembre dernier. Richardson Developments vient de revendre le bâtiment à deux fonds de pension pour 174 millions d'euros (plus de 1,14 milliard de francs). Il l'avait acquis en 1997 pour 17,4 millions d'euros (114 millions de francs), et il a déboursé 100 millions d'euros (650 millions de francs) pour les travaux.

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Espaces publics : priorité aux piétons et à la sécurité

Réaliser des espaces publics dégagés et dans lesquels la surveillance pouvait s'exercer facilement : telle était la priorité de la ville. Dans toutes les rues, l'espace pour les voitures a été réduit en général à une voie, et les trottoirs ont été élargis. Les piétons prennent nettement la priorité sur les voitures,

et le revêtement de sol, de petits pavés carrés en granit, participe à ce sentiment.

Le mobilier urbain a été choisi afin d'obtenir un encombrement minimal, et tout a été aligné afin d'élargir le champ de vision. La sécurité est assurée par des caméras de vidéosurveillance ainsi que par une équipe de seize employés municipaux, baptisés les « rangers », qui patrouillent en permanence.

En tout, 30 657 m2 d'espaces publics ont été réaménagés. Parmi les principales réalisations, la place principale, Exchange Square, conçue par l'architecte américaine Martha Schwartz, a été inaugurée fin 2000.

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PORTRAIT Tom Bloxham, le promoteur qui monte

Tom Bloxham, 37 ans, est l'un des promoteurs-aménageurs qui intervient le plus à Manchester, et sa réputation est maintenant internationale. Il a notamment été récompensé pour la qualité architecturale de ses réalisations par le Riba (Royal Institute of British Architects) en 1998. Il s'est spécialisé dans la réalisation de locaux d'activité et d'appartements dans des friches industrielles, alors que rien ne l'y prédisposait à l'origine. Après des études de sciences politiques à l'université de Manchester, il se lance dans la vente de livres et de disques d'occasion. C'est parce qu'il cherchait un local pour s'installer qu'il a eu l'idée d'aménager des locaux et des appartements dans des friches industrielles, seuls terrains vendus à un prix abordable. En 1993, il crée Urban Splash Limited avec l'architecte John Falkingham, ce qui permet à l'entreprise de jouer à la fois le rôle d'aménageur, de promoteur immobilier et d'architecte. Il rénove actuellement un ancien entrepôt, la «Box Works», situé au bord d'un canal, à deux pas du centre de Manchester. L'ensemble comportera 83 appartements de 90 à 200 m2. Box Works fait suite à cinq autres réalisations. Au total, Urban Splash a déjà 158 millions d'euros (1 milliard de francs) à Manchester. Le principe est toujours le même : les caractères originaux des immeubles sont mis en valeur. Les appartements sont de type «loft», avec de grands espaces, de hauts plafonds et un design minimaliste. Cette conception de l'habitat diffère du pavillon de banlieue traditionnellement prisé en Grande-Bretagne. « Ce que nous faisons est risqué, mais nous ne construisons pas n'importe où. Les quartiers dans lesquels nous intervenons sont progressivement reconquis par la ville et prennent beaucoup de valeur », conclut Tom Bloxham.

PHOTOS :

- Tom Bloxham

- L'entrepôt «Box Works» avant... et après

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