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Majors Malgré leurs performances les grands du BTP ont un avenir incertain

GUILLAUME DELACROIX |  le 09/04/1999  |  EntreprisesTravailIndustrieMarchés publicsCollectivités locales

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Les résultats nets de Bouygues, SGE, Groupe GTM, Eiffage et Spie ont enregistré des croissances comprises entre 10 et 97 % en 1998. L'actionnariat de la plupart d'entre eux est vraisemblablement appelé à changer en profondeur, cette année ou dans un avenir proche.

Ceux que l'on a encore l'habitude d'appeler les majors du BTP ont tous de quoi sourire. Sur l'exercice 1998, leurs bénéfices nets se sont envolés, conformément à leurs objectifs de redresser la barre, après avoir tous plongé dans le rouge en 1996 (à l'exclusion du groupe Bouygues). Au classement des progressions par rapport à 1997, la médaille d'or revient à la SGE (groupe Vivendi), qui a enregistré une hausse de 97 % de son résultat net l'année dernière, en revenant de très loin puisque cette progression représente en valeur absolue 977 millions de francs (149 millions d'euros) depuis 1996, année où les pertes s'inscrivaient à plus de 370 millions de francs (56,7 millions d'euros).

Groupe GTM (groupe Suez/Lyonnaise des eaux) remporte la médaille d'argent, avec une croissance de 69 % de ses bénéfices en 1998, après être lui aussi sorti du rouge en 1997. La progression représente 474 millions de francs (72,3 millions d'euros) sur deux ans, les pertes de 1996 s'établissant à 45 millions de francs (6,9 millions d'euros). C'est Eiffage qui décroche la médaille de bronze, avec 61 % de progression du résultat net, à 263 millions de francs (40,1 millions d'euros) contre 944 millions de francs (143,9 millions d'euros) de pertes en 1996.

Arrivent ensuite Spie, dont les bénéfices ont augmenté de 45 % en un an - 132 millions de francs (13,9 millions d'euros) en 1998, après 491 millions de francs 74,8 millions d'euros) de pertes en 1996 - et enfin Bouygues, dont les activités de construction et de services urbains (c'est-à-dire hors TF1 et activités télécommunications) ont dégagé des résultats en hausse de près de 18,4 %, à 1 milliard de francs (150 millions d'euros).

Le cap de la prudence

Côté commentaires, le cap de la prudence est fermement maintenu. « Nous souhaitons continuer à faire un effort, en privilégiant la rentabilité par une plus grande sélectivité, car nous devons petit à petit restaurer nos marges », indique Martin Bouygues, P-DG du groupe Bouygues, soulignant que les effets de la crise du secteur de la construction ne sont pas encore digérés. « Il faut agir avec constance et fermeté pour que les choses changent », explique Antoine Zacharias, P-DG de SGE, qui ne fait pas de son chiffre d'affaires une obsession, et se fixe l'objectif audacieux d'atteindre 2 % de marge.

« Nous gérons la récession dans le BTP en diminuant les volumes tout en augmentant les résultats, grâce au développement des activités non BTP », répète depuis trois ans Jérôme Tolot, directeur général de Groupe GTM. Jean-François Roverato, P-DG d'Eiffage, reste, lui, pragmatique : « Les contributions de nos différents métiers sont variables, mais notre enjeu est d'une simplicité biblique : il faut gagner de l'argent dans le bâtiment, et retrouver enfin une rémunération normale dans l'immobilier. » Bonne surprise enfin pour Jean Monville, P-DG de Spie : « Nos performances sont dues à la meilleure qualité de nos résultats sur de gros contrats, mais nous conservons une approche très sélective à l'export. »

La quête de la « récurrence »

A observer le contenu des bénéfices exceptionnels des majors, on s'aperçoit toutefois qu'ils reflètent une réelle mutation. Mutation vers des métiers « plus générateurs de cash-flow » - les concessions - dont le corps s'est fortement développé chez GTM (6 % du chiffre d'affaires, en hausse de 16 %) et contribue largement au résultat du groupe : la part détenue dans Cofiroute rapporte à elle seule plus de 300 millions de francs, soit plus de 70 % du total !

Mutation vers des activités à plus forte valeur ajoutée et à rentabilité plus récurrente - travaux routiers, travaux électriques, et là encore concessions - à la SGE (46 % du chiffre d'affaires), chez qui les sociétés consolidées par mise en équivalence (et notamment Cofiroute) pèsent 44 % du bénéfice net. Mutation vers les métiers de l'électricité pour Spie, et ce à l'échelle européenne (84 % de l'activité consolidée est réalisée en Europe) : la contribution de l'électricité au résultat net a atteint 93 % du total en 1998.

Reste que le BTP n'est pas mort : il demeure « le coeur du groupe » de Martin Bouygues, qui voit dans son secteur traditionnel des atouts évidents, lesquels passent par la capacité à réaliser des montages. Le bâtiment fait plus que frémir, puisque le groupe Bouygues a enregistré une hausse de 10 % de ses prises de commandes en France. « Les travaux publics sont une activité sinistrée, regrette a contrario Martin Bouygues.

Le bâtiment repart, le génie civil s'écroule en France

C'est inquiétant, car on va finir par avoir une perte de savoir-faire si la crise dure trop longtemps. » Même son de cloche chez Eiffage : « Notre activité bâtiment a crû de 9 % en 1998, tandis que le génie civil a chuté de 8 % », constate Jean-François Roverato, qui rappelle qu'aucun grand chantier d'infrastructure n'a été traité dans l'Hexagone cette année. Chez Spie, la baisse de l'activité TP a été de 3,9 % l'an passé. Jean Monville observe « l'écroulement du secteur en France », mais souligne que le grand export compense largement cette situation.

Pour les cinq majors, l'exercice en cours devrait a priori s'inscrire dans la lignée de 1998, puisque les prévisions des uns et des autres tablent sur de nouvelles hausses des résultats. Antoine Zacharias prévoit une nouvelle fois des records historiques, avec une croissance à deux chiffres de l'exploitation et du bénéfice net. Jean Monville s'attend « avec une certaine sérénité » à une progression de l'ordre de 25 % de son résultat net. L'année 1999 « se présente bien » pour Martin Bouygues ; elle s'inscrira « en ligne plutôt montante » pour Groupe GTM, et devrait voir encore améliorés les résultats de Jean-François Roverato.

GRAPHIQUES :

Chiffre d'affaires des majors avec part de l'international en milliards de francs - Des évolutions contrastées - En volume, l'activité des majors a tendance à se tasser depuis trois ans

Evolution du résultat net des majors en millions de francs - Des hausses exceptionnelles de bénéfices - Hormis Bouygues, les majors du BTP reviennent de loin; ils sont tous sortis du rouge en 1997.

PHOTO : La reprise du bâtiment est incontestable, mais les marchés de travaux ne dégagent que d'infimes marges.

Le BTP a-t-il un avenir ?

L'arrivée d'Albert Frère dans le capital de Bouygues a relancé la semaine dernière les spéculations sur l'avenir du groupe. Difficile de dessiner un périmètre futur, ne serait-ce qu'à court terme, tant les hypothèses sont nombreuses. Car si les intentions de François Pinault et de Bernard Arnault sont opaques, d'aucuns parient déjà sur l'implosion du conglomérat, en raison du caractère hautement stratégique de TF1 et de Bouygues Telecom.

Au même moment, Suez/Lyonnaise des eaux concède ne pas exclure la cession de Groupe GTM, malgré la

convergence de ses activités de concessions vers ses métiers de services urbains (voir page 22). Et lors de la présentation de ses résultats, le groupe Vivendi s'est contenté de confirmer son intention de franchir le siècle avec la SGE. Mais pour la suite ?

A côté, les groupes Eiffage et Spie font montre de plus de sérénité. Mais s'ils se félicitent chaque jour des bienfaits du RES, ils restent eux aussi fixés sur une finalité : la distribution du dividende. Après six années de récession, l'avenir des grands du BTP est plus que jamais incertain.

PHOTO : Les concessions (en photo : le tunnel du Prado-Carénage, à Marseille) se révèlent très rentables pour les majors qui soulignent que dans les concessions de travaux publics, il y a toujours une part travaux.

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CHIFFRES CLES 1998 DU GROUPE BOUYGUES

Chiffre d'affaires consolidé : 97,006 milliards de francs (14,788 milliards d'euros), + 6,5 %

Résultat courant (sans Bouygues Telecom) : 3,305 milliards de francs (504 millions d'euros), + 28,4 %

Résultat net part du groupe (sans Bouygues Telecom) : 1,288 milliard de francs (196 millions d'euros), + 24,3 %

Résultat net part du groupe (avec Bouygues Telecom) : 530 millions de francs (81 millions d'euros), -29,8 %

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