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Lyon-Turin : l'Italie repousse (encore) sa décision
- © Caroline MOUREAUX - Photographe

Lyon-Turin : l'Italie repousse (encore) sa décision

Jessica Ibelaïdene avec AFP |  le 08/03/2019  |  Travaux publicsTunnelTeltElisabeth BorneFerroviaire

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Alors qu'il avait promis de donner une décision définitive ce 8 mars, le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a une nouvelle fois reporté son choix concernant la poursuite ou l'arrêt de la liaison ferroviaire Lyon-Turin. L'exécutif italien pourrait cependant valider les appels d'offres liés au creusement du tunnel d'ici au 11 mars, sous peine de voir s'envoler 300M€ de financement européen, en y ajoutant une clause suspensive le temps de revoir le projet. 

 

Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a porté un nouveau coup dur, le 7 mars, au projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin. Lors d'une conférence de presse, il a exprimé de "forts doutes" et sa "perplexité sur l'opportunité de cet ouvrage. Je ne suis vraiment pas convaincu qu'il s'agisse d'un projet dont l'Italie a besoin".

Dans la soirée, la ministre des Transports française Elisabeth Borne a tenu à réaffirmer son soutien au projet, assurant que la France restait convaincue de sa pertinence "pour les échanges entre (les) deux pays et pour l'Europe". Elle a aussi rappelé l'attachement de l'Hexagone "au respect des engagements pris et des délais de réalisation", alors que le projet Lyon-Turin fait l'objet "d'un traité bilatéral ratifié en 2017".

Discussions attendues avec l'Europe et la France

Constatant l'incapacité de son gouvernement à trouver un compromis sur un sujet où les deux forces politiques de la majorité sont aux antipodes, Giuseppe Conte a demandé à la France et à l'Union européenne de rediscuter ce projet. "Notre intention est de discuter avec nos partenaires, la France et l'Union européenne, pour partager avec eux les doutes que nous avons, les interrogations sur la pertinence de ce projet, puis nous agirons ensuite" sur la base de ces discussions, a ajouté le chef du gouvernement italien. "La France a toujours respecté le souhait du gouvernement italien de conduire une réflexion sur ce projet", a répondu Elisabeth Borne, et "se tient naturellement ouverte à une discussion entre partenaires".

Cette liaison ferroviaire entre Lyon et Turin alimente depuis des mois les polémiques au sein de la majorité. Pour rappel, la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini est favorable à cette ligne à grande vitesse (LGV), tandis que le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) de Luigi Di Maio y est farouchement opposé, la considérant comme un gaspillage d'argent public.

Renégocier la répartition des coûts

Rome estime que de récentes évaluations, notamment "en matière de volume de trafic sur les rails", imposent de renégocier le projet avec les partenaires "afin de vérifier s'il est toujours pertinent et, si tel est le cas, d'ouvrir la possibilité de répartir différemment ses coûts économiques", selon un communiqué de la présidence du Conseil. Une position confirmée de façon plus directe par Giuseppe Conte un peu plus tard. Pour lui, la répartition des coûts entre la France et l'Italie "n'apparaît pas juste à l'heure actuelle" et "c'est un aspect qui doit être approfondi dans de nouvelles discussions", a-t-il dit.

Du côté du M5S, plusieurs élus ont fait monter la pression sur ce dossier, estimant qu'il pourrait entraîner une crise gouvernementale. Un risque que Luigi Di Maio et Matteo Salvini s'efforcent de conjurer en garantissant que l'exécutif tiendra bon quoi qu'il arrive. Le chef du gouvernement a d'ailleurs à nouveau balayé cette perspective, affirmant qu'il n'y avait à son avis "pas de risque".

Le temps presse

Le temps presse cependant : Bruxelles a maintes fois réaffirmé ces dernières semaines que le Lyon-Turin représentait une infrastructure "fondamentale pour l'Italie, la France et l'Europe" et averti l'Italie qu'elle risquait de voir s'envoler les financements de l'UE en cas de coup d'arrêt au projet. La ministre française a souhaité que, durant le temps des discussions, le prochain conseil d'administration du TELT (Tunnel euralpin Lyon Turin, maître d'ouvrage en charge du chantier du tunnel transfrontalier) puisse lancer "les appels à candidature nécessaires à la poursuite du chantier", ce qui préserverait les financements européens.

Selon des informations de la presse, Rome pourrait valider les appels d'offres qui doivent être lancés avant le 11 mars, sous peine de perdre 300M€ de subventions européennes (auxquelles doivent s'ajouter 500M€ ultérieurement). Y serait cependant ajoutée une clause suspensive le temps d'élaborer un nouveau plan. Interrogé sur ce point en conférence de presse, Giuseppe Conte a confirmé l'impasse de sa majorité, assurant qu'il serait nécessaire de procéder à de nouvelles discussions d'ici au 11 mars.

Appels d'offres en attente

Amorcé il y a plusieurs décennies, le projet de LGV Lyon-Turin vise à réduire les transports de marchandises en camion au profit du rail et à diviser par deux le temps de trajet pour les passagers. Il mettrait ainsi Turin à deux heures de Lyon.

Son élément central est un tunnel transfrontalier de 57,5 km, et dont le coût est estimé à 8,6 milliards d'euros. L'Italie le finance pour le moment à hauteur de 35%, la France 25%, et l'Europe 40%. Les travaux sont en cours : une galerie de reconnaissance est terminée côté italien. Une autre devrait l'être d'ici à cet été en Savoie. Certains appels d'offres pour les travaux définitif ont déjà été attribués, même si les plus attendus concernent 3 lots de creusement côté français, pour un montant d'environ 2Mds€. Ce sont ces marchés qui doivent être lancés avant... le début de la semaine prochaine.

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