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Lyon goûte à la sobriété low tech
Ingrid Bertin, architecte DE-HMONP chez Setec. Doctorante du laboratoire Navier ENPC. - © BRUNO LEVY / LE MONITEUR

Le Moniteur 2038

Lyon goûte à la sobriété low tech

Par Ingrid Bertin, avec Bilge Aksoy et Denis Seimbille |  le 25/10/2018  | 

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Urbanisme
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La ville poursuit sa profonde mutation, engagée après la grande descente énergétique des années 2020.

Voilà maintenant plus de vingt ans que la ville de Lyon s'est engagée sur la voie d'un développement urbain à la hauteur des enjeux écologiques de notre siècle. Il y a trente ans, les appels des scientifiques sur les risques écologiques encourus par les populations étaient nombreux, mais c'est surtout le choc pétrolier de 2021 et la grande descente énergétique qui s'est ensuivie qui ont poussé les élus à opérer un changement radical dans la politique d'urbanisation de la ville. « Dans un contexte de pénurie des ressources pétrolières, il a fallu revoir en profondeur nos modes de vie, en particulier les transports et l'approvisionnement en nourriture, raconte un ancien directeur du Grand Lyon. C'est à ce moment-là que nous avons commencé à mettre en œuvre le concept de sobriété énergétique à grande échelle. » Aujourd'hui, l'approche low-tech est un pilier de la construction urbaine. Elle se caractérise par la redéfinition du besoin et du design des solutions techniques simples et économes à construire, exploiter et maintenir. Derrière cette simplicité apparente se cache une véritable réflexion technique et une grande maîtrise des liens complexes entre les mondes minéral, végétal, animal et les organismes microscopiques. Une remise au goût du jour de l'intelligence déployée au XXe siècle, mais sans le gaspillage qui lui a longtemps été associé.

Le transport individuel et les petites livraisons reposent désormais sur le vélo. Et l'usage de la voiture est aujourd'hui réservé aux transports d'urgence. Pour accompagner cette évolution, la Ville a rendu aux modes doux la majorité des axes routiers. Deux télécabines assurent la desserte des collines de la Croix-Rousse et de Fourvière, aussi bien pour les personnes que pour les marchandises. « Le transport aérien par câble est très sobre en énergie. Non seulement il profite au maximum de la gravité, mais en outre une vitesse constante peut être maintenue, ce qui n'est pas le cas des tramways qui subissent des interférences avec le trafic de surface. Et les vues sur la ville sont assez incroyables », détaille Charles-Eric Duperray, responsable des transports de l'agglomération. C'est l'énergie produite par le courant du Rhône et de la Saône qui alimente directement les télécabines. Actuellement, la réhabilitation de l'aéroport Saint-Exupéry, situé à 25 km à l'est de la ville, fait l'objet d'études poussées afin que le site puisse accueillir, dès 2050, les nouveaux ballons dirigeables de chez Airbus.

Toute l'intelligence déployée au XXe siècle est réutilisée, mais sans le gaspillage qui lui a été longtemps associé.

Réemploi des matériaux. Dans le secteur du bâtiment, la problématique de l'énergie grise est maintenant aussi bien maîtrisée que celle de la réduction des consommations d'énergie, initiée par le programme de rénovation énergétique et environnementale de 2020. L'architecture bioclimatique joue un rôle clé dans la réussite du programme. Cette approche tient compte des particularités du site et de son environnement (ensoleillement, vent, précipitations, contexte géotechnique, etc. ), mais également de l'épuisement total et désormais irréversible de certaines matières premières nécessaires à la fabrication de matériaux de construction.

« L'objectif est de chauffer, rafraîchir et ventiler les bâtiments le plus naturellement possible », précise Lio Picard, spécialiste du bâtiment bioclimatique. Quant au réemploi des matériaux, qui sera imposé à hauteur de 70 % dans le neuf dans la réglementation thermique environnementale (RTE) 2050, il est maintenant encadré par une filière professionnelle qui préserve l'intégrité de la matière et de ses qualités. L'acier des bâtiments des usines pétrochimiques du début du siècle a ainsi été démantelé, contrôlé puis directement réutilisé, notamment pour les installations des téléphériques de la Croix-Rousse et de Fourvière.

Le réseau de distribution d'électricité a été conservé. La puissance disponible n'est plus aussi élevée qu'au début du siècle, mais elle est suffisante pour assurer un confort minimal et la sécurité des habitants. La production d'eau chaude et de chaleur pour les bâtiments repose entièrement sur le thermique solaire et la géothermie. Ce sont de loin les systèmes les plus efficaces puisque la production de chaleur ne nécessite plus aucune conversion énergétique, source d'importantes pertes.

Mais le plus grand changement est sûrement l'omniprésence de la nature qui a joué un grand rôle dans l'adaptation de la ville aux effets du changement climatique, les épisodes de canicule étant cinq fois plus nombreux qu'au début du siècle. Autrefois fer de lance de l'industrie textile française, Lyon est aujourd'hui la capitale de l'ingénierie de restauration écosystémique. Les établissements d'enseignement supérieur de la région sont d'ailleurs devenus des références dans cette discipline qui rassemble l'ensemble des techniques nécessaires à la reconstitution des écosystèmes à grande échelle.

Une population locavore. Les parcs et jardins lyonnais, dont le but était autrefois purement récréatif, participent aujourd'hui à nourrir une partie de la population, mais aussi à former les jeunes générations. La ville s'approvisionne aussi dans les plaines céréalières de la Bresse et les cultures maraîchères de l'Ouest lyonnais. « Tout notre travail sur les techniques d'agriculture indépendantes du pétrole a payé puisqu'aujourd'hui nous bénéficions d'une qualité et d'une sécurité alimentaire sans égale en Europe », se réjouit Arthur Grimonpont, directeur du programme Les Greniers d'abondance.

La grande descente énergétique a forcé à réorienter brutalement les activités humaines vers des besoins plus fondamentaux, vers des habitudes et des modes de vie nouveaux. Grâce à la mobilisation d'une ingénierie audacieuse et frugale, la ville de Lyon montre la voie aux autres grandes métropoles du monde qui pourront, elles aussi, à force de recherches, trouver leur juste équilibre entre climat, écosystème et activités humaines.

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