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Lutte contre la précarité énergétique : pourquoi ça ne décolle pas ?
Affiche de sensibilisation sur la précarité énergétique réalisée par la Fondation Abbé Pierre - © © Fondation Abbé Pierre

Lutte contre la précarité énergétique : pourquoi ça ne décolle pas ?

eric Leysens |  le 28/06/2012  |  Meurthe-et-MoselleLotMaine-et-LoireInternationalLoire

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Le programme de lutte contre la précarité énergétique « Habiter mieux » peine à se développer. Avec moins de 10.000 ménages traités à ce jour, on est loin du rythme de croisière annoncé, soit plus de 30 000 ménages par an. Mercredi 27 juin, lors d'un colloque, le Club de l'Amélioration de l'Habitat a tenté d'identifier les freins.

L'objectif du programme « Habiter mieux » est de réduire, chaque année, de 25% la consommation conventionnelle « théorique » (électro-domestique mis à part) chez plusieurs dizaines de milliers de propriétaires "énergétiquement précaires". Ainsi, d'ici 6 ans, 300.000 logements devraient avoir été traités, soit un dixième des ménages français consacrant plus de 10% de leurs revenus à assurer leurs dépenses énergétiques.

Lancé en 2011, « Habiter mieux » a démarré très lentement, notamment du fait du renouvellement des conseils généraux, clés de voûte du déploiement du programme dans tous les départements. Puis, fin 2011, il y a eu un sursaut. « On a eu l'impression que ça démarrait. J'étais optimiste. Mais, maintenant, on stagne », a reconnu Philippe Pelletier devant l'assemblée des acteurs du programme, réunis mercredi 27 juin. Le président reconduit du Plan Bâtiment Grenelle a souligné, en ces temps d'austérité annoncée, que l'enveloppe de plus d'un milliard et demi d'euros dont bénéficie le programme, se doit d'être dépensée.

Comment dénicher les ménages éligibles ?

La première étape consiste à repérer les ménages énergétiquement précaires. Le portrait-robot est établi : retraités ruraux propriétaires d'une maison construite avant 1975. Pour les dénicher, le programme comptait principalement sur les remontées du fonds de solidarité pour le logement et des travailleurs sociaux. Mais ces derniers ne s'occupent quasi exclusivement que des locataires et non de propriétaires, cibles d' «Habitez Mieux ».

Le réseau « Habitat et développement », qui a traité plus du tiers des dossiers « Habiter mieux » réalisés à ce jour, se tourne aujourd'hui vers de nouveaux relais de proximité. Le réseau vient de signer une convention avec l'association « Les ainés ruraux », regroupant plus de 700.000 adhérents, et avec la Capeb, afin qu'ils leurs transmettent le dossier de ménages susceptibles de profiter des aides.

Afin de toucher le public concerné, d'autres moyens originaux ont déjà été expérimentés comme une émission de radio dédiée à la précarité énergétique ou encore l'implantation d'une camionnette de sensibilisation sur les marchés. Et, certains acteurs proposent d'envisager, pour la localisation, le recours à des volontaires du service civique.

Afin de libérer du temps pour le repérage, Michel Pelenc, Directeur d'« Habitat et développement » demande également que tous les organismes  financeurs intervenants utilisent un dossier unique. « Anah, Etat, caisse de retraite, collectivités locales ... chaque organisme a ses règles et ses formulaires. Nos bureaux sont remplis de piles de dossiers. Au final, nos équipes passent beaucoup de temps dans les paperasse. Du temps qui pourrait être consacré au repérage».

Michel Pelenc considère également qu'il faut élargir la cible. « Il faut relever le plafond d'éligibilité fixé actuellement à 16.000 euros. Tous les propriétaires occupants éligibles aux aides de l'ANAH devraient pouvoir intégrer le programme ».

Mais repérer les personnes ne fait pas tout. Les faire passer à l'acte est au moins aussi difficile. Habitat et développement et GDF Suez ont mené conjointement, sur trois mois, un porte-à-porte dans le centre ancien de la commune de Lezignan (11).  Sur 92 ménages identifiés, 3 sont passés à l'acte.
Le conseil général du Maine et Loire, par exemple, qui a mis les moyens, notamment en embauchant à temps plein une coordinatrice précarité énergétique, ne compte, à ce jour, que 60 rénovations « Habiter mieux ».

Côtes d Armor104
 Nord91
Meurthe-et-Moselle84

Les trois départements ayant fait valider le plus de dossiers par l'ANAH  à la fin mai.


Le CEE va-t-il tuer le programme « Habiter mieux »?

Pour Laurent Colobert, chef du service Habitat et Cohésion Sociale au conseil général de Maine-et-Loire, "les artisans sont difficile à mobiliser, il y a une réticence face à la lourdeur des opérations. L'arrivée de l'éligibilité aux CEE complexifie le travail des entreprises et ralentit les opérations». Depuis quelques mois les actions du programme « Habiter Mieux » sont en effet éligibles aux certificats d'économies d'énergie (CEE). L'Anah et les collectivités locales peuvent donc vendre, pour chaque maison rénovée, des certificats aux « obligés » que sont Total ou GDF Suez.

Mais pour Laurent Colobert une autre problématique  émerge.  "Les artisans peuvent être tentés de ne pas adhérer au programme « Habiter mieux » afin de traiter directement  avec des « obligés » souhaitant se procurer des certificats et ainsi récupérer une partie de leur valeur. Alors que dans le cadre du programme « Habiter mieux » les artisans ne touchent rien sur les certificats vendus.

Philippe Pelletier qui a rencontré les équipes ministérielles en charge du logement et de l'énergie, dit avoir passé la majeure partie de la discussion sur la thématique de la précarité énergétique. Si ces derniers placent ce sujet au coeur de leurs priorités, ils devront prendre le temps d'écouter les remontées du terrain afin d'envisager les voies à suivre pour rectifier le tir.

Et l'effet rebond ?

Pour bénéficier des aides offertes par le programme « Habitez mieux », les travaux doivent permettre au ménage précaire de réduire la consommation théorique des 5 postes de la RT  de 25%. Cette estimation est évaluée à partir d'un DPE, diagnostic simple et accessible mais décrié pour ses résultats aléatoires. Et, à ce jour,  aucune observation  de la consommation réelle des logements rénovés n'a encore été menée.

Selon des responsables du programme en Lot et Garonne : « le temps de retour n'y est pas. Mais le mieux vivre éclipse le raisonnement économique ». Ce « mieux vivre » peut s'accompagner de l'effet dit « rebond ». Autrement dit, le ménage qui se chauffait à 20°C en hiver peut avoir envie, suite aux travaux de rénovation, de monter à 23°C, température désormais facilement atteignable.

Le think tank américain Breakthrough Institute s'est intéressé à ce mécanisme . Et dans un rapport de 2011 il concluait que lorsqu'on progresse de deux pas du point de vue de l'efficience énergétique et donc la réduction des coûts, l'effet rebond entraîne un recul en arrière d'un pas ou plus, allant parfois jusqu'à ruiner les gains réalisés au départ.

Chez des personnes habituées à de mauvaises conditions de chauffage, l'effet rebond pourrait se révéler plus important qu'ailleurs.

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