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LOUIS BESSON : «Rendre la ville aux habitants»

FRANCOISE VAYSSE, REMI CAMBAU |  le 30/03/2001  |  Collectivités localesLogementSécurité et protection de la santéLogement socialSavoie

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Le secrétaire d'Etat au logement sur le départ. Louis Besson, redevenu « simple » maire de Chambéry, affirme en toute liberté quatre convictions fortes pour l'avenir : ranimer la flamme des HLM, redonner le pouvoir aux habitants des villes, adapter justice et police aux vrais besoins.

Pourquoi partez-vous, alors que vos chantiers ne sont pas aboutis, même si les grands textes sont votés ?

LOUIS BESSON. Tout n'est jamais complètement fini, mais il faut avoir la sagesse de tenir compte des données nouvelles. Dans la continuité d'une même orientation politique, des regards neufs peuvent aider à aller plus loin, peuvent plus facilement convaincre tel ou tel interlocuteur. Pendant quatre ans, il y a eu les mêmes priorités, les mêmes rappels, et sans doute les mêmes défauts aussi... Et puis, il y a la règle morale du Premier ministre de non-cumul : j'avais cru, pour ma part, devoir indiquer aux Chambériens que je choisirais ma ville et je le fais.

Le Premier ministre ne vous a-t-il pas demandé une nouvelle fois de rester ?

Il m'a dit très gentiment qu'il ne souhaitait pas mon départ, mais que si je donnais la priorité à mon mandat municipal, il ne pensait pas pouvoir m'autoriser à cumuler, ce en quoi il était fidèle à lui-même.

Quel bilan dressez-vous de vos relations avec les professionnels ?

Telles que je les ai perçues, les relations ont été excellentes avec les professionnels du bâtiment et de l'immobilier. Celles avec les maîtres d'ouvrage ont été très confiantes avec tous mais plus efficaces avec ceux du secteur privé qu'avec ceux du secteur social, si j'en juge par la production de logements...

Cette incompréhension avec les HLM est-elle pour vous une déception ?

Il y a une réactivité globale insuffisante... Le mouvement HLM est confronté à des problèmes internes et sans doute de structures. De plus, il s'interroge sur son devenir. J'ai bien perçu, lors de mes relations avec lui, qu'il était très difficile de faire passer des messages forts et de susciter chez tous un réel enthousiasme. Or, je crois personnellement que l'enthousiasme est nécessaire, dès lors qu'on est acteur du logement social. En plus de la gestion de son organisme, de l'intérêt de la construction, il y a toute la satisfaction de résoudre socialement des problèmes vitaux : c'est un magnifique métier ! Il m'arrive de penser que pour certains il y a une flamme à ranimer...

Cela tient-il à une crise de vocation des HLM ? A un changement des besoins ? Vous-même, vous avez beaucoup évolué sur ce sujet du logement social...

Au cours de ces quatre ans, j'ai mis en oeuvre plusieurs approches mais qui, toutes, ont eu les mêmes finalités : conduire de pair des actions s'inscrivant dans un objectif de mixité sociale et satisfaisant à l'exigence du droit au logement pour tous, y compris pour les plus démunis. Souvent, j'ai senti des acteurs du secteur HLM plus acquis à une logique de facturation des services rendus, qu'à une démarche de solidarité et de péréquation. Il faut agir avec autant de conviction pour créer des logements d'intégration que pour faire du locatif social ou du locatif intermédiaire.

Evidemment, il y a des organismes exemplaires. Maintenant que les moyens sont réunis pour surmonter tous les obstacles - je pense au dernier qui permet à la Caisse de garantie (CGLS) de financer gratuitement la garantie des PLA intégration -, on devrait voir tous les organismes HLM développer un patrimoine diffus, éventuellement donné en gestion à une association. Et cela avec des acquisitions pertinentes pour diversifier les quartiers socialement trop homogènes. Avec cette garantie nationale, les organismes HLM n'ont plus à subordonner leurs opérations sur l'existant à un accord préalable de qui que ce soit, fût-ce d'un élu ! Ils sont devenus acquéreurs immobiliers de droit commun... Qu'ils le soient !

A quel point estimez-vous que les besoins en logements d'intégration sont satisfaits ?

Nous avons proposé à l'Union et aux grands réseaux associatifs d'élaborer ce qui serait un tableau de bord du mal logement. Il faut que notre pays se donne les moyens concrets de réduire les listes de personnes et ménages recensés dans les « plans départementaux d'action pour le logement des plus défavorisés ». Cela doit être l'objectif de chaque préfet d'inciter vigoureusement les organismes à profiter de financements exceptionnels pour produire du logement d'intégration qui, seul, peut permettre de réduire cette demande en souffrance. Le numéro unique départemental d'enregistrement va permettre de déceler les cas. On va pouvoir croiser les données. Le moment est venu où la mise en oeuvre globale de tous les dispositifs, la mobilisation de tous les moyens financiers, la levée de tous les obstacles va rendre injustifiable le statu quo.

Vous comptez sur votre successeur pour porter le fer... Etait-il utile de changer de ministre pour faire évoluer la situation ?

A force de m'entendre... peut-être qu'une tonalité plus neuve sera plus audible... Mais les dernières circulaires de programmation sont extrêmement claires sur la fermeté de la détermination. Je viens encore de signer une circulaire aux préfets pour qu'on aille vers un rajeunissement, une féminisation et une présence des acteurs du droit au logement, dans les nouveaux conseils d'administration des organismes d'HLM. Ce renouveau chez les administrateurs peut aider au succès des « contrats de relance de la production » qui vont pouvoir se mettre en place.

Quelles leçons tirez-vous des élections municipales ?

Je suis maire d'une ville où les quartiers populaires se sont plus abstenus que d'habitude, mais où ils sont restés fidèles dans leur choix majoritaire. Mon équipe a été réélue. Il n'y a pas eu sanction, grâce à des avancées lisibles dans le domaine du logement. Je pense, dans ces quartiers, à l'oxygène qui a été donné aux organismes d'HLM. Certains en ont fait bon usage, par exemple en remettant en fonction des gardiens. Le fait qu'il y ait eu suppression du droit au bail, revalorisation et réforme des allocations logement, le tout dans un contexte de stabilisation des loyers... Dans ces quartiers, même si les choses ne sont pas aussi claires dans la tête des habitants, on a senti que des choses ont bougé et qu'il y a moins de sentiment d'abandon. Mais je suis frappé de l'extrême difficulté d'appropriation par les habitants de ce qu'on appelle la politique de la ville. Cette difficulté tient sans doute à une affaire de méthode : l'Etat a beaucoup joué une interministérialité qui n'est pas de synthèse mais une addition de services. Et donc, plus il y a interministérialité, plus il y a pléthore de représentants d'administrations diverses ; et, plus il y a pléthore d'administrations diverses, moins il y a de place pour les habitants. Il faut trouver un nouveau mode de pilotage.

C'est vieux comme la politique de la ville... Comment y remédier ?

Il faut un lieu où se retrouvent les habitants et leurs représentants. Il faut impérativement qu'on en arrive, par exemple, à une assemblée élue de quartier. Avec discussion de la part du budget qui va à chaque quartier. Il ne faut plus, dans certains quartiers, cette irruption massive de tiers dont la compétence et la bonne volonté ne sont pas en cause mais qui n'ont pas la légitimité du suffrage universel et qui, sans le vouloir, se substituent de fait aux habitants. Cette substitution empêche l'appropriation par les habitants et crée un malaise.

C'est un des défis à relever par le projet de loi qui va venir en discussion au Conseil des ministres au printemps, et sera sans doute débattu au Parlement avant la fin de l'année : le projet de loi sur le développement de la démocratie locale, de la démocratie de proximité.

Le débat sur la sécurité a pesé très lourd... Comment voyez-vous les choses ?

Il faut sans doute revoir la répartition des compétences. Pas tellement dans le sens d'un empiètement de la collectivité locale sur l'Etat, mais dans le sens d'une meilleure articulation et d'une plus grande lisibilité.

Aujourd'hui, dans la ville, il est anachronique que la prévention relève du conseil général, trop éloigné du terrain. De plus, les horaires de travail sont à revoir. Il faut que les personnels soient prioritairement là le soir, de 17 heures à deux heures du matin, quand c'est nécessaire. Il y a sans doute des problèmes de statut, de compensations à trouver..., il faut en débattre.

Autre chose : il y a les confusions faites dans le grand public entre la police municipale et la Police nationale. C'est très difficile pour un citoyen de faire la différence entre deux hommes en tenue et il serait bon que les dénominations de forces n'ayant pas les mêmes rôles soient davantage différenciées. Un adjectif n'y suffit pas ! Et puis, il y a le rajeunissement de la délinquance, qui est très lié à un affaissement de la responsabilité parentale. Si les problèmes se posent à un âge plus précoce, il faut des réponses pour cet âge-là. Il faut que les dispositifs s'adaptent sans doute, pas dans le sens d'une réponse pénitentiaire adulte, mais dans celui d'une réponse d'éthique éducative. Et il faut que ce soit pour les cas graves une réponse instantanée. Il ne peut y avoir de délai entre les faits et leur prise en compte, sinon plus personne ne croit en la capacité collective de la société à prendre en considération les problèmes auxquels elle est confrontée. Dernièrement, un jeune de 16 ans a blessé par coups de couteaux. Il aurait pu tuer. Personne ne peut comprendre qu'il ait été libre deux heures plus tard...

Souhaitez-vous un très grand ministère de la Ville interministériel ?

Je crois surtout au nécessaire développement des responsabilités directes du terrain. Il faut que, localement, les choses bougent... Il y a aujourd'hui beaucoup de moyens. Je pense que l'on est loin de s'être donné les conditions de leur complémentarité, de leur articulation les plus efficaces. La démocratie urbaine est largement à inventer. En termes de visibilité, ce n'est pas vrai que nos concitoyens peuvent s'y retrouver... Ce n'est pas de la démagogie : il faut que les habitants s'organisent, qu'ils retrouvent dans l'investissement associatif une voie de citoyenneté. Pour y aider, conquérir au niveau du quartier, de la ville et de l'agglomération de nouveaux espaces de démocratie est une nécessité... car avec la démocratie, c'est la responsabilité et l'harmonie sociale qui progressent !

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Avec Françoise Vaysse et Rémi Cambau, du « Moniteur », un tour d'horizon des problèmes urbains, des avancées et des manques pour un ministre qui retourne sur le terrain.

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