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Lot et Dordogne deux grands fleuves en chantier

jean-marie constans |  le 28/07/2000  |  EnvironnementMaîtrise d'ouvrageAménagementTransportsLot

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L'Aquitaine, Midi-Pyrénées, le Languedoc-Roussillon et l'Auvergne se mobilisent autour de leurs fleuves. Aujourd'hui, environ 168 millions d'euros vont permettre de continuer l'aménagement de la vallée du Lot. Parallèlement, «Voies bleues, voies vertes», un plan d'action pour les loisirs nautiques et les chemins de randonnée sur la Dordogne, a été finalisé.

On avait craint l'enlisement du projet. C'est à sa relance qu'on assiste. Aujourd'hui, environ 168 millions d'euros (1,1 milliard de francs) sont inscrits dans les contrats Etat-régions pour l'aménagement de la vallée du Lot. Parallèlement, « Voies bleues, voies vertes », un plan d'action pour les loisirs nautiques et les chemins de randonnée sur la Dordogne, a été finalisé par les mêmes régions et six départements. Le Grand Sud-Ouest retrouve ses fleuves.

Quatre régions et cinq départements au chevet du Lot

En janvier 1995 était annoncé en fanfare le lancement du programme interrégional d'aménagement de la vallée du Lot. En perspective, la remise en navigabilité de la rivière avec un ensemble d'aménagements périphériques. 800 millions de francs devaient être ainsi engagés sur cinq ans, financés à plus de 50 % par l'Etat via le Fonds d'aménagement du territoire (FNADT) et le Fonds d'investissement des transports terrestres et des voies navigables (FFITVN).

Une opération exceptionnelle par son ampleur financière, mais aussi par la diversité des collectivités concernées : quatre régions, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Auvergne, et cinq départements, le Lot, le Lot-et-Garonne, l'Aveyron, le Cantal et la Lozère, réunis dans l'Entente interdépartementale du bassin du Lot. Un projet qui devait avoir valeur d'exemple en matière de politique d'aménagement du territoire dans une logique interrégionale. Aujourd'hui, le bilan demeure à l'évidence mitigé.

Sur l'ensemble de la période 1995-1999, 66 % de la capacité totale d'investissement a fait l'objet d'une programmation, et 36 % seulement, soit environ 287 millions, a été engagée formellement, dont 51 % pour les infrastructures routières, 32 % pour les infrastructures fluviales, aménagements d'écluses, de ports ou de haltes nautiques, et 54 % pour l'accompagnement économique.

Quelque cinquante kilomètres sont actuellement ouverts à la navigation dans la traversée du Lot-et-Garonne, et soixante-cinq kilomètres dans le Lot. Mais l'essentiel des travaux avaient, en l'occurrence, été réalisé avantl'intervention du programme.

Après les aménagements des ports de Cahors et de Douelle, dans le Lot, et de Castelmoron, en Lot-et-Garonne, la seule opération d'envergure en cours concerne le port et le franchissement d'un barrage hydroélectrique à Villeneuve-sur-Lot.

Après une longue phase d'atermoiement et après l'élection d'un nouveau président, Bernard Charles, député-maire de Cahors, qui succède à l'Aveyronnais Pierre Riom, un élan nouveau devrait être donné à ce vaste projet, lié notamment à son inscription dans le volet interrégional des contrats Etat-régions. Les investissements nécessaires à la poursuite du programme d'aménagement ont, dans ce cadre, été évalués à environ 1,1 milliard de francs. 178 millions devraient être ainsi consacrés à la protection de l'environnement, 405 millions de francs à l'accompagnement économique, et 580 millions aux infrastructures fluviales, dont 380 millions pour la poursuite des travaux de remise en navigabilité et 40 millions pour l'aménagement de ports et haltes nautiques sur les cinq départements. Un financement complémentaire de 150 millions de francs pourrait, par ailleurs, être consacré au franchissement des barrages de Luzech et de Cajarc. Des opérations majeures qui impliquent diverses hypothèses en cours d'étude : soit l'aménagement d'un chenal et d'une écluse dans des ouvrages à vocation hydroélectique à l'exemple des travaux actuellement en cours à Villeneuve-sur-Lot, soit la réalisation d'un canal ou d'un tunnel qui couperait le méandre décrit par la rivière.

A ces investissements consacrés à la remise en navigabilité au sens strict, il convient d'ajouter les interventions prévues dans le cadre du programme territorial de l'agence de bassin Adour-Garonne. 40 millions de francs de crédits sont réservés à ce titre au bassin du Lot, qui s'ajoutent aux 114 millions de francs d'aides normales prévues par l'agence dans le cadre de son VIIe programme, pour des actions concernant la lutte contre la pollution de l'eau, la restauration des berges et des milieux aquatiques, mais aussi une assistance à la gestion de l'eau à travers notamment la mise en place d'un observatoire.

« Le navire est aujourd'hui prêt à appareiller », indique Claude Berry, directeur de l'Entente interdépartementale. Un nouveau départ qui n'attend plus désormais que la signature - «qui ne saurait tarder», précise Bernard Charles -, de la convention interrégionale d'application des contrats de Plan.

Six départements et quatre régions fédérés autour de la Dordogne

Affluent comme le Lot de la Garonne, la Dordogne fait également l'objet d'un projet d'aménagement à l'échelle d'un bassin couvrant six départements, le Puy-de-Dôme, le Cantal, la Corrèze, le Lot, la Dordogne, la Gironde, et quatre régions, Auvergne, Limousin, Aquitaine et Midi-Pyrénées. Un programme élaboré sous la coordination d'Epidor (Etablissement public interdépartemental de la Dordogne), présidé par Bernard Cazeau, président du conseil général de Dordogne. A l'origine de la démarche, début 1992, le sommet « vallée Dordogne » de Bergerac qui donne lieu à l'élaboration d'une charte, véritable document-cadre, permettant de définir les principaux axes d'un aménagement concerté. Si elle s'inscrit dans une même volonté de mise en valeur, la démarche d'aménagement de la vallée de la Dordogne se différencie du programme «vallée du Lot», tant dans son organisation que dans son contenu.

Le faible niveau de l'eau en période d'étiage interdisant la navigation touristique, à l'exception de sa partie la plus en aval, la remise en navigabilité ne peut ici constituer un objectif réel, malgré la mise en service de quelques gabares pour la promenade sur des sections limitées. « Nous sommes partis d'une analyse des problèmes liés à des usages différenciés dans une perspective de gestion globale, affirme Guy Pustelnik, directeur d'Epidor. Nous n'avons pas voulu privilégier une activité particulière. La recherche des financements n'intervient que dans un deuxième temps, suivant les besoins définis. »

Une approche formalisée dans le cadre du projet « Vision 2000 », également inscrit dans le volet interrégional des contrats de Plan. Elément essentiel, le programme « Voies bleues, voies vertes », avec une prévision d'investissements de 150 millions de francs, destinés à l'organisation des loisirs nautiques (canoë-kayak, voile, baignade), et des activités de randonnée et de découverte le long des cours d'eau. 60 millions seront consacrés à la ressource en eau et à la prévention des risques naturels, avec, par exemple, un plan de gestion d'étiage et un schéma de gestion des déchets flottants, 40 millions pour la protection et la sauvegarde des milieux naturels et des espèces animales et 30 millions de francs pour favoriser les initiatives et la mobilisation des acteurs et développer les missions de l'observatoire de bassin. « Nous intervenons essentiellement de manière homéopathique, sur un ensemble de petites opérations. », souligne Guy Pustelnik. Deux projets d'envergure sont cependant en cours d'étude : la création d'une rivière artificielle à Mauzac, destinée à un parcours sportif en eaux vives, évaluée à 30 millions de francs et la réhabilitation et la réouverture éventuelle du canal de Lalinde.

Autre projet en gestation dans le bassin de la Dordogne, celui de l'aménagement d'un de ses principaux affluents, l'Isle, seule rivière du bassin à pouvoir justifier d'une remise en navigabilité sur une centaine de kilomètres, de son confluent jusqu'à Périgueux. Un projet porté par le syndicat intercommunal du Bassin de l'Isle, présidé par Max Ley, maire de Saint-Martial-d'Artenset. 25 millions de francs ont déjà été investis à cet effet depuis 1995, financés à 80 % par les collectivités territoriales, l'agence de l'eau, l'Etat et l'Europe.

Prochaine étape, la création, à l'horizon 2001, d'un « super syndicat mixte » qui regrouperait l'homologue du syndicat de l'lsle sur son cours dans le département de la Gironde, la communauté d'agglomération de Périgueux et le syndicat de l'Isle amont. « Nous devons travailler de manière cohérente pour jouer la carte d'un développement touristique appuyé sur la valorisation d'une rivière qui était autrefois canalisée », souligne Max Ley. Prêchant par l'exemple, la commune de Saint-Martial-d'Artenset a déjà aménagé une dizaine de kilomètres de rivière, remis en état une écluse et investi 5 millions de francs dans l'achat d'un ancien moulin et d'une gabare affrétée par ses soins qui a déjà accueilli 8000 passagers en 1999. Un chiffre qui témoigne de l'attractivité du projet et laisse bien augurer de l'avenir.

PHOTOS :

L'aménagement de la vallée du Lot concerne cinq départements, le Lot, le Lot-et-Garonne, l'Aveyron, le Cantal et la Lozère. Ici la basse vallée du Lot.

Après l'aménagement du port de Cahors (ci-dessus, les abords), de Douelle et de Castelmoron, celui de Villeneuve (ci-dessous).

Le programme « Voies bleues, voies vertes » prévoit loisirs nautiques et activités de randonnée et de découverte le long de la Dordogne. Ici, la Roque-Gageac.

Le sommet « Vallée Dordogne » a permis de définir les principaux axes d'un aménagement concerté. Ici, Beaulieu.

«Une volonté de relancer le programme» BERNARD CHARLES, député-maire de Cahors, président de l'Entente interdépartementale du bassin du Lot

Qu'est-ce qui explique le relatif retard pris dans le programme de remise en navigabilité du Lot ?

Au-delà de la difficulté spécifique liée à la mise en oeuvre d'une démarche cohérente sur un programme qui réunit neuf collectivités territoriales, le problème est d'ordre largement financier. Il fallait avoir l'assurance de pouvoir répondre à des besoins d'investissement évalués à plus de 1 milliard de francs, avec un cofinancement assuré de la part de l'Etat. C'est désormais une chose acquise dans le cadre des contrats de Plan. Nous avons désormais les moyens et la ferme volonté de faire avancer le programme. La prochaine étape concerne la signature de la convention du volet interrégional du contrat de Plan. Aujourd'hui, les obstacles qui demeuraient sont pratiquement levés. Nous avons obtenu l'accord de principe des régions Languedoc-Roussillon et Auvergne, et j'ai bon espoir de signer la convention dans le courant de l'été. La remise en navigabilité sur l'ensemble du cours du Lot devrait être effective d'ici à 2006. Nous sommes par ailleurs en discussion avec VNF et le ministère des Transports pour obtenir un reclassement de la rivière, si possible dans les deux ans. Nous allons parallèlement lancer une vaste opération de promotion au niveau international, avec l'appui logistique d'EDF.

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VILLENEUVE-SUR-LOT : La reconquête de la rivière

Une vaste opération d'aménagement est en cours à Villeneuve-sur-Lot, liée à la remise en navigabilité, mais aussi à la mise en valeur de la rivière dans sa traversée de la ville. Un projet en plusieurs phases, conçu par le cabinet d'architecture villeneuvois Brichet-Marès, sous maîtrise d'ouvrage de la Ville, qui prévoit après la mise en valeur de la « cale de la marine », à l'entrée aval, la réalisation, courant 2001, du « port de Gajac », avec la création d'un quai et d'un appontement pour quatorze house-boats, d'une capitainerie, d'équipements d'accueil pour les plaisanciers, ainsi que des liaisons avec la partie haute de la ville et des aménagements paysagers. Une troisième phase concernera à l'horizon 2003 l'aménagement de la rive opposé. Un investissement estimé à environ 30 millions de francs TTC. Parallèlement, sont en cours la construction d'un chenal et d'une écluse permettant le franchissement d'un ouvrage hydroélectrique (notre photo), avec un dénivelé de 13 mètres, en amont du futur port. Un chantier réalisé sous maîtrise d'ouvrage du Département et maîtrise d'oeuvre du Centre d'ingénierie hydraulique d'EDF, pour un coût d'environ 80 millions de francs TTC.

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«Des sites qui marient la terrre et l'eau» FREDERIC ZIRK, architecte-urbaniste

Associé à Yves Faup, Frédéric Zirk, architecte-urbaniste à Toulouse, possède une bonne expérience des projets concernant l'aménagement de sites aquatiques. Sur sa table à dessins, aujourd'hui, un projet de création d'un petit port à Creysse, sur la Dordogne, mais aussi la poursuite d'un aménagement urbain à Périgueux, intégrant les berges de l'Isle. « L'intérêt mais aussi la complexité de ces projets sont liés au fait qu'ils intègrent simultanément des questions qui relèvent à la fois de l'architecture au sens strict, de l'urbanisme, de l'aménagement paysager, avec des problèmes techniques parfois relativement pointus. Il faut savoir gérer la transition entre deux milieux, aquatique et terrestre, en répondant à la fois aux besoins d'usagers navigant sur la rivière, mais aussi à une approche de celle-ci depuis la terre. La réalisation d'une halte nautique, par exemple, implique souvent de prendre en compte la restructuration d'un plan de circulation. Nos interventions peuvent aller jusqu'à l'étude d'un mobilier urbain, comme à Périgueux, qui s'intègre à l'esthétique générale du projet, mais qui soit aussi capable de résister aux éventuelles crues de la rivière. »

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GARRIGOU SA : De l'extraction de granulats à la protection des berges

Basée à Groléjac, sur les rives mêmes de la Dordogne, l'entreprise Garrigou SA (une quarantaine de salariés pour un chiffre d'affaires de 21 millions de francs) était à l'origine spécialisée dans l'extraction de granulats en rivière.

« La prise en compte des questions environnementales a fortement limité cette activité », explique Patrice Garrigou, P-DG de l'entreprise. « Nous avons été amenés à diversifier nos interventions tout en valorisant notre savoir-faire en matière de travaux aquatiques. »

Une démarche qui implique la prise en charge de chantiers tels que la protection des berges, avec des techniques d'enrochements, d'installations de structures constituées de pieux en bois permettant une revégétalisation, ou de transferts de graviers liés au curetage d'îles formées artificiellement pour restaurer des berges érodées. Des travaux réalisés sous maîtrise d'ouvrage de collectivités locales, de la DDE, etc. « Des réalisations qui doivent obéir à une préoccupation d'esthétique et d'aménagement paysager, tout en assurant une bonne pérennité », souligne Patrice Garrigou.

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