Loin d’agoniser, le potager du roi construit sa résilience
Romain Bouquet, paysagiste et enseignant (à gauche) et Antoine Jacobsohn, directeur du potager du roi, présentent les métamorphoses en cours, le 16 octobre. - © Laurent Miguet

Loin d’agoniser, le potager du roi construit sa résilience

Laurent Miguet |  le 17/10/2019  |  Paysagistes concepteursversaillesYvelinesJardins

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Touchés au cœur par la frappe médiatique envoyée le 4 octobre depuis les colonnes du Figaro, les neuf jardiniers du Potager du roi suivent la voie étroite tracée par l’Ecole du paysage de Versailles, gestionnaire du site : la quête du juste équilibre entre production, formation et expérimentation, au service d’une nouvelle forme de résilience urbaine.

Côté ville, la terre du futur pré verger du potager du roi se repose, pour mieux accueillir les plantations programmées en 2020 dans le projet dessiné par Romain Boquet, enseignant à l’école du paysage de Versailles spécialisé en Génie jardinier. Bientôt, des trognes en ceintureront l’enceinte.

Fake news

Illustration de la capacité des paysagistes à combiner mémoire et vision d’avenir, la métamorphose annoncée s’accorde difficilement avec le titre de l’article paru le 4 octobre dans Le Figaro : « La lente agonie du Potager du roi ».
Côté château, la vocation événementielle du potager s’affirme, entre l’hôtel de La Quintinie et le pavillon des Suisses rénové en début d’année par Alexandre Chemetoff.
Entre ville et château, la production et les expérimentations s’adaptent aux rythmes des plantes, aux financements publics et privés ainsi qu’au ressenti des jardiniers : « On aime bien prolonger les sujets les plus vénérables, qui remontent aux années 1880 », confie Antoine Jacobsohn, directeur du potager du roi.

Etat critique


Ces témoins de l’âge romantique s’accrochent encore pour quelque temps à leurs armatures d’origine : le potager compte 49 lignes historiques en voie de remplacement à l’identique, pour un coût unitaire de 15 000 euros requis par les formes et les savoir-faire exigés par la conservation du monument historique classé depuis 1926.


Mais le cœur productif du château présente aussi les symptômes les plus visibles du constat dressé entre 2015 et 2017 par l’architecte en chef des Monuments historiques : un « état de conservation critique » justifiant l’engagement d’un programme de 17 à 19 millions d’euros de travaux.

Sa mise en œuvre a priorisé le bâti, pour les 4,6 premiers millions engagés à ce jour, dont près de 20 % apporté par le mécénat. Le jardin a déjà bénéficié de 200 000 euros, en attendant l’engagement d’1,5 million en 2020, dans le cadre du contrat de plan.

Production, instruction, expérimentation

L’école espère présenter son plan de gestion au printemps 2020 à la section Parcs et jardins de la commission nationale de l’architecture et du patrimoine. « Nous défendons la valeur patrimoniale du site autour de trois idées : la production, l’instruction et l’expérimentation », résume Vincent Piveteau, directeur de l’école.

piveteau
piveteau - © laurent miguet

Vincent Piveteau (au centre), directeur de l'école du paysage, présente le plan de gestion du potager du roi, entouré par Chiara Santini, enseignante chercheure, et Antoine Jacoboshn, directeur du site.

Les métamorphoses respectent le dessin original du carré, tout comme l’esprit de la gestion mise au service de la formation par le ministère de l’Agriculture, depuis la IIIème République.

Au détour d’une allée aux bordures redessinées par le paillage clair des copeaux de miscanthus, la fente centrale d’un mur partiellement écroulé depuis 2015 trahit les ravages de l’eau, emprisonnée par un enduit au ciment. Avant la reconstruction de l’ouvrage programmée à partir de janvier, l’image fournit une illustration idéale pour accréditer la thèse de l’agonie.

Courbe des arbres

S’agissant des arbres, l’analyse du temps long contredit le tableau noir dressé par le Figaro : les gestionnaires du jardin en dénombrent 3800, soit cinq fois plus qu’en 1995, 1,5 à deux fois plus qu’à l’époque de La Quintinie, créateur du potager au XVIIème siècle, et quatre fois moins qu’aux périodes les plus fastes de la collection. « Les arbres, ici, meurent comme nous : de vieillesse, et non pas faute de soin », soupire Vincent Piveteau, directeur de l’école, alors qu’en sous-titre, l’article du Figaro déplore la disparition de plus de la moitié des arbres en 10 ans.

Défaut de professionnalisme ? Impact funeste de l’abandon des produits phytosanitaires que le gestionnaire aurait décidé sur un « coût de tête » ? Pire que l’interprétation des courbes quantitatives des arbres, les contresens sur l’histoire et les évolutions en cours blessent l’équipe pédagogique de l’école et les jardiniers du potager.

Contre espaliers en question

Imposé par la loi Labbé, l’abandon des traitements phytosanitaires a enclenché une nouvelle dynamique de sélection variétale et d’entretien : inconnus à l’époque de La Quintinie, les contre espaliers doivent-ils encore s’imposer, après les chocs thermiques des derniers étés brûlants ? « Nous pensons revenir aux plantations en milieu de parcelle, et mettre fin à la séparation entre ligneux et herbacées, héritage du XIXème siècle », répond Antoine Jacobsohn.


« Peut-on parler des arbres sans parler du reste ? Nous avons changé de vision, pour reconstruire la résilience autrement », tranche Vincent Piveteau. Les recherches en cours visent à répondre aux besoins contemporains qui associent la production nourricière, la protection contre les îlots de chaleur et l’agrément du public.

Reconnaissance

Déterminés à refléter les enjeux d’aujourd’hui conformément à la vocation du potager depuis ses origines, les gestionnaires se heurtent à une vision plus fixiste de la conservation du patrimoine : dans un livre blanc qui a contribué à inspirer l’article du Figaro, l’association des amis du Potager du roi prône un changement de gouvernance, pour donner à la gestion du site "une certaine autonomie", selon son président Michel Schlosser. Un projet évalué autour de 6,5 millions d’euros provoquerait son ré-enchantement, à l’issue d’un concours international.


Avec plus de 50 000 visiteurs en 2019 contre 47 000 en 2018, le public répond à l’élan de l’école. A l’échelle mondiale, la profession reconnaît, elle aussi, le message porté par les gestionnaires du site construit avec les remblais du chantier du château de Versailles : président de l’association internationale des architectes paysagistes, l’Australien James Hayter a récemment confirmé le potager du roi, sur le logo de l’association.

Commentaires

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marco

18/10/2019 13h:04

Merci pour cet article, Je pense cependant que vous vous trompez quand vous dites qu'il y a 5 fois plus d'arbres qu'en 1995. S'il y en avait 760 en 1995 (3800 denombrés maintenant divisés par 5) et donc 3800 aujourd'hui, l'immense majorité des arbres serait jeune (-24 ans). Il n'y aurait donc pas de problèmes d'arbres qui meurent.

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