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Les villes au cœur des politiques énergétiques

Florent Detroy |  le 22/08/2011  |  InternationalEurope

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Dans le cadre d’un feuilleton de cinq épisodes sur les villes durables, le BIP (Bulletin de l'Industrie Pétrolière) introduit dans son premier volet les grands défis que pose l’urbanisation. Alors que désormais plus de 50% de l’humanité vit en ville, les territoires urbains, déjà responsables des deux tiers de la consommation énergétique mondiale, sont devenus des acteurs à part entière. Leur principal défi sera de réussir à concilier modernité et faible emprunte carbone.

Près de 50% de l’humanité vit actuellement dans une ville. En 2030, la proportion sera de 60%. Or l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) estime que les territoires urbains contribuent déjà pour plus des deux tiers à la consommation mondiale d’énergie, et pour plus de 70% aux émissions globales de carbone. Avec la poursuite de l’urbanisation de la population mondiale, les villes  consommeront ainsi 73% de l’énergie dans le monde en 2030.

Cette accélération dramatique du rythme d’urbanisation a poussé les collectivités du monde entier à s’emparer de la problématique énergétique et environnementale. La ville post-carbone devra ainsi être capable d’associer les services attachés à la modernité tout en assurant une faible empreinte écologique .

Un lien fort entre villes et consommation énergétique

L’absence de prise en compte de la problématique énergétique et climatique a provoqué ou accentué une dispersion des centralités et un étalement urbain sans précédent. Pendant que la population augmentait de 3% sur la décennie 1990-1999, la tache urbaine a crû de 10% sous l’effet de l’augmentation du nombre de déplacements et de l’allongement des distances à parcourir. Or seuls les modes de transports motorisés ont pu jusque-là répondre à cette nouvelle demande, faisant grimper en flèche la consommation énergétique et les émissions des villes.

Ainsi, selon la Banque Mondiale, l’augmentation de 150% de la population urbaine dans le monde entre 1990 et 2025 devrait se traduire par un quadruplement de la consommation totale d’énergie. Cette tendance a également un impact majeur sur les émissions de CO2. Benoit Lefevre, en charge du programme urbanisme à l’IDDRI, rappelle pour notre confrère, le BIP, qu’ «il y a 3 grands secteurs émetteurs (de CO2) : l’industrie, l’agriculture et la forêt, et les territoires urbains» . Au sein de ces territoires, le secteur de la construction produit à lui seul 50% des émissions. Les villes sont donc un acteur naturel dans les projets de réduction de la consommation d’énergie et des émissions de CO2, et par conséquent dans l’instauration à terme de sociétés post-carbones.

Le principal atout de la ville est sa capacité à agir sur de grands postes d’économies potentielles, comme le chauffage ou le transport. Surtout, l’ONERC, l’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique, souligne la nécessité d’agir sur tous les secteurs consommateurs et émetteurs de la ville lorsqu’il rappelle que les villes sont «des systèmes très intégrés, dans lesquels les différents réseaux (d’eau, d’électricité, de transport), le tissu et les séparations sociales, sont imbriqués et fonctionnent ensemble». Les performances des collectivités seront donc déterminées avant tout par leur capacité à «assembler» des actions dans différents secteurs.

Les gouvernements prennent conscience de l’importance de la ville

Les premiers engagements des villes en faveur de la réduction de la consommation d’énergie et de l’environnement datent du sommet de la Terre en 1992 à Rio, lorsque 173 chefs d’États souscrivent à un ensemble d’engagements appelés «Agenda 21». Cet agenda donne la responsabilité aux collectivités territoriales d’appliquer des mesures de développement durable dans un certain nombre de domaines, du logement à la gestion des ressources. C’est la première fois que l’on voit reconnaître la légitimité du terrain face à ces problématiques. Dès lors, les villes vont peu à peu prendre conscience de leur légitimité à intervenir au sein de la gouvernance des questions énergétiques et climatiques, ce qui va les amener à s’organiser en réseaux.

Pour Benoit Lefevre,« les lobbys des villes ont déjà commencé à bien se structurer entre eux, notamment autour des deux réseaux les plus importants, CGLU et ICLEI. A Copenhague, ils ont fait un lobby énorme, en rencontrant l’ensemble des délégations. Au Mexique, ils ont réussi un énorme coup avec le Pacte de Mexico. Les villes ont réussi à obtenir une vraie reconnaissance politique. Aujourd’hui, il faut qu’elles travaillent sur l’élaboration de propositions techniques qui permettent de mettre sur la table des négociations des propositions qui soient des solutions et non de nouveaux problèmes».

Au plan européen, c’est l’adoption du Paquet Energie Climat en 2008 qui a été l’occasion pour les réseaux de villes d’entrer en scène. Quelques jours après l’adoption du Paquet, 350 maires, fédérés par l’initiative de la Convention des maires, se sont engagés devant le Parlement européen à atteindre les objectifs des trois fois 20, fixés par le Paquet, et même à les dépasser de façon libre et volontaire.
Aujourd’hui, la Convention réunit 1 600 maires, et s’est imposée comme un acteur et un interlocuteur majeurs en Europe. Il faut noter que la plus grande place du local dans la gouvernance européenne a été vivement soutenue par la Commission Européenne. GérardMagnin rappelle que «le commissaire européen à l’Énergie précédent, Andris Piebalgs, était très impliqué au niveau local. C’est d’ailleurs grâce à son action au sein de la DG Energie que l’idée de la Convention des maires est née, en 2007 ».
Le commissaire actuel s’inscrit dans les pas de son prédécesseur. En juin 2011, Günther Oettinger a rappelé que «les villes sont essentielles pour développer une économie bas-carbone pour 2050».

Les pays émergents feront les villes de demain

Les taux d’urbanisation des pays développés oscillent entre 70 et 82% et ne devraient pas beaucoup évoluer dans les années à venir, alors que certains pays ont déjà atteint leur limite. C’est le cas notamment de la Belgique, de l’Islande ou encore d’Israël, qui connaissent des taux d’urbanisation au-dessus des 90%.
Si ces pays développent actuellement les outils pour réduire leur consommation, les pays en développement doivent faire face à une autre problématique, le contrôle de leur urbanisation éclair.
Si Londres est passé de 1 à 8 millions d’habitants en 130 ans, il n’aura fallu à Dakar que 45 ans et 25 ans à Séoul, selon les chiffres de l’UN-HABITAT.
Sur les 40 prochaines années, c’est l’Afrique et surtout l’Asie qui connaîtront la croissance urbaine la plus abrupte. De respectivement 40% et 42% de taux d’urbanisation en 2010, l’Afrique et l’Asie devraient passer à respectivement 62% et 65% d’ici à 2050. Cet exode rural impliquera la construction de 7 Chicago par an pour accueillir ces nouveaux venus.

Au total, les villes compteront plus de 2 milliards d’habitants en plus d’ici à 2050. Pratiquement tous les pays sur la terre afficheront un taux urbanisation supérieur à 50%. Parmi ces nouveaux arrivants, 30 de ces pays seront africains, et 17 asiatiques. C’est dire l’importance de la ville dans les 40 ans à venir. Le nombre de villes «géantes», c’est à dire de plus de 10 millions d’habitants, passera notamment de 21 à 29 en 15 ans. Sur ces nouvelles villes, 5 seront situées en Asie (Shenzhen, Chongqing, Guangzhou, Djakarta and Lahore). Symbole de cette évolution, la population urbaine chinoise devrait atteindre un milliard d’habitants en 2030.

Le cabinet d’études McKinsey anticipe également la naissance de dizaines de nouvelles villes de taille moyenne dans les pays émergents, à l’instar de Sharjah dans l’Union des Émirats Arabes ou Vadodara en Inde.

Un «pachyderme» trop lent à évoluer ?

La façon dont ces pays construisent actuellement leurs villes déterminera pour 100 à 150 ans la forme urbaine de ces pays, et par conséquent leur besoin énergétique. Déjà, l’AIE a calculé que la part des villes dans la consommation énergétique mondiale devrait passer de 67% en 2006 à 73% en 2030.

Devant la progression de leur consommation énergétique, les villes commencent à avoir entre les mains des outils de gestion de plus en plus efficaces.  Ils vont des règles d’urbanisme aux normes du bâti en passant par des engagements contraignants au sein de programmes multi-sectoriels. Pourtant, beaucoup de doutes subsistent encore sur l’efficacité d’un interventionnisme urbain.

Dans une étude sur la ville post-carbone en 2030-2050, publiée en 2009 par le ministère du développement durable, Jacques Theys, responsable de cette étude, reconnaissait que «la place des villes, et indirectement des collectivités locales, reste encore aujourd’hui très largement ouverte, car si chacun s’accorde sur leur poids déterminant dans la consommation d’énergie ou les émissions de gaz à effet de serre, il subsiste d’importantes controverses sur les marges de manoeuvre dont elles peuvent réellement disposer compte tenu, notamment, de l’importante inertie des systèmes urbains ». De manière plus prosaïque, Jean Thevenon, du Centre d’Etudes sur les Réseaux, les Transports, l’Urbanisme et les constructions publiques (CERTU) décrit cette même idée en confiant au BIP que « la ville reste un pachyderme qu’il est difficile de faire évoluer ».

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