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Les urbanistes redécouvrent la marche à pied
Les urbanistes redécouvrent la marche à pied - © © DR

Les urbanistes redécouvrent la marche à pied

Laurent Miguet du Bureau de Strasbourg |  le 18/10/2013  |  AménagementFormation BTPFrance entièreIsèreEurope

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La marche à pied a attiré 260 professionnels de la ville, le 17 octobre à Strasbourg. « Produit de crise » selon le paysagiste Alfred Peter, le plus ancien des modes doux cherche sa voie, entre réglementation et projets.

« Le colloque « Le piéton au cœur de la ville » intervient à une période charnière : la marche à pied retrouve sa place dans la ville, tout comme le vélo dans la décennie précédente », diagnostique Anne Estingoy-Bertrand, chef du département Voierie et espaces publics au Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu). Interface entre les collectivités et le ministère de l’Ecologie, cet organisme a co-organisé la rencontre initiée par la ville de Strasbourg, aux côtés du club des villes et territoires cyclables, du centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) et de l’association des ingénieurs territoriaux de France (AITF).

Strasbourg lance le mouvement

Le lieu du colloque ne doit rien au hasard : pionnière française en matière d’aménagement cyclable avec son plan vélo communautaire adopté dès les années 70, Strasbourg a engagé cet automne le chantier de sa « magistrale piétonne ». L’itinéraire de 2,5 km structure le plan piéton adopté à l’unanimité du conseil municipal en janvier 2012, à l’issue des études conduites par Roland Ribi & Associés (RRA) avec Stoa Architecture et PTV France. La capitale alsacienne et européenne espère rééditer l’effet d’entraînement et de rayonnement réussi, au cours des deux dernières décennies, avec le tram et le vélo.

Le mouvement a déjà commencé à l’échelle européenne, comme le démontrent les 11 villes engagées dans le projet « Active Access », présenté au colloque de Strasbourg par Brownen Thornton, directrice du développement du réseau Walk 21 : « Quand nous avons créé ce réseau en l’an 2000 à Londres, nous avions réuni 100 personnes. Aujourd’hui, vous êtes 260 à Strasbourg, tandis qu’une rencontre sur le même sujet réunit un nombre équivalent de personnes, aujourd’hui même à Séville », se réjouit-elle. Dans l’hexagone, Béziers, Grenoble et Bordeaux figurent parmi les pionniers du mouvement, selon le Certu.

Bordeaux relève le défi métropolitain

Avec un Monsieur Piéton communautaire – fonction exercée par Michel Berthoumieux – la capitale de l’Aquitaine présente un cas de figure différent de celui de Strasbourg, dont le plan piéton se développe dans les limites communales. « Parmi les 12 chantiers issus de notre projet Bordeaux 2030, la métropole du quart d’heure se caractérise par l’accessibilité de la totalité des services à pied ou à vélo, dans ce laps de temps », résume Clément Rossignol, vice-président de la communauté urbaine de Bordeaux chargé des déplacements doux et des mobilités alternatives. Autre différence notable : le plan piéton de Strasbourg systématise un minimum de 50 % de l’espace aux modes doux et actifs, dans les aménagements de voirie, alors que l’agglomération bordelaise refuse des règles trop rigides, et préfère contextualiser cette répartition en fonction des projets.

Cette différence d’approche renvoie à un autre débat, en toile de fond du colloque de Strasbourg : en des termes complémentaires, les architectes urbanistes Bernard Reichen (Reichen & Robert) et Thierry Ciccione (Stoa Architecture) dénoncent avec force une approche réglementaire de la ville piétonne. « L’urbanisme roi, c’est la mort du projet urbain. Sortons des modèles, même vertueux », proclame le premier, vent debout contre la séparation des flux, « école de méchanceté ». Allergique aux potelets y compris ceux auxquels il a dû consentir dans ses propres projets comme à Marseille, Thierry Ciccione se moque des villes cartes postale en vogue en Italie, où « le gel du patrimoine oblige l’activité à sortir de la ville par l’automobile ». L’architecte ne trouve pas de mots assez durs contre « la manie des préfixes et des suffixes » qui, à ses yeux, stérilisent les projets.

Malentendus

Cette allusion au débat sur la labellisation des éco-quartiers reposerait-elle sur un malentendu ? « Les critiques contre des formules standard ne sont pas totalement infondées, mais elles ne s’appliquent pas à un label défini avec souplesse et compatible avec une approche sensible », répond Christian Curé, directeur du Certu. Adepte, lui aussi, de la « marche plaisir », le représentant de l’entité du réseau scientifique et technique de l’Etat convient volontiers qu’on ne peut pas « tout découper en lanières ». Mais il n’insiste pas moins sur le rôle de l’urbanisme réglementaire dans la redécouverte de la marche à pied : « L’exemple de Strasbourg montre qu’une politique piétonne se révèle d’autant plus efficace qu’elle repose sur un plan de déplacement urbain volontariste ».

Peut-être Strasbourg montre-t-elle une voie pour sortir par le haut d’un débat entre architectes et ingénieurs ou entre réglementation et projet : « Quand nous avons redessiné un carrefour en partant du comportement des piétons pour y adapter ensuite les autres modes, cela a entraîné une profonde modification de l’ensemble de l’espace », témoigne Samuel Maillot, directeur pour la France du bureau d’études suisse RRA. Cet ingénieur de la marche à pied voit une autre vertu au développement de la ville piétonne : « Elle favorise la découverte de ce que l’on ne cherche pas ». La stimulation de la connaissance imprévue de l’autre – autrement dit de la sérendipité - expliquerait, selon lui, un phénomène analysé par le géographe Jacques Lévy : mieux on marche en ville, et moins on vote pour le Front national, a-t-il démontré en superposant les cartes des villes les plus ouvertes aux piétons et celle des dernières élections présidentielles. Une loi à méditer par tous les  candidats aux prochaines élections municipales !

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