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"Les trois hontes du saccage des Courtillières de Pantin" par Michel Bourdeau

Defawe Philippe |  le 10/10/2007  |  France ArchitectureProfessionnels

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L’opération en cours sur cette œuvre majeure de la reconstruction est une triple honte.

- Honte de la maîtrise d’ouvrage, et plus particulièrement de l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine
On le sait, depuis 5 ans l’ANRU dispose de tous les pouvoirs et de tous les moyens financiers pour détruire, maquiller et métamorphoser nos banlieues en villages de nains. L’enjeu est de faire oublier les véritables questions sociales qui ont miné progressivement ces territoires : abandon des services publics, concentration des sans-emploi, manque de professionnalisme des gestionnaires de ces lieux.
L’ANRU est un monstre froid, technocratique, chargé de faire du chiffre. Alors qu’il fallait y adjoindre de vrais architectes, des historiens de la ville et des philosophes, l’Etat, une fois de plus, a préféré offrir cet outil au corps amorphe des petits ingénieurs des DDE. Pantin est le signe le plus visible de toutes les destructions opérées par l’ANRU, jamais évaluées jusqu’à aujourd’hui.

- Honte pour la profession d’architecte
Notre confrère Emile AILLAUD s’était vigoureusement opposé aux principes de la Charte d’Athènes. Il détestait le fonctionnalisme et l’orthogonalité rigides de la préfabrication lourde décidée par l’Etat à partir des années 50. Influencé par les pays scandinaves, il dessine des intériorités qu’interdisent trop souvent les plan (masse) trop libres des modernes. Et c’est bien entendu cette typologie d’intériorité que l’ANRU et la municipalité socialiste (du quotidien…) décident de détruire. Par obsession d’un « espace ouvert retrouvé », en fait d’un espace panoptique qui permet de mieux contrôler et d’encaserner l’habitant soupçonné. Aucun architecte digne de ce nom, si insensible soit-il aux mouvements modernes du serpent, ne saurait cautionner le massacre d’une œuvre considérée comme essentielle du patrimoine du XXe siècle. Quant à la terre cuite orangée plaquée sur les façades du serpent (mauvaise manière faite au Maître PIANO lorsqu’il bâtit le petit chef d’œuvre de l’IRCAM en face du Centre Georges POMPIDOU), il faut faire terroir, dire matière dans le vide du projet, épaissir la surface quand toute la pensée moderne française rêve d’une humanité légère, pacifiée et oublieuse des parenthèses de Pétain et de Poujade.

- Honte pour le symbole qu’elle représente
La France va devenir rapidement un pays de propriétaires. C’est entendu. 500.000 logements à construire chaque année, dont les 2/3 de maisonnettes. Que leur maîtrise d’ouvrage soit privée ou publique, l’esthétique et l’idéologie sont les mêmes. Dans ce contexte pressé de fabriquer une croissance forcée et gaspilleuse de tous les paysages, n’est-il pas utile de protéger les symboles les plus optimistes, les plus progressistes de la belle architecture moderne, comme celle des édifices simples et élégants d’Emile AILLAUD ? Ce symbole détruit fait mal. Il nous redit que les architectes sont les valets d’une administration entretenue dans une inculture et une irresponsabilité chroniques. Mais "ils" cherchent la commande, sont paupérisés, sont prêts à répondre à toutes les injonctions…Cette phrase extraite du livre de Yoko OGAWA, "Le musée du silence" (Editions Actes Sud – 2003) pourrait être méditée par certains architectes : "Mon travail consiste à recueillir le plus possible de choses qui ont glissé hors du monde et à trouver leur valeur la plus significative compte tenu de la disharmonie qu’elles entraînent."
Michel Bourdeau, architecte (25/09/2007)

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