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Les travaux publics toujours au beau fixe

JEROME HERVE |  le 09/03/2001  |  SantéConjonctureEntreprisesCollectivités localesTechnique

Après deux années de croissance de 4,5% (1999) et 8% (2000) en France, le léger fléchissement attendu pour 2001 n'entame pas l'optimisme des entrepreneurs. A l'export, les entreprises se structurent et intègrent les services à l'offre de construction.

Après sept années de récession et 50 000 emplois perdus, les travaux publics ont renoué en 1999 et 2000 avec la croissance, suivant en cela la conjoncture du pays. Selon la FNTP (Fédération nationale des travaux publics), cette croissance devrait s'infléchir en 2001 avec des prévisions allant de 1 à 3 %. Raisons invoquées : la baisse des investissements des entreprises publiques (EDF,GDF, RFF, ADP...) et la stagnation des financements de l'Etat. Daniel Tardy, président de la FNTP, se montre néanmoins confiant sur l'avenir de l'activité : « Le redémarrage de l'investissement privé et la bonne tenue des investissements des collectivités locales seront les principaux facteurs de soutien de l'activité. »

Il constate par ailleurs que depuis 1990, le retard de croissance de 30 % entre le PIB (produit intérieur brut) et l'activité des travaux publics a cessé de se dégrader. « Je crois que les infrastructures vont rattraper une partie de leur retard. En entraînant de gros besoins en logistique, la nouvelle économie devrait y contribuer. »

Les premiers donneurs d'ordres attendus sont l'Etat et les entreprises publiques. Réalisant 27 % du chiffre d'affaires des entreprises de travaux publics, ces acteurs dynamisent les régions par la création des grandes infrastructures de transport. Le recul des investissements et le faible nombre de grands projets inquiètent la profession. François Prévost, Président de l'Usirf (Union des syndicats de l'industrie routière française) explique que le XIIe contrat de Plan suscite deux types de crainte. « Le niveau moyen d'activité induit par ce contrat de Plan est en retrait de 22 % par rapport au plan précédent, et la mise en place des crédits pour les deux premières années se fait avec un retard de 13 % par rapport aux prévisions. »

« Après Millau et l'A28, que reste-t-il comme projets en France ? », insiste Michel Cote, P-DG de Bouygues TP. Comparant notre activité à celle d'autres pays voisins comme la Suisse et la Grande-Bretagne, il ajoute : « L'exception française ne peut pas durer. A terme, les grands projets finiront bien par se débloquer (1), je pense en particulier aux projets transfrontaliers. » La liaison Lyon-Turin, avec trois grands tunnels en France, pourrait en être le plus bel exemple.

Pour 2001, les grands travaux concernent principalement les autoroutes ; l'A20, l'A89 (ASF) et l'A29 (Sanef) sont les principaux axes actuellement en construction. Avec 542 km d'autoroutes concédées en travaux à fin 2000, l'activité est encore bonne mais pourrait décroître rapidement devant le faible renouvellement des contrats autoroutiers. Pour de nombreux corps de métier, l'activité se trouvera renforcée avec les travaux du TGV Est qui débuteront en 2002 (montant avoisinant les 3 milliards d'euros). En attendant, les terrassements, les activités de pose de voies ferrées et de caténaires pâtissent de l'absence de travaux liés à la fin du TGV Méditerranée.

Sur le marché national, Xavier Huillard, président de Vinci Construction, affiche clairement sa confiance : « Les finances locales sont bonnes et peuvent faire repartir durablement les investissements en infrastructures de réseaux (assainissement, eaux pluviales, télécommunications, transports urbains...). » Représentant 42 % du chiffre d'affaires des entreprises de TP, les collectivités ont investi dans des programmes d'équipements qui tiennent peu compte des échéances électorales, hormis pour les tramways. « Les travaux de mises aux normes des installations liées aux traitements de l'eau et des déchets devraient s'accélérer l'an prochain ; la deuxième phase de réalisation des projets de transport en commun dans les agglomérations serait engagée dès l'an prochain, signale la DAEI (Direction des affaires économiques et internationales) ».

La commande privée continue de porter l'activité. Grâce à la reprise des travaux du tunnel de l'A86 par Cofiroute (concessionnaire privé) et la croissance soutenue dans la construction neuve de bâtiments (VRD, aires de stockage, équipements industriels, parkings...), l'investissement privé devrait augmenter en 2001 de 3,5 à 6 %.

Le marché européen explose

La bonne conjoncture française n'a pas détourné les entreprises des marchés internationaux où elles interviennent à 80 % par l'intermédiaire de filiales. 17 entreprises regroupées au sein du Sefi (syndicat des entrepreneurs français internationaux) réalisent près de 95 % de l'activité à l'étranger, en progression régulière depuis dix ans. Signe de leur bonne performance, elles figurent au 1er rang mondial si on exclut les secteurs de l'ingénierie et des services.

L'Europe occidentale est certainement le théâtre le plus actif de l'activité de travaux publics. Les Français, présents en Angleterre sur l'extension de l'Eurostar jusqu'à Londres ou aux Pays-Bas sur l'extension du Thalys, s'appuient sur des filiales qui ont un rôle de 1er plan dans leur pays respectif, à l'instar de Norwest Holst (Grande-Bretagne) et du routier Teerbau (Allemagne) appartenant à Vinci Construction, de Losinger Sion (souterrains suisses) appartenant à Bouygues TP. En Europe de l'Est, ils doivent faire face à la concurrence active des entreprises allemandes.

A la grande exportation, les majors français s'intéressent de moins en moins à l'Afrique qui profite aux entreprises chinoises dans le secteur des routes, et aux Américains qui se concentrent dans le financement et la construction des ports et aéroports. En revanche, certaines structures plus petites restent présentes traditionnellement sur ce continent. Luc Franquet, président du directoire de Razel, se positionne sur des affaires moyennes allant de 10 à 25 millions d'euros : « On ne court pas le monde entier, explique-t-il, il existe encore en Afrique un certain volume de prêts destinés aux infrastructures. »

A l'image de Colas qui vient de remporter un contrat de 85 millions d'euros à Los Angeles grâce à sa filiale Sully Miller, les Etats-Unis pourraient devenir le nouvel Eldorado des entreprises françaises de TP. Elles restent présentes en Extrême-Orient, principalement à Hong-Kong où Solétanche-Bachy travaille sur le métro et en Corée du Sud où Vinci Construction suit d'importants projets.

Pour répondre à l'évolution des marchés, les entreprises françaises évoluent vers des structures d'ensembliers. L'export est de plus en plus réservé aux sociétés qui intègrent les services à l'offre de construction (financement, ingénierie, exploitation, maintenance). « Nous cherchons à développer diverses compétences (techniques, juridiques...) en nouant des partenariats comme par exemple avec la RATP, Transroute ou avec certaines infrastructures portuaires, explique Michel Cote. » « Il est nécessaire d'approcher les marchés que nous connaissons mal à travers des prestations intégrant une forte valeur ajoutée d'ingénierie, ajoute Xavier Huillard. »

Comme souligne ce dernier, ce changement ne touche pas encore la France : « Les donneurs d'ordres publics sont encore peu réceptifs à la valeur ajoutée technique que nous pouvons leur apporter. Nous n'avons pas assez d'opportunités pour optimiser les projets en jouant la carte d'un partenariat amont loyal et transparent. »

(1) Le ministère de l'Equipement a annoncé le 27 février qu'Eiffage est le concessionnaire pressenti du Viaduc de Millau.

CHIFFRES CLES

TABLEAU :

MARCHE INTERIEUR

CA 1999 : 24,9 milliards d'euros

CA 2000 (estimation) : 26,9 milliards d'euros

Nombre d'entreprises : 7397

MARCHE EXTERIEUR

CA 1999 11,9 milliards d'euros

Nombre d'entreprises exportatrices : 88

MARCHE INTERIEUR :

GRAPHIQUES :

Evolution annuelle du chiffre d'affaires 1995-2000 (estimation) (indice francs constants base 100 en 1990)

Les clients : part du chiffre d'affaires

Les activités : part du chiffre d'affaires

Les ventes de matériels : Evolution des ventes sur 5 ans, en nombre d'unités pour échantillon significatif de matériels 1995-2000 Source SEIMAT

Les entreprises par taille

MARCHE EXTERIEUR

GRAPHIQUES : Les activités : part du chiffre d'affaires

Evolution du chiffre d'affaires 1995-1999 (indice francs constants base 100 en 1990)

CONTRATS INTERNATIONAUX :

DESSIN + TABLEAU

Principaux contrats remportés en 2000 (sauf novembre et décembre)

Europe

- Allemagne : 4 km d'autoroute dont 0,8 km en traversée sous fluviale de la Warrow - 155,50 millions d'euros. Bouygues

- Luxembourg : tunnels routiers de Gousselerbierg - 28,66 millions d'euros. Fougerolle Borie (Groupe Eiffage)

- Luxembourg : deux tunnels autoroutiers de 76,76 millions d'euros dont 27,44 millions d'euros pour Spie Batignolles

- Pays-bas : tunnel ferroviaire mono tube ( 8,6 km) destiné pour trains à grande vitesse sur la liaison Paris-Amsterdam - 158,70 millions d'euros. Bouygues

- Pologne : pont de Sierkierkowski (826,5 m) à Varsovie - 23,93 millions d'euros. Campenon Bernard.

- Portugal : tronçon principal de la nouvelle ligne du métro de Lisbonne - 48,78millions d'euros dont 11,43 millions d'euros pour Spie Batignolles.

- République Tchèque : réhabilitation de 17 km du couloir ferroviaire Pardubice et Uhersko en Bohême de l'Est - 52,75 millions d'euros. SSZ (filiale d'Entreprise Jean Lefebvre).

- Royaume-Uni : ligne grande vitesse(75 km) entre le Tunnel sous la Manche et Swanley (Kent) : équipements, voie ferrée, caténaires et travaux électromécaniques associés - 198,18 millions d'euros. AMEC Spie Rail (filiale commune de Spie Enertrans et d'AMEC

- Royaume-Uni : extension de la section de compression de Brighouse bay (Ecosse) - 31,10 millions d'euros. Entrepose

- Royaume-Uni : pieux de grand diamètre à Canary Wharf - 15,24 millions d'euros. Solétanche-Bachy

- Suisse : 2 tunnels parallèles autoroutiers (4,4 km x 2) contournement de Zurich - 37,96millions d'euros. Bouygues

- Suisse : tronçon clé de Rail 2000 à double voie Mattstetten-Rothrist, portails d'accès sur le tunnel de Oenzberg(2 x 3160 m )- 35,67 millions d'euros. Bouygues.

- Suisse : tunnel de Mitholz dans le canton de Berne. - 54,27 millions d'euros dont 25% pour Dumez GTM

AFRIQUE

- Bénin : réfection et travaux d'aménagement de la route Savalou-Djoujou - 17,38 millions d'euros Colas

- Cameroun : réhabilitation des tronçons Nsimalen-Mbamayo et Ebolowa-Nkoermvon, construction de la route Nkoermvon-Ambam - 27,44 millions d'euros. Razel (en participation avec DTP terrassement)

- Cameroun : modernisation du port de Douala - 18,29 millions d'euros. Razel

- Egypte : centrale thermique du Suez et de Port Saïd - 37,65 millions d'euros. SAE International (groupe Eiffage)

- Maroc : Autoroute entre Sidi El Yamani et Asllah (longueur 15 km) - 35,37millions d'euros. GTR - Colas

- Maroc : tronçon de contournement de Casablanca 28 km - 34,15 millions d'euros. Colas

- Nigeria : extension du projet NLNG à Bonny Island - 19,82 millions d'euros. Fougerolle International (groupe Eiffage)

- Nigeria : extension de l'usine de liquéfaction de gaz sur l'Ile de Bonny - 38,26 millions d'euros Spie Batignolles T.P (50%)./ Fougerolles Internaitonal (50%)

- Nigeria : fourniture d'une plateforme de production, de deux tripodes, d'une torchère et des trois passerelles associées au champ d'Amenan - 172,72 millions d'euros. Bouygues.

- Tchad : Piste de terre de 170 km , pont à la frontière Tchad/Cameroun - 25,76 millions d'euros. Bouygues

- Zambie : élargissement/réhabilitation de routes existantes dans le sud de la Zambie - 16,62 millions d'euros Bouygues.

PROCHE & MOYEN ORIENT

- Emirats Arabes Unis : deux usines de dessalement de l'eau de mer d'une capacité de 23 000 m3 / jour chacune dans l'Emirat de Sharjah - 45,73 millions d'euros. SIDEM (filiale d'OTV)

- Syrie : deux usines de dépollution des eaux usées des villes côtières de Lattaquié et de Tartous - 26,22 millions d'euros. OTV

ASIE

- Chine : quatre usines de traitement d'eaux usées pour les villes de Shu Hai, Hui Yin, Pékin et Dujiangyan - 16,46 millions d'euros. OTV

- Hong-Kong : parois moulées, barrettes et pieux forés de gros diamètres de la station de métro "Tsuen Wan Station" 44,97 millions d'euros. Solétanche

- Hong-Kong : fondations d'une tour de bureaux et d'une galerie commerciale en paroi moulée et pieux forés de gros diamètre - 28,97 millions d'euros. Solétanche-Bachy

- Hong-Kong : parois moulées et pieux forés de gros diamètre de la station de métro "Siu Hong Station" - 23,63 millions d'euros. Solétanche-Bachy

- Hong-Kong : réalisation des modifications de la climatisation et la ventilation du métro de Hong-Kong - 30,49 millions d'euros. Spie Enertrans

- Malaisie : avenants au contrat principal de conception construction de la gare principale de Kuaka Lumpur (207 000 m2) - 39,48 millions d'euros. Bouygues

AMERIQUE DU NORD et CENTRALE

- Etats-Unis : Caroline du Nord : parking et élargissement des voies d'accès de l'aéroport de Raleigh - 10,67 millions d'euros Colas

- Etats-Unis : Alaska : rocade à Ketchican - 12,20 millions d'euros. Colas

- Etats-Unis : Californie : seconde phase d'un écran étanche dans la région de Sacramento - 16,77 millions d'euros. Solétanche-Bachy

AMERIQUE DU SUD

- Colombie : collecteur d'eaux usées à Bogota, tunnels et génie civil associés - 38,87 millions d'euros sur 2 ans. Solétanche-Bachy

- Pérou : minéroduc de 301 km dédié au transport de cuivre et de zinc de la mine d'Antamina jusqu'au port de Huarnay - 60,98 millions d'euros. Spie Capag s.a.

AVIS D'EXPERT" Les nouvelles technologies de l'information vont doper notre activité " Daniel Tardy, président de la Fédération nationale des travaux publics.

Les travaux publics devraient connaître en 2001 une troisième année de croissance consécutive. La bonne tenue des investissements du secteur privé et des collectivités, avec un faible impact des élections municipales y contribue pour beaucoup. Néanmoins, la reprise ne peut masquer les difficultés de recrutement puisque 70 % des entreprises ont du mal à trouver le personnel qualifié qu'exigent des métiers de plus en plus techniques.

Depuis mai 2000, on observe un certain tassement de la croissance qui pourrait se trouver amplifié par un atterrissage plus brutal que prévu de l'économie américaine. Mais je suis suffisamment optimiste pour croire que les infrastructures vont se développer car les nouvelles technologies de l'information et de la communication vont doper notre activité.

Je crains cependant que la lenteur des décisions à prendre par le gouvernement menace la nouvelle économie. Il faudra, par exemple, dix ou quinze ans pour que le troisième aéroport parisien ne soit mis en service.

Que va-t-on faire en attendant ? Il faut du temps pour réaliser les grands ouvrages et nos entreprises, réputées mondialement, sont prêtes à relever ces challenges.

Pour les années à venir, le nombre des petites et moyennes entreprises devrait augmenter pour répondre au marché de la sous-traitance. En effet, les plus grandes, voire les majors, se tournent aujourd'hui vers les services (concessions) dont les marges bénéficiaires sont plus récurrentes.

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AVIS D'EXPERT" A l'international, le maître mot est la sélectivité " Jean Monville, président du Syndicat des entrepreneurs français internationaux et P-DG de Spie.

La France est le 1er pays au monde en matière d'activités internationales de BTP. En 1999, elles ont progressé de 6 % et devraient connaître en 2000 une croissance de cet ordre-là. Au cours des dernières années, le marché européen a constitué un formidable appel d'air pour les entreprises françaises qui s'y sont surtout développées par acquisitions. L'Europe de l'Ouest est désormais la 1ère zone d'activité. Bien qu'en 2e position avec 15 % de l'activité, le marché africain est en baisse constante depuis plusieurs années et on constate une certaine diminution en Asie liée aux difficultés financières rencontrées sur ce continent.

A l'international, le maître mot est la sélectivité. Les entreprises françaises se tournent davantage vers des marchés dynamiques et surtout solvables. Elles s'abstiennent de traiter certaines affaires, notamment lorsqu'elles sont confrontées à une concurrence locale forte, à faible coût de main-d'oeuvre et dont les compétences vont croissantes.

La tendance générale est à l'augmentation des contrats de type offre globale. Pour pouvoir y répondre, les nouvelles formes contractuelles telles que les BOT (Build, Own, Transfer), les contrats d'« alliance » ou de « partenariat » sont au coeur de la stratégie des grands groupes.

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