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Les retombées de la vague de froid

JEAN-MICHEL GRADT, HUGUES HAENTJENS, MICHEL OCTERNAUD |  le 24/01/1997  |  EntreprisesTravailEclairage urbainProduits et matérielsFrance

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Les chantiers du BTP ont été arrêtés au moins deux semaines début janvier. Nombre d'entreprises de canalisations et des corps d'état techniques du bâtiment ont été débordés par les urgences. Au dégel, les réparations ne devraient générer qu'un faible chiffre d'affaires, mais c'est l'occasion pour les entreprises d'inciter leurs clients à investir pour l'avenir.

Conséquence inéluctable de la vague de froid qui a sévi dans toute la France au début de janvier : l'arrêt quasi total des chantiers de construction. Classique dirons-nous, surtout quand on se souvient des hivers rigoureux des années 60 ou 80. Mais on avait, semble-t-il, perdu ces repères. Cette soudaine offensive de l'hiver, si elle a perturbé la vie économique, a pourtant mobilisé parallèlement de nombreuses entreprises de travaux publics et de bâtiment dans le cadre d'interventions d'urgence.

Dans les TP, la vague de froid a surtout mis à contribution les canalisateurs. « Entre le 23 décembre et le 12 janvier, les mille hommes de notre service de maintenance des réseaux sont intervenus 1 600 fois sur les voies publiques et 2 300 fois chez les abonnés. C'est-à-dire douze fois plus que la moyenne hebdomadaire des dix dernières années », explique le P-DG de la Sade (Générale des eaux), Jean-Paul Douvry. Cependant, l'impact sur le chiffre d'affaires de l'entreprise sera faible, voire nul, car la maintenance fait l'objet d'un contrat à forfait.

Travaux publics : hiver coûteux pour les autoroutes

Jean de Poussin, secrétaire général du Serce (Syndicat des entrepreneurs de réseaux et de constructions électriques), partage ce constat, surtout pour l'Alsace, l'Aquitaine, les Landes et le Sud-Ouest.

Là, les « pompiers de l'hiver » du secteur électrique - soit deux cents entreprises agréées au plan national par EDF pour intervenir sur les lignes de distribution inférieures à 20 volts - sont intervenues, de jour comme de nuit, pour lutter contre le « manchonnage » des lignes afin de redonner vie aux villages isolés et activités agricoles paralysées. Ce fut notamment le cas de EI, Spie Trindel, Cegelec, Saunier Duval Electricité, la Silec à Toulouse, Des- marais à Montauban...

Si, du fait de caténaires gelées, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont restées bloquées dans les TGV dans la vallée du Rhône et en Aquitaine durant la première semaine de janvier, la SNCF n'a pas pour autant fait appel aux services d'entreprises privées, à l'inverse des sociétés d'autoroutes (voir encadré).

Bâtiment : nombreux dépannages

Le bâtiment gros oeuvre a beaucoup souffert également des arrêts de chantier, bloquant en aval toute la série des corps d'état techniques et de finitions sur des travaux neufs et de réhabilitation. Mais ce sont pourtant les mêmes corps d'état techniques (électricité, génie climatique et plomberie) qui ont été mis à rude épreuve pour remettre en état de marche les équipements. « Dans une cité étudiante à Rennes, cite en exemple Guy Trébulle, président de l'Union climatique de France, les étudiants sont partis en vacances à Noël en coupant leur compteur électrique. Tout a été inondé. »

« Les artisans plombiers-chauffagistes ont été débordés, indique Françoise Pioli de la CAPEB Haute-Marne ; certains ont reçu plus de 50 appels par jour. » « Nous ne savions plus où donner de la tête, confirme Hugues Monsegu, couvreur-plombier, à Beauvais en Picardie. Mais l'équipe des couvreurs, en revanche, a dû cesser le travail sur les chantiers pendant une semaine. Et pendant que nous intervenions en urgence en plomberie nous avons pris du retard sur nos contrats de maintenance. » « Paradoxalement, souligne Didier Duran, patron de l'entreprise parisienne de couverture-plomberie Holley-Duran, comme la plupart de ses confrères, ces dépannages au coup de chalumeau n'apportent pas une réelle activité supplémentaire. C'est au moment du dégel que l'on peut estimer les dégâts. »

« Malheureusement, fait remarquer Jean-Jacques Pompidou, président de l'Union nationale de la couverture-plomberie, la clientèle a souvent fait appel à des dépanneurs sous-qualifiés. On nous classe trop dans la catégorie des entreprises de travaux neufs, alors que nous développons aussi une très forte activité de maintenance. » C'est pourquoi, les professionnels vont développer des actions commerciales auprès de leurs clients (particuliers, syndics de copropriété, industriels...) pour les inciter à investir dans des travaux de modernisation des installations. « L'occasion nous est offerte , commente Guy Trébulle, de mettre en avant la domotique afin d'améliorer la prévention. »

Perturbations chez les fournisseurs

Chez les négociants, l'arrêt des chantiers a pesé sur les ventes. « Nous avons travaillé à 60 % de nos journées normales témoigne Alain Moysan, directeur commercial chez Queguiner en Bretagne. Et nous savons que ce retard ne sera pas rattrapé. » Un retard « qui est encore plus marqué dans les régions montagneuses comme le souligne Patrice Joppé, président de Samse en Rhône-Alpes. Plus inquiétant, on commence à avoir énormément d'impayés et même de liquidations parmi nos clients fragilisés. »

Dans le Nord, si l'on en croit Alain Kuhnmunch, directeur général de Point P Nord, « Au-delà de la baisse de notre chiffre d'affaires, c'est la trésorerie des petites entreprises clientes qui souffre. L'Etat devra peut-être intervenir en différant le paiement des charges sociales et de la TVA ... »

Malgré les interventions d'urgence, « il n'y a pas eu d'évolution déterminante de l'activité, note Jean-Christophe Martin, directeur général de Belaysoud, négociant en Rhône-Alpes. Mais les barrières de dégel nous gênent dans notre logistique de livraison. » Ce que confirme Olivier Mey, responsable des études chez le négociant en chauffage et sanitaire Sodiam à Exincourt (Doubs) : « Les ventes concernent surtout du petit matériel comme la tuyauterie, les raccords... ».

«Dans les travaux publics, comme dans le bâtiment, les réparations d'équipements apporteront un volume d'activité limité. »

ASF : les entreprises de BTP en renfort

Dans le même temps, Autoroutes du Sud de la France (ASF) connaissait des déboires similaires sur l'A7 (vallée du Rhône), l'A10 (Aquitaine) et l'A62. Au plus fort de la crise, outre deux cents gendarmes, trois cents personnes sont intervenues dans la vallée du Rhône, dont près de la moitié relevaient des effectifs des entreprises privées avec lesquelles ASF négocie des conventions pour la viabilité hivernale. Citons, sans être exhaustif, les entreprises Bonnard, Obussier Frères et Ferlay, qui ont mobilisé une grande partie des cent cinquante engins et des chauffeurs pour participer au déneigement, au salage et à l'enlèvement du verglas, ainsi que Rhône-Alpes Levage pour l'évacuation des véhicules « en travers ». L'entreprise Dumont a même dû fournir quatre turbines à neige.

Chômage intempéries : de moindres remboursements

Depuis le 15 août 1996, sont entrées en vigueur les nouvelles modalités de remboursement des entreprises. Dorénavant, pendant les sept premières heures indemnisées (heure de carence du salarié comprise), l'entreprise est remboursée au taux de 10 %. Pour les heures suivantes, dans la double limite de 7 heures par jour et de 35 heures par semaine, elle perçoit 85 ou 90 % selon que sa masse salariale dépasse ou non trois fois le montant de l'abattement (295 848 francs). Au-delà de cette double limite, l'entreprise n'est à nouveau remboursée que 10 %.

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