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Les régions passent la frontière

annick loréal, nora hachache |  le 18/04/1997  |  Collectivités localesConjonctureUrbanisme commercialEuropePyrénées-Atlantiques

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-La proximité des frontières terrestres tire le développement. -Des agglomérations transfrontalières se constituent, des structures de coopération s'esquissent. -L'Etat met en place une mission d'assistance.

La ville d'Hendaye compte aujourd'hui parmi ses habitants 12 % d'Espagnols. Et quotidiennement des navettes fluviales traversent la Bidassoa pour leur permettre de rejoindre l'Espagne où ils travaillent.

Le district de Bayonne- Anglet - Biarritz (BAB), frontalier de l'Espagne, a lui aussi connu bien des incursions de ses voisins ibériques. Alain Lamassoure, son président, rappelle que « les relations ont explosé à partir du moment où l'Espagne est entrée dans la CEE, en 1986. Le cours de la peseta était très haut et la côte basque française commençait à s'équiper en zones commerçantes. Les hypermarchés de Saint-Jean de Luz et Bayonne étaient pris d'assaut par les Espagnols. Ensuite, une frénésie s'est emparée de l'immobilier, touchant particulièrement Hendaye où jusqu'à 80 % des achats immobiliers ont été réalisés par des Espagnols. Après la dévaluation de la peseta, la troisième vague du phénomène s'est traduite par des investissements industriels, comme celui de l'entreprise Ucin (métallurgie) sur le port de Bayonne. » De son côté, le Continent qui voulait s'implanter à Hendaye a abandonné son projet. Par contre, Auchan ouvrira cette année à Irun, et Erroski (alimentaire espagnol) à Saint -Sébastien.

Les bassins de chalandise ignorent les frontières. Ce phénomène, similaire en Alsace avec les voisins allemands ou suisse et dans le Nord-Pas-de-Calais avec les belges et les anglais, voit les grands groupes commerciaux élaborer leur stratégie d'implantation d'un côté ou de l'autre de la frontière, en fonction de critères variables, tels que la législation, le coût de la main-d'oeuvre ou du foncier.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, où la législation est moins contraignante qu'en Belgique pour l'ouverture de grandes surfaces, les centres commerciaux s'installent plutôt côté français, et attirent la clientèle belge. Le centre commercial d'Auchan-Roncq, qui vient d'obtenir son extension en Commission nationale d'équipement commercial (CNEC), réalise déjà 30 % de son chiffre d'affaires avec la clientèle belge. Sa réorganisation vise à porter ce score à 40 %. Par ailleurs le commerce de luxe de Lille intra muros (antiquaires, boutiques de marque) vit en grande partie de la clientèle belge.

Les entreprises, elles, ont des stratégies plus élaborées pour leur localisation. Il leur suffit cependant parfois de parcourir quelques kilomètres pour bénéficier d'une main-d'oeuvre ou d'une fiscalité plus concurrentielle, et le pays limitrophe peut tout simplement faire partie d'un bassin d'emploi commun. Enfin, pour les grands groupes internationaux, s'installer à proximité d'une frontière c'est mettre à sa portée deux, voire trois marchés nationaux.

Le Nord-Pas-de-Calais et l'Alsace ont particulièrement su tirer parti de l'avantage que leur donne leur situation géographique exceptionnelle : pas d'obstacle majeur dû au relief, un noeud d'infrastructures de communications (autoroutes, voies rapides, réseau fluvial), et une main-d'oeuvre expérimentée et concurrentielle. Le tunnel sous la Manche, comme les TGV à destination de Londres ou de Bruxelles accentuent encore cette position de carrefour de la métropole lilloise. Ce n'est donc pas un hasard si en 1996, la Datar situe le Nord-Pas-de-Calais en tête des régions pour les projets d'investissements étrangers traités (47 établissements et 3 517 emplois).

L'Alsace, avec 45 projets d'établissements étrangers, se situe en deuxième position. Cette région bénéficie d'un taux record de pénétration des établissements à participation étrangère (54,23 %). Un tiers des établissements industriels sont détenus par des capitaux étrangers. L'Allemagne est le principal investisseur (40 % des effectifs des établissements industriels étrangers), la Suisse se situe en troisième position (15 %) derrière les Etats-Unis (20 %) (1).

Des agglomérations binationales

L'atout du Nord-Pas-de-Calais et de l'Alsace, c'est d'avoir avec Lille et Strasbourg des centres importants et dynamiques, qui concentrent le développement sur une agglomération qui s'étend des deux côtés de la frontière. Plus au sud, l'enjeu du Pays basque français (250 000 habitants) va être de tirer parti de la proximité du Pays basque espagnol (2 300 000 habitants) et de l'agglomération toute proche et plus riche de Saint-Sébastien (400 000 habitants), sans se laisser purement et simplement absorber.

Car, les villes situées dans les régions frontalières formant souvent avec leurs voisines des conurbations, il faut veiller à un certain équilibre. De plus - c'est une évidence encore mal comprise -, un équipement financé en commun coûte moins cher que deux. C'est pourquoi les collectivités, de part et d'autre des frontières, cherchent les voies d'une coopération transfrontalière (voir liste des sept grands projets page ci-contre).

L'exemple pionnier fut le pôle européen de développement de Longwy (PED), en Lorraine, en 1985. Au départ, une opération de reconversion industrielle du bassin sidérurgique visait à créer, sur une zone d'activité transnationale de 500 hectares, 10 000 emplois en 10 ans. Aujourd'hui, le bilan est estimé à 6 000 emplois.

Pour Jacques Houbart, directeur du PED pendant cinq ans, cette expérience pilote, qui alliait des collectivités locales de Lorraine, du Luxembourg et de Belgique, ne devait pas se cantonner au niveau économique.

« Il fallait passer le relais aux élus à travers un projet global transfrontalier ». En 1993, les vingt-et-un maires et bourgmestres se fixaient donc pour objectif de réaliser une communauté urbaine de 300 km2 et de 113 000 habitants, qui regroupe 17 communes.

Rassemblées en association, elles mènent ensemble des études et envisagent de créer des équipements communs, mais elles se heurtent à des problèmes juridiques. Comme le constate Jacques Houbart : « Il est très difficile de réaliser une maîtrise d'ouvrage commune. Il faut des montages particuliers, et chaque projet est porté par un seul des partenaires de chaque pays. » Ainsi, pour créer le collège européen de technologie - implanté en territoire français -, la maîtrise d'ouvrage est spécifiquement française, le Luxembourg et la Belgique se sont engagés à louer les locaux, et la gestion de l'école est tricéphale.

« En réalité, il n'y pas d'outil satisfaisant pour faire du transfrontalier (voir encadré p 167). Il faut sortir de ce débat et partir de projets concrets pour tester des solutions. C'est l'objet de la mission d'assistance aux projets transfrontaliers qui a été mise en place sur l'initiative de la Datar et de la Caisse des dépôts », analyse Jacques Houbart qui en est le chef de projet. Sept sites pilotes (voir encadré ci contre) - un choix ratifié par le Ciadt d'Auch - vont, à travers cette mission, bénéficier du savoir faire de la Scet, de la Datar, de la Direction de l'architecture et de l'urbanisme... et de l'attention des préfets de région.

(1) «Chiffres-clés de l'industrie dans les régions - 1996/1997», ministère de l'Industrie, Sessi.

PHOTOS :

(1) Une agglomération qui s'étend de part et d'autre de la Bidassoa, fleuve-frontière : Hendaye en France, Irun et Fontarabie en Espagne, ont créé un euro-district.

(2) et(3) Daewoo, (ci-dessus) s'est installé sur le pôle européen de développement (PED) de Longwy. Egalement sur le PED, le collège européen de Technologie, une réalisation portée par la France, la Belgique et le Luxembourg (ci-dessous).

Outils juridiques

Lois et traités autorisent les collectivités locales à utiliser ce type de structures pour mener à bien les projets transfrontaliers :

Société d'économie mixte locale (SEML)

Groupement d'intérêt public (GIP)

Groupement européen d'intérêt économique (GEIE)

Association loi 1901.

Voir aussi le rapport de Christian Estrosi (Conseil économique et social) paru au «JO» en décembre 1996.

Des échanges à toutes les frontières

SEPT PROJETS TRANSFRONTALIERS vont recevoir l'assistance de la mission mise en place à l'initiative de la Datar et de la Caisse des dépôts. Elle est pilotée par Jacques Houbart.

Métropole Lilloise (France -Belgique)

Reconversion de l'ancien site douanier de Rekkem, aménagement du canal Lespierre entre Roubaix et l'Escaut, Station d'épuration de Comines.

Strasbourg - Kehl (France - Allemagne)

Liaisons transfrontalières Strasbourg - Offenburg, (tramway)

Bâle -Mulhouse- Freibourg (France -Allemagne- Suisse)

Aménagement autour de l'euroaiport avec son extension. 70 ha à Saint -Louis. Projet d'agglomération transfrontalière sur 3 pays autour de Bâle.

Genève (frontière France -Suisse)

Métro léger Annemasse - Genève, aménagement du

secteur transfrontalier de l'aéroport « Genève - Cointrin- Mise en valeur du Cern (Synchrotron).

Métropole Azuréenne (France -Italie)

Ligne ferroviaire Turin - Cunéo, Vintimille - Menton. Centre de traitement des déchets solides à Vintimille.

Conurbation Bayonne - Saint-Sébastien (France Espagne)

Euro - district entre Irun - Fontarabie et Hendaye.

Plate - forme multimodale entre Irun (Mouguere) et Bayonne.

Perpignan - Barcelone

Plate-forme logistique internationale à Perpignan. Compagnie Bas Rhône - Languedoc Roussillon, construction d'une conduite d'eau, pour l'approvisionnement de Barcelone.

Contact : Jacques Houbart, Scet, 6, place Abel-Gance, 92652, Boulogne- Billancourt cedex. Tél. : 01.46.94.40.11.

Les projets transfrontaliers peuvent bénéficier d'Inerreg, fonds Européen qui mobilise 2400 millions d'écus pour la période 1994/1999 (1 écu=6,6FF)

CARTE

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