Paysage

Les ravageurs n’élimineront pas tous les buis

Mots clés : Innovations

Entre le buis et la pyrale importée d’Extrême-Orient à la faveur de la mondialisation du marché des végétaux, la régulation naturelle finira par imposer son équilibre et ses cycles. Directeur scientifique et technique de l’institut technique de l’horticulture Astredhor, Fabien Robert considère ce scénario comme le plus probable. Il a dressé un bilan d’étape des quatre premières années du programme de recherches Save Buxus, le 30 janvier à Paris, à l’invitation du pôle paysage de la fédération nationale des producteurs horticulteurs pépiniéristes (FNPHP).

Le spectre des sept plaies d’Egypte hante les gardiens du jardin à la française. Du moins cette image vient-elle à l’esprit, lorsque Fabien Robert évoque les vols massifs de la pyrale du buis et les défoliations immédiates et radicales qu’elle inflige au buisson emblématique de l’horticulture. « Sa première apparition remonte à 2007. Aujourd’hui, elle couvre l’ensemble du territoire, à l’exception de l’extrême pointe de la Bretagne ou de quelques vallées enclavées », développe le directeur scientifique et technique d’Astredhor, cheville ouvrière du programme de recherche Save Buxus, engagé en 2014. L’institut technique de l’horticulture en partage le pilotage avec l’association Plante & Cité, dans un consortium qui comprend également l’Institut national de recherche agronomique (Inra) et un industriel du bio-contrôle.

 

Noyaux forestiers

 

Nul n’imagine l’éradication du ravageur venu d’Extrême Orient : « Son arrivée en forêt entraîne une dynamique de population. Lutter à cette échelle, c’est peine perdue », tranche Fabien Robert. En Alsace, première région touchée par le fléau, le pépiniériste Gissinger de Rouffach (Haut-Rhin) en a pris son parti depuis déjà huit ans : « Du jour au lendemain, nous avons stoppé les plantations de nos cinq variétés, alors même que dans nos régions, les feuillages persistants des jardins reposent sur le buis et l’if », témoigne son directeur  Christian Trunzer.

Malgré l’interdiction des produits phytosanitaires dans l’espace public, les gestionnaires de parcs et jardins n’ont pas perdu toute raison d’espérer dans les solutions de protection biologique intégrée : grâce à la confusion sexuelle créée par les pièges à phéromone installés dans les massifs, les insectes succombent aux bactéries intégrées au dispositif. « Les parcs urbains peuvent se protéger avec cette technique, tant qu’ils restent à l’écart du danger qui vient des forêts. Mais si cette pression devient trop forte, cela devient mission impossible », tranche Fabien Robert.

 

Aléa partenarial

 

L’exploration de l’autre piste suivie au lancement du programme Save Buxus se trouve actuellement bloquée par la défection de l’industriel initialement associé au consortium, porteur de solutions de prédation de la pyrale par des micro-insectes. Une autre solution industrielle positionnée sur ce même créneau intéresse les spécialistes : Bioline Agrosciences, entreprise née en 2016 de l’absorption de Syngenta Bioline par Biotop, a décroché le premier prix de l’innovation au dernier salon Paysalia pour les élevages intensifs d’insectes prédateurs, à Livron-sur-Drôme. Les chercheurs publics identifient dans la mésange charbonnière un autre prédateur potentiel à stimuler.

Le recul de quatre ans de recherche permet d’évaluer la probabilité de trois scenarii. La disparition de la pyrale, après épuisement de sa ressource alimentaire sauvage, reposerait sur le fait qu’elle se nourrit exclusivement de buis. Cette hypothèse favoriserait la pérennité des jardins. A l’opposé, le maintien de la pression issue de la forêt rendrait la lutte insoutenable. Astredhor accorde plus de crédibilité au scénario intermédiaire : la repousse des buis, après des saisons de défoliation, susciterait progressivement un équilibre cyclique, avec des périodes plus favorables soit à la plante, soit  à son prédateur. « Une situation gérable pour les zones plantées », estime Fabien Robert.

 

Champignon difficile

 

Alors que l’immédiateté et la radicalité des ravages de la pyrale a déclenché l’alerte la plus médiatisée, Save Buxus s’est également concentré sur l’autre ravageur issu d’Extrême-Orient : le champignon Cylindrocladium Buxicola. « Aucun produit n’apporte de solution digne de ce nom », constate le directeur scientifique et technique d’Astredhor. La sélection variétale offre la piste la plus prometteuse : contrairement à la pyrale, le Cylindrocladium Buxicola choisit ses buis. Parmi 70 variétés testées, le Sempervirens suffruticosa retient l’attention des chercheurs.

Ces derniers abordent l’année 2018 sans visibilité sur l’avenir de leurs travaux : aux financements conjoints de l’interprofession Val’hor et de France Agrimer qui ont permis à Save Buxus de fonctionner avec 130 000 euros par an, succède désormais la moulinette des appels à projets. Astredhor attend la réponse à son dossier de demande de financement pour les trois prochaines années.

 

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