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Les quatre leçons du remaniement
Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, et Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement. - © BRUNO LEVY / DIVERGENCES-IMAGES

Les quatre leçons du remaniement

Jessica Ibelaïdene |  le 26/10/2018  |  LogementJulien DenormandieMinistère de la Cohésion des territoiresRemaniement ministériel

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Les collectivités, le bâtiment, l'immobilier et les architectes ont changé d'interlocuteurs.

Lors de son allocution télévisée suivant l'annonce du remaniement ministériel, le 16 octobre, Emmanuel Macron a exclu tout « changement de cap ». Pour les acteurs de la construction, cependant, les têtes, elles, ont bel et bien changé.

Le nouveau trio de la Cohésion des territoires, composé de la patronne Jacqueline Gourault, du transfuge Sébastien Lecornu et du promu Julien Denormandie, chapeaute désormais les collectivités locales et la politique du logement. Les questions énergétiques reviennent, elles, à Emmanuelle Wargon. Quant aux architectes, leur interlocuteur s'appelle désormais Franck Riester.

Un grand ministère pour les territoires

La création d'un grand ministère dédié aux territoires est sans doute le symbole le plus fort de ce remaniement. Avec, à la barre, une femme d'expérience, Jacqueline Gourault. Deux ministres l'accompagnent, dont l'un exclusivement dédié aux collectivités territoriales, Sébastien Lecornu. Les élus locaux attendaient une clarification en ce sens. Cette main tendue de la part de l'exécutif est donc plutôt bien accueillie.

Ce message à destination des collectivités intervient alors que les griefs des territoires contre le gouvernement et le chef de l'Etat se sont multipliés depuis le début du quinquennat. Trois grandes associations d'élus - Régions de France, Assemblée des départements de France, Association des maires de France - se sont même positionnées comme les premiers opposants à l'exécutif, affirmant à tout va que la confiance est perdue, le dialogue rompu. Jacqueline Gourault en a bien conscience. Déjà au cœur des relations entre les élus locaux et l'exécutif lorsqu'elle était ministre auprès du ministère de l'Intérieur, celle qui remplace désormais Jacques Mézard va avoir la lourde tâche de « recoudre le lien », selon ses propres termes.

Elle apparaît à première vue comme « la bonne personne pour cela », estime Caroline Cayeux, présidente de Villes de France. C'est une élue locale, tout comme Sébastien Lecornu, et les associations ont déjà l'habitude de travailler avec elle depuis un an et demi. Sénatrice depuis 2001, « elle connaît ses sujets, sait ce que cela signifie de représenter les collectivités territoriales de la République », complète Gérard Larcher, président du Sénat, qui reçoit sa nomination avec « un a priori positif ». Grâce à l'expérience de terrain des deux ministres, « nous parlerons le même langage », précise Caroline Cayeux. Mais cela signifie aussi que « nous ne pourrons pas leur raconter d'histoires », ironise Olivier Landel, délégué général de France urbaine.

Les territoires promettent cependant qu'ils continueront de porter leurs revendications avec exigence et fermeté. « Nous ne serons pas d'accord sur tout, mais nous sommes certains de bénéficier d'une écoute intelligente et attentive », estime Olivier Landel. Interrogé par le magazine « Acteurs publics », le président de Régions de France, Hervé Morin, veut aussi y croire : « [Jacqueline Gourault] a du caractère, elle est directe et correcte. […] Donc il n'y a pas de raison que cela se passe mal. »

Intégrer la relation avec les collectivités. Autre acte fort et positif pour les élus locaux : retirer la gestion des relations avec les collectivités locales au ministère de l'Intérieur pour l'insérer dans celui de la Cohésion des territoires. Un choix judicieux, explique le délégué général de l'Association des communautés de France (ADCF), Nicolas Portier. C'est même, selon lui, « un vrai changement de nature qui acte la décentralisation ». Jacqueline Gourault et Sébastien Lecornu récupèrent aussi la Direction générale des collectivités locales. « Enfin du bon sens ! », s'exclame Gérard Larcher.

L'exécutif veut écrire un nouveau chapitre. Et, dans la foulée du remaniement, le dialogue a déjà repris dans un climat plus favorable, à entendre les représentants d'élus locaux.

Le Logement et la Ville ont de nouveau leur ministre

Après avoir mené, pendant près d'un an, l'élaboration, puis le vote de la loi Evolution du logement, de l'aménagement et du numérique (Elan), le voici enfin récompensé.

Julien Denormandie, jusqu'ici secrétaire d'Etat, a été promu ministre de la Ville et du Logement, au sein du nouveau ministère de la Cohésion des territoires et de la relation avec les collectivités territoriales. Une nomination intervenue le 16 octobre, le jour même de l'adoption définitive du projet de loi Elan par les sénateurs. Et qui marque la réapparition d'un portefeuille disparu depuis un an.

Avec des prérogatives élargies, Julien Denormandie devient l'interlocuteur privilégié du monde de l'immobilier et de la construction. Et les mois qui viennent s'annoncent chargés pour le jeune ministre de 38 ans. Vote du projet de loi de finances pour 2019, entrée en vigueur de la loi Elan, application de la loi pour un Etat au service d'une société de confiance (Essoc) qui simplifie le droit de l'urbanisme et de la construction… Julien Denormandie devra accompagner les professionnels dans l'application de ces textes, mais également mener à bien la refonte du Code de la construction. « Je [le] réécris entièrement et j'en arrache une page sur cinq », a-t-il récemment rappelé au micro de France Info.

La mission de ce proche d'Emmanuel Macron consistera également à déployer le Nouveau Programme national de renouvellement urbain (NPNRU ou Anru 2), dont le budget a été doublé, passant de 5 à 10 milliards d'euros. Depuis le mois de mai, l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) a validé 80 projets, pour un financement de 2 milliards d'euros.

Créer les conditions d'un meilleur dialogue. Autant de dossiers sur lesquels le ministre nouvellement promu a déjà pu travailler. C'est d'ailleurs cette stabi lité qui rassure les professionnels de la construction. Ainsi, la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) « se réjouit de pouvoir poursuivre le travail entamé avec [Julien Denormandie] sur le projet de loi Elan, comme sur les lois de finances ». Même son de cloche du côté de la Fédération française du bâtiment (FFB) et de LCA-FFB, le syndicat des constructeurs et aménageurs de la FFB. « C'est une personne à l'écoute, qui connaît ses dossiers », souligne Grégory Monod, vice-président national chargé de la promotion au sein de l'organisation.

Mais le soulagement des professionnels tient surtout à la création d'une entité consacrée exclusivement aux politiques de l'habitat. « Nous avons désormais un ministre de la Ville et du Logement de plein exercice », se réjouit Jean-Louis Dumont, président de l'Union sociale pour l'habitat (USH). La confédération du monde HLM a d'ailleurs réservé un accueil plutôt favorable à celui qui n'était encore que secrétaire d'Etat, lors de la conclusion du congrès de l'USH, à Marseille.

Une organisation avec des effets positifs ? « Ce nouveau ministère pourrait créer les conditions d'un meilleur dialogue entre les collectivités locales et les maîtres d'ouvrage, et libérer ainsi la construction », soutient la FPI.

Les questions énergétiques changent de main

Emmanuelle Wargon (photo), 47 ans, devient secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, succédant à Sébastien Lecornu, désormais chargé des collectivités territoriales (lire ci-contre). Son passage chez Danone (2015-2018) en tant que directrice de la communication et des affaires publiques n'est pas passé inaperçu. Associations écologistes et opposants ont vu dans sa nomination l'arrivée d'une lobbyiste au gouvernement.

Cette énarque issue de la même promotion qu'Edouard Philippe présente surtout une longue expérience dans la haute fonction publique et auprès de différents ministères (Santé, Travail, Affaires sociales). A l'Ecologie, Emmanuelle Wargon reprendra les dossiers brûlants de son prédécesseur : fermeture de la centrale de Fessenheim, ouverture de l'EPR de Flamanville, projet de centre d'enfouissement de déchets nucléaires Cigéo à Bure. Elle pilotera également le lancement des premiers contrats de transition écologique, la déclinaison des engagements climatiques de la France (COP21) à l'échelle locale. Parmi ses autres missions, elle veillera à l'application du plan de rénovation énergétique, annoncé par Nicolas Hulot en avril. Et tentera de rassurer les professionnels du bâtiment, inquiets sur l'avenir du crédit d'impôt transition énergétique (CITE).

Les architectes dans l'attente de concessions

Exit Françoise Nyssen à la Culture. Place à Franck Riester (photo), 44 ans, « chef d'entreprise et homme politique », Who's Who dixit. Le nouveau locataire de la rue de Valois succède à une ministre qui n'aura montré qu'un très faible appétit pour l'architecture et sera restée étrangement silencieuse lors de l'élaboration de la loi Elan.

Fragilisée, de surcroît, par une enquête ouverte pour des soupçons de travaux litigieux dans les locaux arlésiens et parisiens de sa maison d'édition (Actes Sud), elle ne laissera pas, loin s'en faut, un souvenir très vif chez les architectes…

Leur nouveau ministre de tutelle se montrera-t-il plus sensible au sujet ? Wait and see. Ex-maire de Coulommiers, diplômé de l'Institut supérieur de gestion (ISG) et de l'Essec, Franck Riester est également président non exécutif du groupe Riester (réseau de concessions automobiles en Ile-de-France). Pratique pour éviter la sortie de route sur les dossiers qui l'attendent, en particulier la gestion des retombées de la loi Elan, qui crispe toujours autant les architectes…

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