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Les protecteurs des oiseaux fondent sur les sols urbains
A travers le club U2B, la ligue pour la protection des oiseaux jette des ponts entre écologie et construction. - © J.Bisetti

Les protecteurs des oiseaux fondent sur les sols urbains

Laurent Miguet |  le 13/03/2020  |  BiodiversitéArtificialisationGrand Paris - Ile-de-FranceMeurthe-et-Moselle

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Le club Urbanisme, Bâti et Biodiversité (U2B) s’invite au débat sur l’objectif Zéro artificialisation nette. Sur le thème « Sols vivants et densité », sa 23ème rencontre l’a illustré, le 12 mars à la Maison des acteurs du Paris durable. Emanation du programme « Nature en ville » de la Ligue pour la protection des oiseaux, U2B trace la voie du partenariat entre écologues et bâtisseurs.

L’appel à projets de recherche Biodiversité, aménagement urbain et morphologie (Baum) vient à point nommé, pour illustrer l’actualité scientifique et politique des 23èmes rencontres du club Urbanisme, bâti et biodiversité (U2B), consacrées aux sols urbains, le 12 mars à Paris.

Jusqu’au 30 avril, des équipes pluridisciplinaires intégrant des maîtres d’ouvrage et des chercheurs peuvent proposer leur dossier de candidature. Durant l’été, les quatre à cinq lauréats finaliseront leur convention de 12 à 36 mois avec l’une des trois émanations de l’Etat qui ont commandé l’appel : la direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), le plan urbanisme, construction et architecture (Puca) et l’office français de la biodiversité (OFB).

Recherche pluridisciplinaire

« Ces candidatures se placeront à l’échelle du quartier pour des évaluations, des expérimentations ou des bilans », développe Sophie Carré, chargée de projets au Puca.

Lancé en janvier 2019, le programme Baum s’est d’abord concentré sur l’analyse de l’état de l’art. Ce travail confirme le déficit à combler : « Les scientifiques ont très peu associé les formes urbaines aux recherches sur la biodiversité », constate la post-doctorante Morgane Flegeau, hébergée par le Museum national d’histoire naturelle pour passer au peigne fin 109 publications extraites de 26 000 articles dans lesquels se retrouvent les mots « urbain » et « biodiversité ».

Sophie Carré (plan urbanisme, construction et architecture) et Morgane Flegeau (chercheure) présentent le  programme Biodiversité, aménagement urbain et morphologie
Sophie Carré (plan urbanisme, construction et architecture) et Morgane Flegeau (chercheure) présentent le programme Biodiversité, aménagement urbain et morphologie - © Laurent Miguet

Sophie Carré (plan urbanisme, construction et architecture) et Morgane Flegeau (chercheure) présentent le programme Biodiversité, aménagement urbain et morphologie.

Anthroposols fertiles

La carence des chercheurs en sciences humaines s’oppose à l’effervescence des agronomes : « La création de sols fonctionnels et vivants fait ses preuves », constate Geoffroy Seré, professeur à l’Ecole nationale supérieure d’agronomie et des industries alimentaires de Nancy, à l’issue des expérimentations menées par son laboratoire Sol et Environnement sur une friche de 40 ha issue d’une ancienne cokerie lorraine.

Au bout de sept ans sur un sol composé de boues d’épuration, de déchets verts et inertes, la prairie artificielle de 2,5 hectares s’apparente à ses sœurs issues de l’agriculture extensive locale, tant du point de vue du rendement en biomasse que de la diversité floristique.

D’autres anthroposols, fabriqués en béton concassé et compost, présentent une méso-faune abondante et une capacité de stockage de carbone comparables à leurs homologues naturels, qu’il s’agisse de parcelles plantées de chanvre pour la production textile ou d’emprises dédiées au maraîchage.

Impasses réglementaires

Ces grands pas en avant n’épuisent de loin pas le débat provoqué par le Club U2B, émanation du programme Ville et Nature de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

D’emblée, Vanessa Lorioux, directrice du pôle Mobilisation citoyenne à la LPO, pose le dilemme suggéré par la rencontre du 12 mars intitulée « Sols vivants & densité » : « La densification évite l’étalement urbain, mais elle sacrifie des friches riches pour la biodiversité ».

Vanessa Lorioux
Vanessa Lorioux - © Laurent Miguet

Magali Pinon-Leconte, adjointe au sous-directeur de l’aménagement durable au Ministère de la Transition écologique et solidaire, salue la contribution du club U2B à la réflexion sur l'objectif Zéro artificialisation nette.

Pour éviter ce sacrifice, la fameuse séquence « Eviter, réduire compenser », dite ERC, ne suffit pas. D’abord parce qu’aucun garde-fou ne prévient contre la tentation de commencer par le troisième terme, celui de la compensation, sans même avoir exploré l’évitement : « Les solutions de substitution raisonnables sont très peu proposées », constate Christine Jean, administratrice de la LPO.

Quant aux compensations, leur bilan déçoit, surtout après la publication récente de l’article d’une équipe scientifique française dans la revue Biology Conservation, avec sa conclusion sans appel : dans 80 % des cas, les mesures compensatoires ne compensent pas les destructions de milieux naturels. Christine Jean met en cause une approche surfacique qui méconnaît les objectifs fonctionnels. La rareté du foncier disponible aggrave ce bilan, comme l’ont montré de nombreux exemples évoqués le 12 mars.

Révolution prometteuse

Le club U2B n’en a pas moins marqué des points au cours de cette journée, en particulier à travers l’intérêt manifesté par le ministère : « Votre club nous intéresse, par sa capacité à réconcilier architecture et écologie. Il y là une révolution culturelle à conduire », s’exclame Magali Pinon-Leconte, adjointe au sous-directeur de l’aménagement durable.

Dans cette révolution, le guide « biodiversité et chantiers » fait figure de manifeste, depuis sa publication en avril 2019 par le syndicat des entreprises générales de France et la LPO.

Animatrice du programme Ville & Nature au sein de l’association et paysagiste de formation, Elsa Caudron entretient la flamme. Deux échéances marquent son agenda de l’année : la constitution d’un panel d’opérations phare et la mise en place d’une formation test avec l’entreprise Nacarat.

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