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Les promoteurs ont la main verte

Sophie Vincelot |  le 13/07/2018  |  ConjonctureBâtimentBouches-du-RhôneGirondeHauts-de-Seine

Les fermes urbaines fleurissent dans les villes. Un moyen de valoriser les toits des immeubles.

L'emplacement de la ferme maraîchère installée sur l'un des toits du centre commercial So Ouest, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), est stratégique. A l'abri d'un immeuble plus grand, le potager de 300 m² - pour l'instant - profite de la réverbération de ses vitres pour faire pousser plus vite les fruits et légumes. L'exploitation, mise en place par la société Sous les Fraises, devrait atteindre à terme 1 000 m². « Ici, notre objectif est de produire chaque année 500 à 600 kg de fraises, 3 tonnes de tomates et 1,5 tonne de piments et poivrons », annonce Yohan Hubert, cofondateur de Sous les Fraises. La société, qui tire ses revenus de la vente des fruits et légumes, paiera un loyer pour exploiter ce bout de terrain urbain.

Du côté d'Unibail-Rodamco-Westfield, propriétaire du centre commercial, l'occasion est donnée de valoriser ce bout d'immeuble, jusqu'ici inexploité. « Sous les Fraises mettra en place des ateliers pédagogiques pour les clients des magasins », expose Nicolas Leboucher, directeur de So Ouest.

Loin d'être une initiative isolée, l'aventure semble inspirer toujours plus d'acteurs issus du monde de l'immobilier. « Vinci, Bouygues Immobilier, Nexity, Eiffage… Tous veulent s'y mettre, observe Guillaume Morel-Chevillet, membre de l'Association française d'agriculture urbaine professionnelle (Afaup). Certains travaillent même avec l'Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement (AgroParisTech). »

Réduction de l'empreinte carbone. A Bordeaux, la ZAC Bastide Niel accueillera fin 2021 une ferme urbaine de 2 000 m², intégrée dans un programme immobilier de 113 logements, développé par BPD Marignan. Viparis, filiale d'Unibail-Rodamco-Westfield, développera une ferme urbaine de 1,5 ha dans le cadre de la rénovation du Parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris. Quant à Nexity, il accompagne la Ville de Romainville (Seine-Saint-Denis) dans son projet de Cité maraîchère. Dans cette ferme verticale, divisée en deux bâtiments de 14 et 26 mètres de haut, pousseront des champignons en sous-sol, et des fruits et légumes dans les étages. Son ouverture est prévue en avril 2019.

Pour ces acteurs, c'est l'occasion de conforter une image de marque. « Ce type d'initiatives se déploie dans le cadre de notre stratégie RSE, Better Places 2030, dont l'un des objectifs est de réduire notre empreinte carbone de 50 % d'ici à 2030 », explique Julie Villet, directrice du laboratoire d'innovation UR Lab & CSR d'Unibail-Rodamco-Westfield. A côté de cette vocation sociale, d'autres, comme Nexity, développent « de nouveaux types de services, comme une production agricole locale ou encore des lieux pédagogiques pour apprendre à cultiver », observe Jean-Luc Porcedo, directeur général Ville et projets au sein de la société.

D'ici à 2020, Paris comptera 100 ha de toits, murs et façades végétalisés, dont un tiers de fermes urbaines.

Fortes de leur succès, les fermes urbaines deviennent la norme dans des villes en manque de nature. Les acteurs publics se saisissent de la question, à l'instar de Paris, qui a inscrit en 2016 dans son plan local d'urbanisme l'obligation de végétaliser les toits-terrasses de plus de 200 m² pour les constructions neuves. Car, pour les collectivités territoriales, les fermes urbaines peuvent constituer une réponse à leur quête de végétalisation. Pour le privé, cela permet de dégager de nouvelles ressources financières. Une tendance à laquelle répondent les porteurs de projets. « En 2017, pour Imagine Angers, sur les 25 projets lauréats, 16 comprenaient des projets d'agriculture urbaine », fait remarquer Véronique Dham, directrice du département biodiversité du cabinet de conseil Arp-Astrance. « Du côté de Marseille, trois projets de ce type sont actuellement en cours », complète Guillaume Morel-Chevillet.

Si les initiatives se multiplient en régions, Paris reste le fer de lance de cette nouvelle agriculture. D'ici à 2020, la capitale comptera 100 hectares de toits, murs et façades végétalisés, dont un tiers sera consacré à l'exploitation de fermes urbaines. Elle a d'ailleurs lancé la deuxième édition de son appel à projets Parisculteurs, qui concerne 33 sites parisiens répartis sur 9 hectares. « Nos partenaires sont l'université Panthéon-Sorbonne, le Centre Pompidou, le Crous ou encore la Cité des Sciences », rappelle Pénélope Komitès, adjointe à la Mairie de Paris chargée des espaces verts, de la nature et de la biodiversité.

L'occasion pour tous les acteurs d'expérimenter le modèle de la ferme urbaine sur le long terme. « Il implique de signer des baux qui durent au moins sept ans. Cela suppose un investissement en temps, mais aussi une stabilité du modèle de ferme urbaine », alerte Guillaume Morel-Chevillet. Un modèle dont les premières semences commencent à germer.

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Cultiver la portance et l'accessibilité

L'installation d'une ferme urbaine se heurte à certaines difficultés. La portance de la structure doit par exemple être suffisante pour accueillir le poids du substrat de terre, de l'eau et celui d'autres installations annexes, comme un cabanon à outils. « Pour certaines techniques hors sol, il est possible de mettre en place une installation de 150 kg/m², même s'il vaut mieux bénéficier d'une portance d'au moins 200 kg/m² », suggère Guillaume Morel-Chevillet, de l'Association française d'agriculture urbaine professionnelle. Si beaucoup de projets de fermes urbaines privilégient des installations sur les toits des immeubles, en revanche, les sous-sols nécessitent une ingénierie plus complexe. « Il faut penser les accès, mais aussi la sécurité des sites. De plus, le sol des villes étant pollué, des substrats de terre doivent être ajoutés », conclut Guillaume Morel-Chevillet.

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