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Les pneumatiques : un composant crucial

Gilles Rambaud |  le 18/09/2015  |  ConjonctureInternational (hors U.E)France entière

Terrassement. Très coûteux, les pneumatiques pour engins de chantier sont techniquement pointus. Ils ont en outre autant d'influence sur la productivité et la consommation de la machine qu'ils équipent que le moteur ou la boîte de vitesses.

Il se raconte qu’il y a une vingtaine d’années, un terrassier travaillant en Touraine a découvert un peu tard qu'il intervenait sur une veine de silex. En quelques heures, les pneus de son échelon de cinq décapeuses ont été réduits en lambeaux. À 8 000 euros pièce, la mauvaise surprise lui aurait coûté 160 000 euros en une journée. Mythe ou réalité, cette histoire a le mérite de rappeler deux vérités : les pneus d’engin de chantier coûtent cher, et ils doivent être parfaitement adaptés au terrain sur lequel ils circulent. De la boue ? Alors, il faut de profondes sculptures pour accrocher le sol. De la roche ? Un pneu plus lisse s’impose pour résister aux coupures. L’engin roule vite ? Dans ce cas, le pneu doit évacuer davantage de chaleur, par rapport à un engin évoluant lentement. Ces attentes parfois contradictoires sont résumées dans une équation : le TKPH pour tonne-kilomètre par heure. Chaque pneu est caractérisé par son TKPH, qui doit correspondre aux objectifs de production assignés à la machine. Pour une même monte, les manufacturiers doivent donc proposer des pneus aux caractéristiques différentes, que ce soit par leur forme ou par la composition de leur gomme. En conséquence, celui qui veut se lancer sur ce marché doit être capable de produire une multitude de modèles ? 350 références génie civil sont présentes dans le catalogue Michelin ?, parfois en très petite série. Une grosse difficulté industrielle et un sérieux frein à l’apparition de nouveaux concurrents. « Le TKPH n’est pas une formule magique, tempère Franck-Olivier Chauvin, chef des ventes génie civil chez Goodyear. C’est un des éléments du cahier des charges, mais nous mettons davantage l’accent sur le coût total d'exploitation. » Ici, c’est la durabilité qui entre en ligne de compte, un pneu plus coûteux à l’achat pouvant s’avérer plus rentable qu’un modèle d’entrée de gamme s’il dure plus longtemps. Lionel Mathat, directeur marketing Europe chez Michelin, va plus loin : « Il faut choisir le bon pneu, mais aussi le surveiller, comprendre ce que disent les coupures ou les échauffements qu’il présente, vérifier régulièrement les pressions, permuter au bon moment d’une roue à l’autre. C’est un vrai savoir-faire que très peu de manufacturiers sont capables de proposer. » Effectivement, ce service de suivi et d’entretien exige une équipe de spécialistes qu’il est difficile d’embaucher. Cela explique en partie pourquoi l’offre des manufacturiers chinois ou indiens a du mal à se développer en France, malgré un prix attractif, 30 % à 40 % moins cher qu’une grande marque. « Tous les clients les ont essayés, mais ils en sont revenus. Ces montes de premier prix peuvent se justifier pour une machine de réserve, ou un engin qui tourne peu. En revanche, dès qu’il s’agit d’une machine de production, le haut de gamme s’impose », remarque Franck-Olivier Chauvin. Lionel Mathat abonde dans son sens : « Les machines modernes sont sophistiquées. Elles développent plus de couple, lèvent plus lourd et intègrent des innovations techniques pour consommer moins de carburant. Or tous ces avantages peuvent être annihilés si les pneus sont mal entretenus ou mal adaptés. » Le pneumatique fait partie intégrante de la machine, et c’est même un de ses composants critiques. Le secteur minier a bien compris son importance stratégique. Les pneus géants qui coûtent plusieurs dizaines de milliers d’euros pièce sont surveillés avec le même soin que les moteurs et les boîtes de vitesses. Eux aussi bénéficient de l’apport des nouvelles technologies, avec l’intégration de capteurs de pression et de température pour un suivi en temps réel par des logiciels informatiques embarqués ou déportés. Une sophistication qui pourrait se généraliser aux engins d'une soixantaine de tonnes, tels qu'on en trouve dans les carrières.

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