Les pierreux du Massif central lancent leur acte II

140 personnes ont célébré la renaissance de la construction en lauze et en pierre sèche, les 4 et 5 avril à Florac (Lozère). Le colloque de restitution du programme Lauziers et bâtisseurs en pierre sèche du Massif Central (Laubamac) s’est conclu sur la perspective d’une nouvelle étape encouragée par l’Etat, principal financeur de la démarche lancée en 2016.

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Les pierreux du Massif central lancent leur acte II
Les bâtisseurs en pierre sèche ont démontré leur savoir-faire, les 4 et 5 avril à Florac (Lozère).

La comparaison de deux ponts, l’un en pierre sèche, l’autre en béton, selon la méthode normée de l’analyse des cycles de vie, aboutit à une conclusion sans appel : « Lorsqu’on appréhende les ouvrages dans la totalité de leur cycle de vie, la pierre sèche se révèle deux fois plus avantageuse », tranche Anne-Sophie Colas, chercheuse à l’institut français des sciences et technologies de l’aménagement et des réseaux (Iffstar).

Preuve durable

Au cours de la table ronde du 4 avril animée par Paysage Actualités en séance plénière du colloque de restitution du programme Lauziers et bâtisseurs en pierre sèche du Massif Central (Laubamac), la chercheuse n’a pas caché les difficultés de l’exercice comparatif, lorsqu’il s’arrête à la livraison des ouvrages : « Le coût du béton varie avec les difficultés d’accès au chantier ». Mais sur la durée, la pierre sèche l’emporte facilement, grâce à son faible coût d’entretien : « Un résultat susceptible d’encourager les maîtres d’ouvrage sur la voie d’une vision moins courtermiste », commente Anne-Sophie Colas.


Ce résultat renforce 20 ans de travaux résumés par Denis Garnier, chargé de recherche à l’Ecole nationale des ponts-et-chaussées : « Dès le début, nous avons encadré des recherches en partenariat avec les professionnels, ce qui ne faisait alors pas partie de nos habitudes », souligne l’ingénieur, qui a travaillé aussi bien avec les Artisans bâtisseurs en pierre sèche (ABPS) de Ventalon-en-Cévennes (Lozère) qu’avec la Fédération française des professionnels de la pierre sèche qui siège à Nanton (Saône-et-Loire).

Choc d’assurabilité

Ce travail a mis le matériau et les savoir-faire vernaculaires sur la voie de la normalisation qui ouvre celle de l’assurabilité, un des principaux chantiers de Laubamac. 10 ans d’analyse de 20 chantiers pilote sélectionnés en janvier 2019 vont consolider l’acquis, sous l’égide d’un groupe de travail conjoint des ABPS et de l’Agence qualité construction. 26 bâtisseurs qualifiés participeront aux opérations qui couvrent la géologie du grand sud : basalte, calcaire, granite, phonolite, gneiss et schiste, utilisés en réemploi ou en sortie de carrière.


« Sans attendre les résultats, les deux principales compagnies d’assurance présentes sur le marché de la construction (Maaf et SMA BTP) ont déjà trouvé un cadre adéquat pour assurer les bâtisseurs, grâce aux règles professionnelles de la pierre sèche, coéditées en 2017 par les ABPS et la fédération française du bâtiment. Groupama et Axa les ont rejointes dans le groupe de travail », témoigne Cathie O’Neill, directrice des ABPS. Ce cadre reste à améliorer, en raison de la disproportion entre le coût forfaitaire de l’assurance décennale et la taille modeste des chantiers concernés.

Essaimage

Pour gonfler le moral des sept partenaires de Laubamac, le déblocage de freins techniques, règlementaires et financiers s’ajoute à la multiplication d’initiatives publiques, régionales et locales, dans un périmètre de plus en plus large. « 40 maîtres d’ouvrage publics ou associatifs ont bénéficié du dispositif Pousse Pousse », annonce par exemple Isabelle Massebeuf, vice-présidente du parc naturel régional (PNR) des Monts d’Ardèche. 200 personnes et cinq entreprises ont participé aux chantiers qui ont mobilisé 580 000 euros. Le parc annonce le démarrage d’un nouveau plan pierre sèche en septembre.

Loin de se cantonner aux restaurations patrimoniales, ces politiques stimulent aussi des créations contemporaines : un créneau en plein essor, comme le souligne l’étude réalisée par l’architecte Hélène Bouchard-Séguin pour le parc national des Cévennes, un des deux piliers et animateurs de Laubamac à côté des ABPS.

Sans même attendre la livraison des derniers travaux du programme, ces derniers ont déposé en mars les demandes de financements relatifs aux 15 projets identifiés du nouveau programme Laubapro, pour un total de 812 000 euros jusqu’en 2021. Quatre nouveaux partenaires s’ajouteront aux sept acteurs du premier exercice.

Micro-carrières

La naissance récente de l’Association des lauziers couvreurs (ALC), portée par la Chambre de métiers de la Lozère, justifie l’un des nouveaux chantiers en instance : celui de l’accès à une ressource caractérisée par des petits gisements disséminés. L’expérience de la micro-carrière ouverte à l’été 2018 dans les Causses du Quercy par l’artisan lauzier d’Espedillac (Lot) Vincent Caussanel, pour la restauration d’une caselle (abri), a mis en lumière l’importance du sujet, dans un territoire où le savoir-faire s’était perdu. Les parties prenantes ont vérifié l’adéquation de la procédure de télé-déclaration – limitée à des chantiers patrimoniaux pour une durée maximale de cinq ans à raison de 100 m3/an - à cette opération inscrite dans un projet de création de sentier des caselles, à travers la vallée du Célé.


Cette expérience n’épuise pas le débat sur la ressource : « Avec le réemploi, j’estime que nous avons 15 à 20 ans devant nous. Au-delà, s’il fallait recourir à l’importation, cela impliquerait une perte de sens », alerte Pierre Lerouxel, gérant de Lerouxel Couverture à Barjac (Lozère) où il emploie sept salariés dont son père, en retraite progressive.

exemple de toiture en lauze récemment restaurée sur un four à pain du causse Mejean

Relais assuré

Alors que l’instruction du dossier de financement de Laubapro commence au Commissariat général à l’égalité des territoires, la commissaire du Massif central n’a pas laissé les lauziers et bâtisseurs en pierre sèche dans le doute : « Nous soutiendrons Laubapro, après Laubamac », a déclaré Frédérique Gomez dès l’ouverture du colloque de Florac.

Soucieuse de valoriser tous les savoir-faire d’un territoire « grand comme le Portugal ou l’Irlande », elle appelle à l’union de ses composantes, en particulier la Creuse, trop discrète à ses yeux dans Laubamac. Frédérique Gomez suggère une alliance entre tous les matériaux de construction typiques du Massif Central : « Croisons les filières bois, laine, chanvre et pierre ».

Le granite décoiffant du Sidobre

Avec ses surfaces polies pour un rendu de type zèbre ou léopard, le granite du Sidobre décoiffe. Au sud du Tarn, les 13 carrières et les 100 ateliers du premier territoire français d’extraction et de transformation de la roche cristalline ont engagé une métamorphose radicale en 2017. Source des deux tiers de leur chiffre d’affaires, le marché funéraire avait façonné une image poussiéreuse et des mentalités fatalistes, jusqu’à l’arrivée des aiguillons du design et de la jeunesse.
« Quand nous avons lancé l’idée de travailler sur les revêtements et les finitions, les entreprises n’y croyaient pas », témoigne Cécile Kieffer, directrice de Granite et pierres du Sidobre. Qu’à cela ne tienne : au début de l’année 2017, l’association mobilise six jeunes designers, coordonnés par Jérôme Tarbourieh. Ordre de mission : associer le granite avec d’autres ressources locales complémentaires, en particulier le bois et le cuivre. Les yeux neufs produisent leur effet : six mois ont suffi pour sortir neuf prototypes à la Paris design week de septembre 2017. Quelques événements plus tard comme le Off du design à Milan ou une exposition à la galerie Via à Paris, la gamme Griffé Sidobre comprend 30 produits de mobilier intérieur ou urbain. Six cœurs de village du Tarn se sont laissé séduire par l’idée d’offrir une vitrine locale à la renaissance du granite. Prochaine étape : à l’instar des granitiers bretons et des exploitants de carrières de pierre de Bourgogne, Granite et pierres du Sidobre va engager une procédure d’indication géographique protégée.

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