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Les petites maisons sur le toit

Stéphanie Obadia |  le 08/09/2017  |  TechniqueBâtimentDeux-SèvresYvelines

Trente-trois logements ont été posés au-dessus de trois barres d'immeubles à Poissy, grâce à un recours poussé à la préfabrication.

A quelques centaines de mètres de la villa Savoye, dans le quartier Beauregard à Poissy (Yvelines), l'opération de réhabilitation de logements et de surélévation des immeubles Blanche de Castille, Foucault et Ronsard ne passe pas inaperçue. Les maisonnettes posées sur les toits de trois barres d'immeubles, construites en 1957 par l'architecte Charles-Gustave Stoskopf pour héberger les ouvriers de l'usine Simca, donnent à l'ensemble une allure résolument contemporaine. Vieillissantes, ces barres de 180 logements étaient de véritables passoires thermiques avec leur consommation entre 200 et 280 kWh/m2 .an.

Outre l'isolation par l'extérieur, la rénovation des logements, l'installation d'ascenseurs et de balcons rapportés de 6 m2 pour chaque appartement, le cabinet d'architectes Virtuel a proposé de surélever les immeubles et d'y ajouter 33 logements. « Lorsque l'on propose une réhabilitation, il faut parfois changer l'image globale de la résidence, explique Laurent Pillaud, l'architecte. Ajouter des éléments au-dessus et sur le côté modifie complètement la perception des immeubles. Les balcons et les débords des maisons apportent un nouvel aplomb et donc une nouvelle silhouette des bâtiments. » Une proposition qui ne déplaît ni au bailleur social Vilogia, qui peut ainsi améliorer la rentabilité du foncier et répondre à la rareté du logement en Ile-de-France ; ni aux habitants, un peu las des travaux, certes, mais surpris de voir des « baraques là-haut », « des chalets sur le toit »…

Des modules prêts à l'emploi. La spécificité de ce projet réside dans la préfabrication en usine de modules en bois entièrement finis. Cette technique s'est imposée à l'architecte. « Elle répond à la fois aux exigences de légèreté de la structure et de rapidité de l'opération, mais elle présente surtout l'avantage d'assurer un chantier sans poussières, limitant les nuisances pour les habitants », poursuit Laurent Pillaud.

Ainsi, de novembre 2016 à mai 2017, les locataires ont pu assister au ballet aérien d'une centaine de modules préfabriqués en 3D. Les unités totalement équipées, des sanitaires jusqu'aux prises électriques, ont été acheminées par camion depuis l'usine CMB à Mauléon (Deux-Sèvres), puis montées progressivement une fois le support préparé (lire pages suivantes).

Bien orchestrée et cadencée, la pose a finalement nécessité la présence de seulement six salariés de CMB lors du levage, et de trois le reste du temps. Ces maisons, dont la consommation est estimée à 70 kWh/m2 .an en énergie primaire (objectif RT 2012), sont équipées d'éclairages à basse consommation, d'une ventilation mécanique contrôlée (VMC) hygro B particulièrement économe, d'un ballon d'eau chaude sanitaire (ECS) thermodynamique et d'une isolation en laine de roche.

Initialement prévue pour septembre 2017, la livraison est repoussée à avril 2018. En cause : un problème d'humidité des habitations existantes qui a dû être résolu, mais surtout à une préparation du support plus délicate que prévu (lire p ages suivantes). Près de deux ans de travaux pour un résultat qui fera sans doute beaucoup lever les yeux des habitants et des visiteurs.

Maître d'ouvrage : Vilogia. Maître d'œuvre : Virtuel Architectes, mandataire, BET ETHA. Entreprises : GTM Bâtiment (entreprise générale), CMB (modules bois). Coût : 9,6 millions d'euros HT.

Calendrier des travaux : de mai 2016 à avril 2018.

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Préfabrication - Seuls les toits ont échappé à l'usinage

Les maisons posées sur les toits de trois immeubles de Poissy (Yvelines) ont toutes été dessinées, puis usinées sur le site de l'entreprise CMB. Lors de la préfabrication, chaque unité a bénéficié d'une qualité de finition avancée : peintures intérieures, sanitaires, cuisine, finitions de sol, menuiseries double vitrage en PVC (Uw = 1,45), bardage en douglas pré- grisé… Les prises électriques, canalisations et réseaux sont déjà intégrés. « En atelier, dans un environnement stable et confortable, chaque ouvrage est exécuté par les différents corps d'état “à la chaîne”, ce qui a permis d'optimiser les tâches », indique Patrice Millet, gérant de CMB en charge du lot bois.

Trois à quatre modules par logement. Les modules en ossature bois ont ensuite été acheminés par camion, puis livrés entièrement finis sur site. Il ne restait plus aux équipes qu'à les raccorder. La cadence était régulière : chaque mercredi, deux logements étaient posés sur le toit. Chacun était constitué de trois ou quatre modules de 3,40 x 8 m pour les plus grands, et 2,80 x 8 m pour les plus petits. La préfabrication sur ce chantier est allée jusqu'aux coursives d'accès étanches en lamibois (LVL), et même aux balcons rapportés sur la façade existante de l'immeuble. Seuls les toits des maisons ont été assemblés sur site, levés, puis posés en une fois sur chaque logement.

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Une préparation du toit minutieuse

Etape 1

Pour renforcer la structure existante, des poteaux bois (1) sur refends et des poteaux béton (2) sur façade ont été insérés. Une poutre en bois (3) a ensuite été posée afin de supporter les modules. Puis une trémie (4) a été insérée pour prolonger l'escalier. Des murs coupe-feu en béton cellulaire siporex et bois (5) ont également été pensés entre les logements et les parties communes.

Etape 2

Des bracons en bois (1) ont ensuite été posés sur un vide sanitaire de 1,50 mètre afin de supporter la passerelle en bois (2).

Etape 3

Le support est enfin prêt à accueillir les modules assemblés par de simples raccords. Chaque maison comprend plusieurs modules. Ici, le module entrée et salon.

Etape 4

La toiture une fois assemblée sur site est posée. Des balcons « en colonnes » préfabriqués, en douglas, viennent ensuite habiller la façade.

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Travaux sur le support - Pose délicate en site occupé

La préparation du support était l'un des points les plus délicats de cette surélévation. Elle a nécessité un travail minutieux réalisé en site occupé. En effet, les maisons devaient coiffer la toiture existante en pente, composée d'un bac acier et de poutrelles métalliques en treillis. « Nous avions envisagé de poser les modules directement sur les acrotères. Or, il s'est avéré que ces derniers étaient en parpaings et non en béton comme le reste des murs, d'une épaisseur de 30 cm. Ils ne pouvaient donc pas supporter les modules », explique Patrice Millet de l'entreprise CMB, en charge du lot bois.

« Trouver des appuis sur l'existant ». « La difficulté a consisté à trouver des appuis sur l'existant », précise Issiak Lassissi, conducteur de travaux principal pour GTM. Après avoir découpé le bac acier et mis en place une bâche et un coffrage, des poteaux en bois sur refends et des poteaux en béton sur façade ont été insérés tout du long, afin de descendre les charges sur les voiles porteurs en béton.

Tout ceci en site occupé, en sachant que seul un panneau horizontal de plaque de plâtre de 10 mm séparait le logement de la surface percée ! Pour l'anecdote, le pied d'un ouvrier a d'ailleurs ripé sur le haut d'une armoire d'un locataire du dernier étage… Une poutre en bois principale a ensuite été posée pour supporter les modules et une trémie a été réalisée pour le prolongement des escaliers. Des murs en béton cellulaire et bois ont été placés entre les logements et les parties communes tandis que des bracons en bois ont été installés afin de supporter la passerelle posée sur un vide sanitaire de 1,50 m, une fois l'étanchéité des terrasses effectuée. Une fois ces étapes achevées, l'ensemble était prêt à recevoir les modules assemblés entre eux par de simples raccords, puis, pour finir, la toiture et les balcons bois préfabriqués « en colonnes ». Un véritable jeu de construction !

4 -La toiture existante en pente comprenait un bac acier et des poutrelles métalliques en treillis. Il a fallu renforcer le support via des poteaux en béton sur façades et des poteaux en bois sur refends. Les modules des maisons ont ensuite été posés sur un vide sanitaire de 1,5 m, puis assemblés entre eux par de simples raccords. 5 -Après avoir découpé le bac acier de la toiture, des poteaux en bois sur refends ont été insérés afin de descendre les charges sur les voiles porteurs en béton. 6 -Les balcons en douglas, également préfabriqués, ont été montés « en colonnes ».

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