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Les peintures dépolluantes à l'épreuve du réel
La peinture est considérée comme efficace si elle absorbe au moins 40% des composés organiques volatils d'une pièce en 24 heures. - © FIPEC

Les peintures dépolluantes à l'épreuve du réel

Dossier coordonné par Julie Nicolas - Augustin Flepp |  le 11/05/2018  |  Second œuvreRevêtements murauxPeinture

En laboratoire, ces produits détruisent jusqu'à 85 % des polluants. Mais le protocole présente des limites.

Dans le monde secret de la chimie, l'innovation technologique est de mise ! Portées par un cadre réglementaire renforcé, les peintures dites « dépolluantes » ont fait une apparition remarquée sur le marché de la construction, notamment dans les établissements recevant du public (ERP). C'est le cas des bâtiments médicaux qui seront soumis dans les prochaines années à une surveillance accrue de la qualité de l'air intérieur, une obligation qui concerne déjà les crèches et les écoles maternelles. Grâce à ces produits, les géants de la peinture promettent de capter et de neutraliser en quelques heures les substances nocives présentes dans les environnements intérieurs.

Pionnier en la matière, l'entreprise Onip garantit depuis 2013 l'élimination du formaldéhyde présent dans une pièce pour une durée de sept à vingt ans selon les finitions utilisées. Tollens (groupe Cromology), via sa technologie Captéo, assure détruire 80 % des polluants en cas d'application sur tous les murs et au plafond. Pour Beissier, l'une des marques du groupe STO spécialisée dans les enduits, le taux atteint même 85 %.

Des paramètres précis sont pris en compte lors des essais en laboratoire : température, hygrométrie, débit d’air…

Du formaldéhyde à la vapeur d'eau. Pour obtenir ces performances, les industriels ont recours à un processus d'absorption et de destruction chimique suivant le protocole d'essai en laboratoire de la norme ISO 16000. Plusieurs paramètres sont pris en compte, comme la température (23 °C), l'hygrométrie (50 %), le débit et le renouvellement d'air… La formule, secrètement gardée par les chimistes, consiste à capter le formaldéhyde, l'une des substances les plus présentes dans les lieux clos, et à le transformer 2 « Nous considérons que la peinture est efficace lorsqu'elle capable de détruire 40 % des composés organiques volatils (COV) d'une pièce au bout de 24 heures », affirme François Legay, responsable réglementaire de la Fédération des industries des peintures, encres et couleurs (Fipec).

Cette méthodologie scientifique reconnue sur le plan international présente toutefois des limites : pas d'obligation de résultats, des tests en cellule confinée… « Les études menées sur les peintures dites anti-COV sont classiquement réalisées dans une petite enceinte expérimentale et selon des conditions environnementales maîtrisées », constate Fabien Squinazi, ex-directeur du Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris. Dans le cadre d'une étude conduite en collaboration avec le groupe Siniat, cet expert a testé l'efficacité de plaques de plâtre dépolluantes et d'une peinture anti-COV (1) dans des conditions réelles d'utilisation (cellule d'essai de 25 m3), sans aucune maîtrise de la température et de l'hygrométrie, et en présence d'une source polluante ( panneaux de bois aggloméré).

Réviser ou non la norme ? Le résultat est surprenant : les pièces recouvertes de la peinture « active » ont observé une hausse de la concentration de formaldéhyde au bout de plusieurs mois. « Cette étude réaliste montre la difficulté pour une peinture dite anti-COV à dépolluer un environnement intérieur, probablement en raison de sa faible épaisseur », déplore Fabien Squinazi. Une conclusion à relativiser toutefois, puisque les scientifiques se sont concentrés sur une seule peinture dépolluante et que cette étude date… de 2015. Mais le débat sur la révision ou non de la norme ISO 16000 est lancé. Fabien Squinazi présentera les travaux de son expérimentation lors du congrès Atmos'Fair, les 19 et 20 juin prochains, à Paris.

 

(1) Fabien Squinazi a d'abord testé en laboratoire un échantillon de plusieurs peintures anti-COV, avant de sélectionner la plus performante pour l'étude réalisée avec Sinat.

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