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Les micro-algues vont-elles envahir les bâtiments ?
Anock Legendre souhaite également obtenir auprès du CSTB un Atex. - © © X-Tu

Les micro-algues vont-elles envahir les bâtiments ?

eric Leysens |  le 27/03/2013  |  ArchitectureBâtimentTechnique

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L'architecte Anouck Legendre de l'agence X-Tu est persuadée que, demain, les façades des bâtiments seront des usines à micro-algues. Elle a conçu un système de double mur, breveté, qui sera bientôt testé grandeur nature.

« Les parois opaques de bâtiments ne servent à rien ». Partant de ce constat, l'architecte Anouck Legendre réfléchit, au sein de l'agence X-Tu, depuis plusieurs années, à la possibilité d'élever des "façades usines" qui rendraient «la ville productrice de ses besoins». A ceux qui considèrent que le concept relève plus de la  science-fiction que du monde du bâtiment, Anouck Legendre répond qu'il faut se rendre en Asie, « où les surfaces cultivables deviennent inexistantes », pour se rendre se compte que ce système pourrait devenir « la façade standard de demain ».

Après avoir démarré ses réflexions sur des solutions de culture de micro-algues cylindriques, l'agence X-Tu a travaillé au développement  d' "un double mur-rideau photosynthétique" , pour lequel un brevet a été déposé.

Schéma du double mur, offrant des loggias lorqu'il est installé sur un immeuble de logements
Schéma du double mur, offrant des loggias lorqu'il est installé sur un immeuble de logements - © © X-Tu

C'est le laboratoire de Génie des procédés – environnement – agro-alimentaire (GEPEA), basé à Saint-Nazaire, qui a persuadé Anouck Legendre de s'orienter vers une solution plane. Le développement du plancton se faisant par photosynthèse, la productivité est, selon le GEPEA, supérieure lorsque les micro-algues sont cultivées à l'intérieur d'une surface plane car la lumière s'y propage mieux.

Si le rendement est important, c'est qu'il constitue la base du modèle économique de cette façade à micro-algues. L'objectif est, que le façadier, bénéficiant de la revente de la biomasse produite, puisse être à même de proposer des prix compétitifs aux maîtres d'ouvrage. Les micro-algues servent déjà beaucoup dans la cosmétique, de plus en plus dans l'industrie alimentaire et pourraient dans un futur plus ou moins proche, devenir une source d'énergie.

Avec le GEPEA, le  groupe Séché-Environnement, AlgoSource Technologies, société proposant des services d'ingénierie et de conseil, dans le domaine de la production et la valorisation industrielle des micro-algues, et le bureau d'études Oasis,  X-Tu devrait prochainement former une société dédiée au développement de cette façade productrice de micro-algues. Un essai sera mis en place sur le site du  GEPEA en juin, puis un pilote industriel, façade de 200 à 400 m², sera installé sur l'usine d'incinération de Nantes Metropoles (Alcea), exploitée par Séché-Environnement.

Des usines à micro-algues en ville

Mais les créateurs de cette double peau ont pensé le système pour une application sur des immeubles de bureaux et de logements. L'espace entre le mur de microalgues et celui à la verticale du bâtiment offre des loggias qui peuvent être plus ou moins fermées selon la saison et participent ainsi au confort thermique des occupants.

Cependant, l'installation en site urbain est moins évidente qu'en zone industrielle. Tout d'abord, alors qu'une usine dégage du CO2, élément indispensable à la croissance des algues, en zone urbaine il faut prévoir l'approvisionnement de cette molécule. Aussi, le mur de micro-algues doit être vidé, en partie, plusieurs fois par semaine. L'eau chargée en plancton peut être traitée sur place, il est alors nécessaire d'installer une centrifugeuse. La biomasse récoltée doit alors être évacuée.
Jack Legrand, directeur du GEPEA se veut rassurant. « Une façade de 10 000 m² représente un volume d'eau de 1000 m³ et produira annuellement 50 tonnes de biomasse », explique ce dernier. Cela correspond à une récolte de 300 kilos tous les deux jours, un volume qui ne devrait pas engendrer des allers-retours de poids lourds.

D'un point de vue comptable, le système ne serait viable qu'à partir de 15 000 m² de façade installée. C'est pourquoi Anouck Legendre parle de « quartier à micro-algues ». Dans ces îlots, l'énergie fatale des datacenters et autres équipements informatiques des immeubles de bureaux apporterait les calories nécessaires au développement du plancton.

« Ce qui coûte, c'est l'entretien », indique Anouck Legendre dont l'objectif est de proposer, comme les solaristes le font, « un système clé en main: de l'offre bancaire jusqu'à l'entretien ».  Jack Legrand explique qu'un courant d'air traverse le mur de manière à éviter que des dépôts de plancton se forment sur les parois. « Le prochain test grandeur nature nous permettra de réfléchir à l'agencement de cette circulation d'air», précise ce dernier.

Un bilan environnemental à dresser

Le pilote industriel sera l'occasion de se confronter au bilan énergétique et d'évaluer l'énergie grise du système qui nécessite le fonctionnement de réseaux hydrauliques et la réalisation régulière de vidange.  « Il faudra regarder s'il est possible de remplir le mur de culture avec de l'eau usagée », remarque Jack Legrand.

Exemple à la défense avec des algues rouges
Exemple à la défense avec des algues rouges - © © X-Tu

En attendant que le bilan environnemental soit établi, Anouck Legendre souhaite rassurer ses confrères sur l'esthétique de cette double peau photosynthétique. « Il est possible de produire de l'algue bleue ou rouge. Les architectes ne seront pas condamnés au vert. Ils pourront même changer la couleur de la façade d'une saison à l'autre, en fonction de l'algue la plus recherchée sur le marché ».

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