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Les majors s'adaptent à la crise

laurence francqueville |  le 02/04/2010  |  ConjonctureEntreprisesTransportsCollectivités localesGironde

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Construction routière -

Malgré une année 2009 difficile, caractérisée par des résultats en très nette baisse, les majors français de la route poursuivent leur stratégie d'intégration verticale. Ils recherchent plus que jamais la récurrence de l'activité et explorent de nouvelles voies comme le rail.

L'année 2009 a été éprouvante dans la construction routière. Sur les trois majors français, seul Eurovia affiche un bilan bien meilleur que celui du pôle construction de sa maison-mère, Vinci. Après dix années de croissance, Colas, numéro un mondial du secteur, a vu ses résultats baisser fortement l'an dernier (voir tableau). Idem pour Eiffage Travaux publics. Des baisses que seule la livraison de grands chantiers intervenue en 2008 (route des Tamarins à La Réunion, LGV Perpignan-Figueras) vient relativiser.

Les majors ont subi la forte contraction des investissements privés et publics, un hiver rigoureux et la remontée tout au long de l'année des prix des matières premières (notamment le bitume). Colas a particulièrement souffert aux Etats-Unis (où le plan de relance n'a été attribué qu'à 25 %), en Europe centrale et dans les DOM (- 18,5 %). Eurovia a progressé hors de l'Hexagone, porté par quelques grands projets au Canada, en République tchèque et en Pologne.
En France, l'efficacité du plan de relance a été unanimement saluée. En particulier grâce à l'adhésion massive des collectivités locales au dispositif de remboursement anticipé de TVA. Ceci a permis d'éviter que la crise ne se cumule avec la traditionnelle contraction post-électorale des investissements municipaux. Pour Hervé Le Bouc, P-DG de Colas, « cela nous a donné un coup de fouet à partir de septembre ». Les trois majors se félicitent aussi de la reprise des projets de tramways, et de la bonne tenue des activités de spécialités et des travaux liés à l'énergie.

Dérapage des prix

La route et plus globalement les travaux de voirie et réseaux figurent parmi les prestations les plus impactées par la baisse des prix consentie. Certes, les marges opérationnelles ne s'effondrent pas. Mais seul Eurovia a réussi à stabiliser aussi son volume d'activité. « Dans certaines régions comme l'Ile-de-France, la baisse des prix est irrationnelle compte tenu du niveau d'activité », s'irrite Jean Guénard, président d'Eiffage Travaux publics. Christian de Pins, directeur général de Colas France, se veut lucide : « De ce que nous observons, les parts de marché sont stables. Preuve que nous avons tous fait à peu près les mêmes efforts et à peu près les mêmes bêtises. »
Face au retournement de conjoncture, les grands patrons privilégient la rentabilité par rapport au volume, veillent sur la trésorerie et font la course aux économies, réduisant les investissements (Eurovia et Eiffage Travaux publics - 25 %, Colas - 32 %). Seule exception : l'intégration verticale, devenue stratégique compte tenu de l'avantage concurrentiel qu'elle procure (sécurisation des approvisionnements notamment). Ainsi Colas, tout en continuant à augmenter ses capacités de stockage, compte finaliser bientôt le rachat d'une unité de production de bitume à Dunkerque. De son côté, Eurovia a annoncé l'achat auprès de Tarmac d'une centaine de carrières en Europe, qui gonfle sa capacité de production de 37 % à 110 millions de tonnes par an. Un joli coup pour la filiale de Vinci, dont l'offre globale pour les carrières de France, d'Allemagne, de Pologne et de République tchèque a fait la différence. Eiffage Travaux publics n'est pas en reste avec l'ouverture d'un site d'extraction en Guyane d'une capacité de 250 000 tonnes par an, et demeure, comme les autres, à l'affût des opportunités.
Pour répondre à la crise, les entreprises ont commencé à adapter leurs structures. Outre la baisse du recours à l'intérim et à la sous-traitance, la mobilité des équipes a apporté de la flexibilité. Par ailleurs, la formation et la recherche de polyvalence ont été intensifiées. Chez Eiffage Travaux publics, des ouvriers routiers deviennent maçons. Plus fondamentalement, l'accalmie d'aujourd'hui est l'occasion de rappeler les fondamentaux du métier à de jeunes patrons qui, n'ayant connu que la croissance, ont pu perdre leur sang-froid en début de crise.
La qualité, enfin, redevient une priorité. L'Union des syndicats de l'industrie routière française (Usirf) estime le coût de la non qualité à 0,5 % du chiffre d'affaires. Eiffage Travaux publics ambitionne ainsi de certifier tous ses chantiers ISO 14001 d'ici à 2012, même en Europe.
Pour cette année, les trois majors ne cachent pas leurs inquiétudes. Et les mauvaises conditions météorologiques de ce début d'année ajoutent à leur désarroi. Ils relèvent tout d'abord le fort attentisme des collectivités et espèrent que les exécutifs régionaux se mettront rapidement à l'ouvrage. Colas, qui craint de voir s'évanouir le projet de tram-train à La Réunion (1,5 milliard d'euros, dont 682 millions en part propre), n'attend pas d'embellie avant 2011. « La tenue de l'activité dans la route dépendra de la politique d'investissement des collectivités locales », indique Hervé Le Bouc.

2010, une année de transition

Jean Guénard, par ailleurs président de la commission économique de la FNTP, se dit « attentif voire inquiet sur la poursuite d'un plan de relance déjà engagé à 75 % ». Il constate d'ailleurs une baisse du nombre de lots de travaux publics lancés en janvier-février sur un an et un certain ramollissement dans le petit assainissement et la route.
Et ce n'est pas l'investissement privé, représentant un bon quart des revenus, qui prendra la relève. Pour l'heure, les carnets de commandes sont stables (Eiffage Travaux publics) voire remontent (Colas  7,6 % et Eurovia  23 %). Leur durée d'écoulement, qui tend à s'allonger grâce à une proportion de plus en plus importante de contrats pluriannuels, est un signe encourageant dans ce contexte incertain.
Jacques Tavernier, P-DG d'Eurovia, estime à 70 % l'activité qu'Eurovia réalise via des contrats d'entretien-maintenance. Colas cite en exemple la Grande-Bretagne, où il gère 3 500 km de routes, soit un tiers du réseau. Enfin, le démarrage des chantiers de « verdissement » des autoroutes et les nouveaux contrats de plan signés par les concessionnaires avec l'Etat devraient générer rapidement des travaux. Et puis quelques projets se profilent comme la mise à 2 × 3 voies de l'A 63 entre Salles (Gironde) et Saint-Geours-de-Maremne (Landes), l'A 150 entre Ecalles-Alix et Barentin (Seine-Maritime). Pour tous, l'objectif est de faire le dos rond en attendant 2011 et le démarrage des grands projets.
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PHOTO - 311894.BR.jpg
PHOTO - 311894.BR.jpg - © Pascal LE DOARÉ/eiffage travaux publics

Les résultats des majors français de la construction routière en 2009

En millions d'euros

Colas

2009/
2008

Eurovia

2009/
2008

Eiffage Travaux publics

2009/
2008

Chiffre d'affaires global

11 581

- 9,4 %

8 003

- 2,2 %

3 731

- 5,1 %

Résultat opérationnel

541

- 20 %

319

- 7,8 %

121

- 28 %

Marge opérationnelle

4,7 %

- 0,6 pt

4 %

- 0,2 pt

3,2 %

- 1,1 pt

Résultat net (part du groupe)

387

- 21 %

206

- 1,5 %

59

- 36,6 %

Marge nette

3,3 %

- 0,5 pt

2,6 %

=

1,6 %

- 0,8 pt

Part de CA en France

58 %

58 %

85 %

L'année 2009 restera celle du basculement après une décennie de croissance ininterrompue. Conséquence des prix bas pratiqués dans le secteur, les marges des majors se sont significativement érodées.
L'avenir des routières sur les rails

Les trois majors français des travaux publics ont clairement identifié le ferroviaire comme un axe stratégique pouvant leur apporter une activité assez récurrente, moins concurrentielle et donc plus rémunératrice. D'autant que les projets sont nombreux. La France prévoit de se doter de 2 000 km de LGV (Vinci vient d'être retenu pour la concession de la ligne Tours-Bordeaux, voir page 13 « L'essentiel ») et 1 500 km de transports en commun en site propre (dont plus de 300 km de tramways). Sans oublier la rénovation du réseau existant à laquelle RFF consacrera au moins un milliard d'euros par an pendant douze ans. Et sans compter les opportunités qui ne manqueront pas de se faire jour à l'étranger, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Pologne, en République tchèque, au Maroc.
Mais, pour prendre leur part du gâteau, les majors devaient étoffer leur offre, c'est-à-dire pouvoir réaliser les plates-formes mais aussi la pose des voies et caténaires, et donc renforcer leurs moyens matériels et humains. En trois ans, ils ont saisi les opportunités de croissance externe qui se sont présentées.
Colas a ouvert la marche en 2007 en achetant Spie Rail, qui fusionnera ensuite avec Seco Rail pour donner naissance à Colas Rail. Cette filiale réalise désormais 518 millions d'euros et compte bien atteindre le milliard. De son côté, Eurovia a créé Eurovia Travaux ferroviaires après le rachat de Vossloh Infrastructure Services en 2008. Cette activité pesait 300 millions en 2009. Jacques Tavernier, P-DG d'Eurovia, privilégie maintenant la croissance interne pour développer ses compétences. Enfin, la réalisation de la LGV Perpignan-Figueras a fini de convaincre Eiffage qu'il lui fallait développer son outil de production, limité jusque-là à sa filiale de génie civil ferroviaire allemande Wittfeld et à STPV Voies ferrées. Il a acquis, fin 2009, Heitkamp Rail, une société allemande spécialisée dans la pose et la maintenance de voies. Dans la foulée, une structure dédiée a vu le jour : Eiffage Rail qui, à l'instar de ses concurrents, est dans les starting-blocks.

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