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Les majors du BTP écrivent l'après-crise

le 16/03/2018  |  EntreprisesAllierCôte d'OrHauts-de-SeineParis

Conjoncture -

Vinci, Bouygues et Eiffage disposent de solides carnets de commandes, alimentés par le dynamisme du marché français. International et redressement des marges des activités travaux sont prioritaires.

Les majors du BTP le savent mieux que personne, chaque tunnel a une entrée et une sortie. Et au vu des résultats 2017 annoncés ces dernières semaines, les analystes sont quasi unanimes : Vinci, Bouygues et Eiffage s'extraient du long corridor de la crise, qui affecte leur activité BTP depuis cinq ans au moins. Les titans français ont tous atteint l'an passé leurs objectifs de croissance - ce qui était plutôt attendu avec la reprise du BTP esquissée en 2016 -, les dépassant même parfois. Les bénéfices sont eux aussi au rendez-vous, témoignant de la capacité des « business models » respectifs à capter de la valeur. « Les taux de marge opérationnelle des majors ont commencé à se redresser en 2017 », analyse Xavier Fournet, associé KPMG, responsable construction et infrastructures.

La profitabilité de chacun des géants français s'est même envolée l'an passé. Vinci, qui a annoncé le 7 février un chiffre d'affaires de 40,2 Mds € (+ 5,7 % par rapport à 2016), a vu son résultat net bondir de plus de 15 %, à 2,7 Mds €. Pour Bouygues, la croissance du chiffre d'affaires atteint 4 %, à 32,9 Mds €, pour un résultat net qui décolle de 48 % (plus de 1 Md €), des résultats dévoilés par le groupe familial le 22 février. Eiffage, dernier à fournir ses scores, le 1er mars, affiche de son côté un chiffre d'affaires tutoyant les 15 Mds € (14,976 Mds €, + 6,9 %), son résultat net gonflant de plus de 23 %, à 512 M€. L'optimisme prévaut déjà pour 2018. Il s'appuie sur des carnets de commandes bien remplis : au 31 décembre dernier, Vinci disposait déjà d'un volume consolidé d'activité de 29,3 Mds € (+ 7 % par rapport à 2016), Bouygues de 31,9 Mds € (+ 6 %) et Eiffage de 12,9 Mds € (+ 7 %). L'équivalent d'une année d'activité, ou presque.

Cycle électoral. Au moins trois raisons expliquent cette santé retrouvée. La première, c'est que si la conjoncture internationale est bien orientée, la locomotive commerciale française a aussi redémarré en trombe. « Après des points bas historiques et successifs en 2014, 2015 et 2016, le marché français a bien redémarré en 2017 », note Xavier Fournet. Une bonne nouvelle, tant le marché domestique pèse lourd dans les activités travaux publics et construction : 46 % pour le pôle construction de Bouygues, 53 % pour Vinci Construction et près de 80 % pour Eiffage.

« Les grands groupes ont su s'adapter pendant la crise. Désormais, ils en récoltent les fruits » Xavier Fournet, associé KPMG

Le trio a profité « du dynamisme de l'investissement industriel et de la croissance forte de l'immobilier », énumère le consultant. Le cycle électoral favorise, lui, le dégel de l'investissement local. « Les élections municipales approchent et les élus souhaitent présenter des projets, pointe Jean-Romain Bardoz (PwC). Ce qui explique aussi le redressement du marché de la construction et de la route. » Bien sûr, personne n'oublie le « chantier du siècle » du Grand Paris Express (GPE), dont chacune des majors a déjà remporté des lots. Mais le meilleur reste à venir, à en croire les experts. « Le GPE commence à peine à produire ses effets sur l'activité, souligne Xavier Fournet. Les lots remportés garnissent les carnets de commandes et auront des impacts beaucoup plus importants dans les chiffres 2018. » Quant à l'étalement du calendrier de réalisation du GPE décidé par le gouvernement (2030 au lieu de 2025), il ne devrait pas avoir de conséquences négatives. Selon Yan Ricaud, associé responsable du secteur ingénierie et construction chez PwC, « concentrer tous les gros travaux sur une courte période risquait de générer un effet de surchauffe et de susciter l'arrivée de compétiteurs étrangers ».

La deuxième raison du dynamisme des majors, c'est leur efficacité opérationnelle. « Ces groupes ne sont pas restés les bras croisés pendant les années difficiles, décrypte Xavier Fournet. Ils ont fourni de gros efforts pour, d'abord, dégager des gains de productivité importants en questionnant l'efficacité de leur organisation sur chantier. » Vinci, Bouygues et Eiffage ont, selon lui, su se rendre plus agiles et réduire leurs coûts fixes. « Le tout en intégrant la numérisation de leur processus de production. Et on ne mesure pas encore l'incidence de l'usage du BIM, qui devrait fournir de nouvelles optimisations des coûts tout en augmentant encore la qualité des ouvrages. »

Présence forte à l'international. La troisième raison du succès est leur internationalisation, à travers notamment une présence dans des zones stables politiquement et en croissance, tandis que des rachats ont conforté leurs positions sur des marchés dynamiques. Colas (Bouygues), déjà leader en Amérique du Nord, intègre par exemple en ce début d'année Miller McAsphalt, un poids lourd des travaux routiers (830 M€ de CA) dans son pays. Vinci Construction, lui, poursuit son implantation en Australie avec l'acquisition fin 2016 de Seymour White (285 M€ de CA), spécialiste du génie civil, du terrassement et des VRD. Eiffage, de son côté, va compter sur l'apport de la branche travaux maritimes de Saipem (100 M€ de CA), qui dispose d'un carnet de commandes de plus de 300 M€ en Afrique, Amérique latine et Moyen-Orient.

L'international demeure un axe fort de développement pour les majors, même si le dynamisme français a eu tendance à diluer les performances commerciales « hors frontière » l'an passé, indiquait par exemple Xavier Huillard, le P-DG de Vinci, qui a rappelé son objectif de 50 % de chiffre d'affaires à l'étranger à terme (41 % aujourd'hui).

Les majors ne manquent donc pas de défis pour 2018. Mais elles devront aussi gérer plusieurs dossiers chauds. A commencer par l'amélioration de la rentabilité de leurs activités « travaux », un objectif déclaré « prioritaire » par chacun des P-DG des majors. De fait, si la croissance organique est de retour dans les branches construction, les activités de concession chez Vinci et Eiffage, par exemple, alimentent pour plus de moitié les marges du groupe, alors qu'elles sont très minoritaires dans le chiffre d'affaires.

Ce chantier passe en priorité par un rétablissement des prix, dont le niveau est jugé « bas » à l'unisson par Vinci, Bouygues et Eiffage. « Leur activité s'est améliorée en volume, mais les prix n'ont pas eu tendance à remonter de façon significative, constate Yan Ricaud. Habituellement, il y a toujours un décalage entre croissance de l'activité et augmentation des prix. En ce sens, 2018 devrait être assez favorable. » Ces dernières devront aussi réussir à recruter au niveau que réclament les chantiers géants du Grand Paris et la croissance générale d'activité. Colas vise par exemple 3 200 embauches rien qu'en France… Sur ce plan-là, les majors auront du mal à éviter la surchauffe.

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Les majors européennes connaissent des fortunes diverses

Le millésime 2017 du BTP s'annonce contrasté en Europe. En Espagne, les groupes les plus tournés vers l'international profitent du rebond mondial. Ainsi, ACS, n° 2 européen en 2016 derrière Vinci, voit son chiffre d'affaires (CA) bondir de 9,1 %, à 34,9 Mds € (dont plus de 86 % à l'international), tandis que ses bénéfices gonflent de 6,8 %, à 802 M€. Le CA de Ferrovial (n° 7 européen) progresse de plus de 13 %, à 12,2 Mds € (près de 80 % à l'international), pour un bénéfice qui grimpe de 21 % (454 M€). Le plus modeste FCC, opérant pour plus de moitié sur son marché domestique, voit, lui, son CA reculer de 2,5 % (5,8 Mds €), mais engrange 118 M€ de bénéfices. En Autriche, Strabag (n° 6 européen derrière Eiffage) enregistre un retour de la croissance : son CA s'élève de 8 %, à 14,6 Mds €, et il s'appuie surtout sur un carnet de commandes plantureux de 16,6 Mds €, en augmentation de 12 %. L'Autrichien profite de nombreux contrats dans les infrastructures autoroutières allemandes.

La conjoncture est tourmentée pour Royal BAM (n° 9) qui voit son chiffre d'affaires à nouveau chuter en 2017, de 5 %, à 6,6 Mds €, son bénéfice plongeant de 7,5 %. Le Néerlandais a perdu un important contrat d'infrastructure portuaire dans son pays, et connaît des difficultés sur des marchés de génie civil en Allemagne et au Royaume-Uni. Le suédois Skanska (n° 4), qui a prévu de licencier 3 000 personnes dans le monde, doit annoncer ses résultats 2017 cette semaine, tout comme le britannique Balfour Beatty (n° 8) ou l'italien Salini Impregilo.

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Vinci vise les 50 % à l'international

Les faits marquants de 2017

Toutes les activités sont en hausse, le résultat net bondit de 15 % (à 2,7 Mds €). Plus de la moitié de la marge est générée par les concessions, qui ne pèsent que 16 % du chiffre d'affaires.

Vinci Construction, profitant de l'activité soutenue en Ile-de-France, renoue, comme Eurovia, avec la croissance organique.

Vinci Energies a réalisé 34 acquisitions en France et en Amérique du Nord, pour un équivalent de chiffre d'affaires de 1,6 Md €.

29,3 Mds €

Le montant du carnet de commandes global du pôle contracting, au 31 décembre 2017 (+ 7 % par rapport à 2016), dont 16,9 Mds € pour Vinci Construction (+ 6 %), 6,7 Mds € pour Vinci Energies (+15 %) et 5,7 Mds € pour Eurovia (+ 1 %).

Les défis de 2018

Vinci Construction sera candidat à tous les lots du Grand Paris Express. Le groupe a remporté en février, avec Spie Batignolles, un contrat de 400 M€ pour l'extension de la ligne 14.

Suite au rachat fin 2017 de l'ingénieriste australien Seymour Whyte (285 M€ de CA), Vinci Construction se renforce en Océanie, zone où il vient de remporter un contrat pour une liaison autoroutière en Nouvelle-Zélande (environ 415 M€).

Le premier opérateur mondial privé d'aéroports est bien placé pour racheter la participation de l'Etat (50,6 %, soit 8,8 Mds €) dans ADP (ex-Aéroports de Paris), dont il est déjà actionnaire à 8 %.

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Bouygues veut rester sélectif

Les faits marquants de 2017

Le résultat opérationnel des activités de construction progresse de 69 M€ (à 948 M€). La marge opérationnelle atteint 3,6 %.

Bouygues Construction a remporté plus de 1 Md € de contrats dans le cadre du Grand Paris Express (GPE).

Le groupe se renforce sur le marché des quartiers durables en France et en Suisse, et des smart cities avec le contrat de la métropole de Dijon.

Colas retrouve des couleurs grâce à la reprise du marché français de la route et de la commande publique.

A l'international, le CA progresse de 2 % (11,8 Mds €). Des projets significatifs sont en cours en Australie (métro de Melbourne et fermes solaires), en Hongrie (autoroutes), à Hong Kong (tunneliers), etc.

31,9 Mds €

Le carnet de commandes progresse de 6 %. Bouygues Construction y contribue à hauteur de 21,2 Mds ; Colas, de 7,6 Mds.

Les défis de 2018

Martin Bouygues souhaite « privilégier la marge au volume » et rester sélectif.

Bouygues Construction compte sur son expertise dans les souterrains pour se positionner davantage sur le GPE.

Colas vient de boucler le rachat de Miller McAsphalt au Canada. Le groupe doublera de taille sur ce territoire cette année.

Le digital sera au cœur de la stratégie, pour inventer des offres (économie circulaire, smart city, etc. ) et gagner en productivité (BIM, gestion d'équipement).

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Eiffage : à nous deux, Grand Paris !

Les faits marquants de 2017

Eiffage a livré plusieurs grandes opérations en France. Parmi elles, la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de Loire.

En Ile-de-France, le groupe a signé la première Semop d'aménagement à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) et a remporté le lot T2B de la ligne 15 sud du Grand Paris Express (GPE).

L'immobilier enregistre une quatrième année de croissance consécutive (+ 10 %).

A l'international, le groupe peaufine son maillage, notamment dans le secteur de l'énergie. Il a racheté EDS au Pays basque espagnol et Kropman aux Pays-Bas.

Avec le rachat de Saipem, il se développe dans les travaux maritimes. Quatre contrats sont en cours d'exécution (Koweït, Monaco, Panama et Congo).

12,9 Mds €

Le montant du carnet de commandes des travaux (4,9 Mds € pour la construction, 5 Mds € pour les infras), au 31 décembre 2017 (+ 7% par rapport à 2016).

Les défis de 2018

Eiffage s'est vu attribuer le mégalot 16.1 du GPE en février. Un marché à 1,84 Md € qu'il assume à hauteur de 90 %. Le chantier durera soixante mois.

Le groupe attend l'appel d'offres de mise en concession et de travaux de la route Centre-Europe-Atlantique, dans l'Allier.

En Angleterre, Eiffage et Kier se sont partagé la part de Carillion sur le High Speed 2 (1,6 Md £ au total) après sa chute. Ce projet doit aider Eiffage à s'implanter durablement en Grande-Bretagne.

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