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Les maîtres d'oeuvre affirment leur union

DOMINIQUE ERRARD, PASCALE JOFFROY, CYRILLE VERAN |  le 13/06/2003  |  Collectivités localesConception-réalisationDéveloppement durableMaîtrise d'ouvrageConcours

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Les premières Rencontres de la maîtrise d'oeuvre qui ont eu lieu les 3, 4 et 5 juin au Palais des Congrès à Paris avaient pour objectif de réunir tous les acteurs de la maîtrise d'oeuvre, au-delà des clivages qui séparent parfois architectes, ingénieurs et économistes, pour débattre de thèmes interprofessionnels. Les partenaires de l'événement (les architectes de l'UNSFA, les ingénieurs de Syntec-Ingénierie et de la CICF) renouvelleront ces Rencontres en 2004.

«Aucun débat n'a été corporatiste », « Il fallait oser ces Rencontres », « Je suis extrêmement satisfait de la richesse des exposés ». C'est ainsi que René Gamba, François Pélegrin et Yann Leblais, respectivement présidents de la Chambre des ingénieurs-conseils de France (CICF), de l'Union nationale des syndicats français d'architectes (UNSFA) et de Syntec-Ingénierie, ont conclu ces trois journées de Rencontres interprofessionnelles de la maîtrise d'oeuvre (1). Une première dans l'histoire de ces métiers. « Maîtrise d'oeuvre 2003 a enterré les corporatismes », a même lancé l'un d'entre eux... Les trois présidents ont d'ailleurs dit leur volonté de prolonger les débats jusqu'au prochain rendez-vous en 2004. Objectif : travailler en commun à l'avenir des métiers de la maîtrise d'oeuvre. Yann Leblais a notamment appelé de ses voeux des missions de conception plus consistantes, « au lieu de renforcer en permanence les missions de contrôle », des rémunérations alignées sur les autres pays d'Europe, et clairement identifiées tout au long de la chaîne.

René Gamba a de son côté souligné « la maturité politique et stratégique des maîtres d'ouvrage et noté l'abondance des questions de tous ordres ». Quant à François Pélegrin, il lui paraît notamment « urgent de mieux s'attaquer au développement durable ».

On l'aura compris, ces journées de débats ont délié les langues et posé plus de questions qu'elles n'ont apporté de réponses. En revanche, elles ont créé une véritable motivation de travail en commun.

Gagner du temps

L'actualité relative à la réforme de la commande publique a donné à ces rencontres une tonalité particulière. Les professionnels de la maîtrise d'oeuvre, déjà échaudés par la menace d'une extension des procédures de conception-construction sur laquelle ils n'ont pas été consultés, se sont montrés unis dans la protestation. Ils ont vivement dénoncé les moyens par lesquels le gouvernement entend mettre en oeuvre le volet immobilier de son programme, avec une précipitation qui n'hésite pas à court-circuiter les phases de conception et à bafouer le « rôle d'intérêt général de l'architecture » défini par la loi de 1977. Le débat inaugural « Le marché peut-il tuer la conception ? » s'est tenu le jour même où l'Assemblée nationale adoptait le texte permettant au gouvernement de légiférer par ordonnance pour étendre les partenariats public-privé (concessions) à toutes les constructions publiques. «Gagner du temps ? ont protesté les architectes, qui arboraient des tee-shirts distribués par l'Ordre des architectes et ont manifesté en milieu de journée devant l'Assemblée nationale. Mais n'est-ce pas la lenteur des procédures administratives qui allonge les délais, sans parler de l'absence d'anticipation qui conduit à déclarer brutalement un état d'urgence, dans les prisons par exemple ? » « Tout ce qui est critiqué aujourd'hui par les Français, grands ensembles et entrées de ville, a été construit dans l'urgence », a rappelé François Pélegrin.

Contraints par les exigences strictement financières d'un marché privé, ou placés sous le boisseau des entreprises dans le cadre d'une conception-construction, les concepteurs verraient leur indépendance intellectuelle menacée, préjudice pour la qualité bâtie qu'avait précisément voulu éviter la loi MOP. Au passage, les petites entreprises se trouveraient réduites au rôle de sous-traitantes. Pour comble, la facture s'alourdirait à terme pour l'Etat, locataire de bâtiments dont le coût de revient grimperait en proportion logique du surcoût des emprunts consentis aux investisseurs privés.

Ces partenariats public-privé (PPP) ne risquent-ils pas, par conséquent, d'alourdir les impôts des générations futures ? Ou, comme le pense Yann Leblais, se limiteront-ils d'eux-mêmes, faute d'une rentabilité économique suffisante pour mobiliser des offres privées en nombre ? Pour lui, « c'est le moment d'élaborer une norme sur la pratique de la conception-réalisation pour répondre à l'actualité de la commande publique, de mettre au point de nouvelles structures juridiques d'exercice favorisant la pluridisciplinarité des maîtres d'oeuvre (2) et de mener des actions communes à Bruxelles pour l'élaboration des textes européens ».

Les marchés conception-construction, offres groupées architecte-entrepreneur placées sous mandat de l'entreprise, risquent de compromettre l'indépendance des maîtres d'oeuvre. Pour le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, ils doivent rester dérogatoires, car « l'on finirait toujours par s'inventer des urgences ». Avec le ministre de l'Equipement, Gilles de Robien, il s'est clairement engagé à faire valoir lors de la rédaction des ordonnances la notion d'intérêt public de l'architecture, en veillant notamment à ce que l'objectif de qualité des ouvrages soit intégré au choix de l'opérateur, et que les concepteurs soient protégés par une loi d'indépendance. De la loi sur l'architecture de 1977, Jean-Jacques Aillagon souhaite non seulement sauver l'esprit, mais la lettre. C'est une surprise, tant la réforme de cette loi, et notamment l'abaissement des seuils obligatoires de recours à l'architecte, a déjà fait couler d'encre depuis cinq ans par des projets de réforme avortés. « Cette loi est un socle solide, la prudence s'impose pour ne pas réveiller les lobbies », a déclaré le ministre. Gilles de Robien a pour sa part souligné qu'un bon maître d'oeuvre n'est rien sans un bon maître d'ouvrage, ce qui soulève la question de la formation de ce dernier. A quoi ne répondent que partiellement les quelques formations d'AMO (assistance à maîtrise d'ouvrage) qui existent, renvoyant une fois de plus le débat vers l'absence de culture architecturale de notre société.

Coûts, délais et maîtrise des risques

Exprimant leurs attentes, les maîtres d'ouvrage publics venus s'exprimer devant les maîtres d'oeuvre ont globalement confirmé les résultats du sondage BVA/ « Le Moniteur » (2) réalisé à l'occasion des premières rencontres de la maîtrise d'oeuvre : besoin de fiabilité, de dialogue, recherche d'un interlocuteur distinct de l'entreprise. Le respect des coûts et délais, et la maîtrise des risques apparaissent prioritaires.

François Kociusko-Morizet, maire de Sèvres et président de la Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques (MIQCP), a souligné le « juridisme excessif » qui étouffe l'acte de construire et réaffirmé le rôle de conseil de la MIQCP à l'heure de la réforme du nouveau Code des marchés publics qui donnera plus de liberté mais aussi plus de responsabilité aux maîtres d'ouvrage. Relevant leur besoin de dialogue, il a par ailleurs déploré la règle d'anonymat dans les concours.

De leurs côtés, Yann Leblais et François Pélegrin ont réagi à l'attente d'une maîtrise d'oeuvre forte en rappelant « que 1 euro d'études supplémentaire fait gagner 1 000 euros sur la vie du bâtiment », alors que « le coût de la non qualité peut être estimé à 10 milliards d'euros par an en France ».

(1) « Maîtrise d'oeuvre 2003 » était organisé par le groupe Moniteur en partenariat avec la CICF, Syntec et l'UNSFA. (2) Voir le résultat du sondage BVA/« Le Moniteur », paru dans « Le Moniteur », nos 5192, p. 46.

Chiffres clés

La demande annuelle de prestation de maîtrise d'oeuvre en France représente 17 milliards d'euros, pour un marché de travaux représentant plus de 200 milliards.

12 milliards d'études sont réalisés par des professionnels indépendants (hors des services intégrés) : 6 pour le bâtiment, 4 dans l'industrie et 2 en infrastructures (source : Syntec ingénierie).

Le ratio nombre d'habitants/architectes s'élève en France à 2 228, contre 1 055 en moyenne européenne (source : Conseil des architectes d'Europe).

PHOTOS :

Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture, vêtu du tee-shirt distribué par l'Ordre des architectes, a réaffirmé son soutien aux maîtres d'oeuvre...

1. Gilles de Robien (ministre de l'Equipement) et Jean-Jacques Aillagon ont salué ensemble l'union des professions de la maîtrise d'oeuvre.

2 et 3. « Maîtrise d'oeuvre 2003 » accueillait près d'une centaine d'exposants industriels, prestataires de services et institutionnels, dont les stands ont été parcourus par plus de 3 000 visiteurs.

4. Six tables rondes se sont succédé pour débattre de l'actualité des professions.

1. Les organisations syndicales partenaires de « Maîtrise d'oeuvre 2003 » étaient représentées par (de droite à gauche) François Pélegrin (UNSFA), René Gamba (CICF) et Yann Leblais (Syntec-Ingénierie).

Frédéric Lenne (à gauche), directeur des Editions du Moniteur, animait les synthèses de fin de journées.

2. Jérôme Michon, chef du service Réglementation du « Moniteur» a dédicacé son dernier ouvrage publié aux Editions du Moniteur : «La réglementation de la maîtrise d'oeuvre».

3. Le groupe Moniteur présentait également ses différentes revues et activités sur un stand situé au coeur du salon.

Paris accueillera l'ingénierie mondiale

La Fédération internationale des ingénieurs-conseils (Fidic) réunira ses troupes au palais des Congrès à Paris, du 7 au 10 septembre prochains, à l'occasion des Rencontres mondiale de l'ingénierie. C'est ce que viennent de confirmer, à l'occasion de « Maîtrise d'oeuvre 2003 », les représentants des deux principales organisations syndicales d'ingénieurs français (organisatrices de l'événement), Yann Leblais, président de Syntec ingénierie et René Gamba, président de la Chambre des ingénieurs-conseils de France (CICF).

Ce rendez-vous mondial des ingénieurs qui aura cette année pour thème « Partenaires pour un investissement responsable », se tient chaque année dans un pays différent. Au programme de cette année à Paris : 10 ateliers pour évoquer et débattre sur les réponses à apporter au développement durable, des rencontres autour des villages de l'ingénierie, un appel vers les jeunes dans le cadre d'un forum qui leur sera consacré, un concours de films d'animation sur le thème du développement durable et de l'ingénierie, et un espace d'exposition accueillant des stands.

Renseignements, CICF/ Syntec/Fidic 2003, 3, rue Léon-Bonnat, 75016 Paris, tél. : 33.144.30.49.38 ; e-mail : fidic2003@cicf.fr

Documentation technique : le palmarès

En partenariat avec les « Cahiers techniques du bâtiment », la Chambre des ingénieurs-conseils de France et Batiproduits, le palmarès de la documentation technique a été décerné, dans le cadre du salon Maîtrise d'OEuvre 2003. Le jury de cette 3e édition, présidé par Aymeric Zublena, a désigné :

- En documentation papier. Catégorie gros oeuvre : Terreal (lauréat), Eternit France et Limatec (nommés). Second oeuvre : Tramico (lauréat), Rockfon et Velux France (nommés). Equipements techniques : I Guzzini (lauréat), Flash, Oventrop et Sauermann Industrie (nommés). Finitions-décoration : Weber & Broutin (lauréat), Gerflor (mention spéciale), Balsan (nommé). Institutionnels : Systèmes Céramiques, association créée par la chambre syndicale du carreau céramique de France, le Syndicat national des mortiers industriels, Connexion Carrelage et l'Union nationale des entrepreneurs céramistes du bâtiment (nommé), Tecumseh Europe (nommé).

- Sur support informatique. Gros oeuvre : Béton de France, site www.betondefrance.fr (lauréat), CD-ROM Seac (nommé). Second oeuvre : Rockfon, site www.rockfon.fr (lauréat), CD-ROM Kawneer (nommé). Equipements techniques : CD-ROM Bodet (lauréat), CD-ROM France Air (nommé). Finitions-décoration : Bonar Floors, site www.bonarfloors.com et CD-ROM Figueras France (nommés). Institutionnels : Greenaffair, site www.greenaffair.com (lauréat), CSTB et Systèmes Céramiques (nommés).

PHOTO : Aymeric Zublena, architecte, remet le trophée (catégorie Institutionnels) à Christophe Mathieu (Greenaffair).

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